Le ministre de l’Information «étonné» des poursuites contre la TV
Beyrouth, 12 août 2002 (APIC) Les poursuites engagées par la justice libanaise contre la MTV et la LBC (Lebanese Broadcasting Corporation), la principale chaîne de télévision du pays des cèdres, suscite des réactions non seulement chez les hommes politiques mais également au sein de l’Eglise. «En la privant de la liberté d’expression, une société tombe sous la coupe de celui qui cherche à la dominer, étouffe et meurt», a ainsi déclaré dimanche le cardinal Nasrallah Pierre Sfeir.
Le patriarche maronite, dans une allusion claire aux poursuites engagées contre les deux stations de télévision, a relevé l’importance de la liberté d’expression lors de son homélie prononcée dans sa résidence d’été de Dimane. Le cardinal Sfeir a mis en garde contre «les caprices politiques susceptibles de s’emparer des esprits et de condamner la liberté d’expression», rapporte lundi le quotidien libanais d’expression française «L’Orient-Le Jour».
«Espérons que la bataille des libertés au Liban ne se terminera pas comme elle s’est terminée dans les pays qui étaient privés de véritable démocratie», a-t-il encore lancé. Cette offensive politique contre les médias audiovisuels et la liberté d’information n’a pas été dénoncée uniquement par le patriarche maronite, mais elle a suscité des réactions indignées dans les milieux parlementaires et politiques, et même dans les sphères du pouvoir.
Objectif: juguler la liberté d’information, dénonce le ministre
Ainsi, de façon surprenante, le ministre de libanais de l’Information, Ghazi Aridi, a estimé samedi que «certains cercles du pouvoir semblent vouloir engager le pays sur la voie d’une bataille qui pourrait avoir pour objectif de juguler la liberté d’information, la cible immédiate étant, pour l’heure, la LBC et la MTV.» Le ministre de l’Information a encore déploré le fait qu’il n’ait pas été informé au préalable de la démarche du parquet contre la MTV. Le procureur général de la République libanais, Adnane Addoum, s’est à son tour «étonné» des propos du ministre, en précisant qu’il n’était pas tenu d’informer le ministre l’Information de poursuites judiciaires contre des chaînes de télévision.
Le procureur général près la cour d’appel de Beyrouth, Joseph Maamari, a engagé jeudi 8 août des poursuites contre la chaîne privée MTV pour atteinte «aux relations du Liban avec un pays ami (la Syrie), à la dignité du chef de l’Etat et aux services de sécurité.» La MTV est également accusée d’avoir diffusé d’une manière partiale des clips électoraux pour promouvoir la candidature de Gabriel Murr lors du dernier scrutin partiel dans la circonscription du Metn-Nord. La LBC est accusé de «confessionnalisme» pour avoir suggéré le 31 juillet que le massacre par un musulman chiite de 8 employés chrétiens de la mutuelle des enseignants avait des motivations religieuses.
L’ancien Premier ministre Sélim Hoss a pour sa part exhorté le gouvernement libanais à cesser de porter atteinte à la liberté d’information. «Les poursuites engagées contre certaines chaînes de télévision soulèvent en nous une vive inquiétude, a-t-il déclaré. Nous estimons que la liberté d’expression au Liban est l’une des valeurs essentielles du pays.» (apic/orj/be)
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