Son appel à « l’insurrection de la bonté » d’actualité, 50 ans après
Paris, 5 août 2002 (APIC) L’abbé Pierre, fondateur des communautés d’Emmaüs, a fêté lundi son 90ème anniversaire. Près de 50 ans après son appel à « l’insurrection de la bonté », en hiver 1954, le vieux lutteur reste au coeur de la lutte contre l’exclusion, en France ou ailleurs dans le monde. Né le 5 août 1912 sous le nom d’Henri Grouès, l’abbé Pierre est aujourd’hui encore bien trop occupé pour s’assagir. Les carences des pouvoirs et hommes politiques en France ou à l’étranger face aux problèmes du logement et de la pauvreté, n’invitent pas au repos du guerrier.
Hospitalisé il y a encore dix jours pour des problèmes gastriques après un voyage au Burkina Faso, l’homme au béret basque n’a pas attendu très longtemps pour quitter l’établissement médical. Son médecin a du reste cédé pour le laisser sortir, guéri de sa mauvaise infection. L’abbé Pierre a donc quitté Paris pour filer dans sa maison natale, près de Lyon, malgré l’inquiétude de son entourage, qui le sait encore très faible. Dimanche, le « chiffonnier d’Emmaüs » a pris un bain de jouvence dans la propriété familiale d’Irigny (Rhône), entouré de son frère Daniel, 86 ans, seul survivant avec l’abbé d’une fratrie de huit, d’une centaine de membres de sa famille et d’un chapelet de petits neveux et nièces, venus saluer l’ »oncle Henri ».
Selon son neveu Alain Grouès, l’abbé Pierre aime à dire « qu’il attend ses grandes vacances avec impatience » ou encore que « Dieu l’a titillé », après chaque alerte de santé. Si avoir 90 ans ne lui « fait rien », l’abbé Pierre a en revanche souhaité lancer « un message aux Etats, aux nations et à tous les humains pour que soit faite une vieillesse heureuse » à ceux qui aujourd’hui vivent plus vieux. « Cela se prépare », a-t-il ajouté. Pour sa part, il entend continuer à aller à la rencontre de ses compagnons et à voir pousser à l’étranger les communautés, quelque 450 groupes dans 37 pays qui, comme les 114 communautés de France, suivent le principe dicté par l’abbé, s’en sortir et aider les autres par le travail de récupération, sans demander d’aide extérieure.
Témoin et prophète
En septembre prochain, « Les carnets intimes » de l’abbé Pierre, concentrés en un ouvrage, sortira de presse. Ce livre retrace le parcours tumultueux d’un homme, tout entier voué à un combat au service des autres, pas avare de ses gestes, de ses actions, de ses coups de gueules.
Avec sa silhouette, sa cape noire, son béret basque, son visage émacié et sa longue barbe blanche, l’abbé Pierre a su conquérir les Français, notamment, par son charisme, ses messages d’amour et de solidarité, ses activités au service des pauvres, des marginalisés, des cabossés de la vie, et ses communautés de chiffonniers d’Emmaüs réparties à travers le monde. Témoin et prophète, l’abbé Pierre interpelle encore toujours les nantis et la société, dérange, crie et fustige pour rappeler au monde que la misère est en train de gagner cette sale guerre. « Nous sommes en guerre avec un agresseur contre lequel il ne faut avoir ni scrupules ni hésitations: il est à écraser, à exterminer », confiait-il dans une interview accordée à l’APIC lors de l’un de ses passages à Fribourg.
Bien avant n’importe quel star et n’importe quel homme politique, l’abbé Pierre a toujours figuré en tête de liste dans le coeur des Français, à en croire les sondages annuels sur la question. Seul Zinedine Zidane, en 2000, avait réussi l’espace d’un an à le détrôner. Mais c’était après le sacre mondial des footballeurs, bien avant la déroute coréenne.
« Mes amis, au secours »
Il est certes bien loin le temps où le « moine mendiant », l’ancien député de Nancy à l’Assemblée nationale (1945-1951) allait fonder en 1948 une maison d’accueil à Paris qui recevra en 49 le nom d’Emmaüs. Que de chemin parcouru aussi depuis le premier appel radiodiffusé de l’abbé Pierre lancé le 1er février 1954: « Mes amis, au secours ».
« Ce n’est pas que les gens soient des monstres d’égoïsme. Ils sont aveugles, constatait l’abbé Pierre dans son entretien avec l’APIC. Nous vivons en fait une époque complètement nouvelle par l’universalité des moyens de communication et la possibilité et la contrainte de tout connaître ». Cette société, disait-il alors, « ne me fait peur que si on ne se mobilise pas. Et cela tous ensemble pour faire face aux défis, aux interpellations: on tombera tous malades psychiquement si on ne recrée pas des joies de vivre autres que celles de la feuille de paie ». (pr)
Encadré
En quelques mots
Henri Grouès, alias l’abbé Pierre, est né en 1912 à Lyon dans une famille de huit enfants. Il fait ses études au collège des jésuites à Lyon puis entre dans un noviciat de capucins à Grenoble ou il est ordonné prêtre en 1938. Il exerce un ministère de prêtre diocésain à Grenoble, lorsqu’en 1939 la mobilisation l’appelle comme sous-officier. En 1940, il est aumônier dans un hôpital de montagne puis dans un foyer d’assistance publique.
Pourchassé par les Allemands, il entre dans la résistance en 1942 pour être un curé de maquis et un journaliste de cahiers clandestins jusqu’en 1944, année où il assure plusieurs missions en Algérie, au Maroc, en Afrique occidentale et équatoriale, avant de se retrouver aumônier dans la marine, puis député de Nancy à l’Assemblée nationale, de 1945 à 1951.
« Le manifeste universel du mouvement Emmaüs » sera adopté en 1964, soit 10 ans après son appel à la mobilisation, et 7 ans avant la Fondation de l’ »Association Emmaüs international », en 1971. « Hiver 54 », un film créé il y a une dizaine d’années, retrace la vie de cet homme, son appel de 1954, les tergiversations des politiques, puis leur soutien, sous la pression populaire. (apic/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/lyon-l-abbe-pierre-a-fete-son-90eme-anniversaire/