«Le fantôme du dictateur Ceausescu continue de nous hanter»
Oradea, 23 août 2002 (APIC) Les souffrances de l’époque communiste ont refait surface lors de la rencontre européenne de l’Alliance réformée mondiale (ARM), qui s’est tenue du 18 au 23 août à Oradea, en Roumanie. L’attitude passée des Eglises face aux régimes communistes d’Europe de l’Est a été sévèrement critiquée.
A Oradea, la minorité hongroise de Roumanie a manifesté son identité nationale. Elle l’a fait en présence de l’évêque réformé Laszlo Tökés, président honoraire de l’Alliance démocratique des Magyars de Roumanie (UDMR), qui avait défié Ceausescu lors de la révolution qui a renversé la dictature en décembre 1989. Fervent nationaliste, l’évêque de l’Eglise réformée de Roumanie, qui accueillait la réunion, a lancé une mise en garde: «le fantôme de l’ancien dictateur Nicolae Ceausescu continue de nous hanter». Il a appelé le Conseil de la zone européenne de l’ARM à adopter «une position claire» concernant le passé communiste.
Quarante-huit délégués d’Eglises réformées se sont retrouvés à Oradea, non loin de la frontière hongroise, à l’occasion de l’assemblée de la zone européenne de ARM, rencontre qui a lieu tous les sept ans. Krister Andersson, président du comité de la zone européenne, a rappelé aux délégués que la question de l’héritage du régime communiste a été à maintes reprises soulevée ces dernières années au sein du comité. «Nombreux sont ceux qui, en Occident, ne comprennent pas les épreuves que vous avez traversées», a-t-il souligné.
Les Eglises de langue hongroise occupent une place particulière au sein de l’ARM, et représentent presque la totalité des 2,6 millions de chrétiens réformés en Europe centrale et orientale, vivant pour la plupart en Hongrie et dans les régions voisines.
La cérémonie d’ouverture dans le stade d’Oradea, sur lequel flottaient des drapeaux aux couleurs nationales de la Hongrie – rouge, blanc et vert -, a rassemblé quelque 3’000 personnes, essentiellement des représentants de la communauté hongroise de la région, parfois en costumes traditionnels, et les participants à la réunion.
Un air de rassemblement politique
Certains participants ont réagi devant le caractère national donné à l’événement, en faisant remarquer qu’il ressemblait plus à un rassemblement politique, avec une forte représentation de dignitaires de langue hongroise. Cette rencontre était la première occasion donnée au conseil de la zone européenne de se réunir dans un ancien pays communiste de l’Europe orientale.
L’évêque Tökés, souvent critiqué pour ses positions nationalistes et radicales, a aussi reproché à l’ancien secrétaire général de l’ARM, Milan Opocensky, un théologien tchèque, d’avoir minimisé «la terreur communiste» durant l’ère soviétique et «d’avoir catégoriquement nié que le rôle politique catastrophique du communisme sur le plan mondial ou ses atrocités pouvaient être comparés aux horreurs du fascisme».
Le COE sur la sellette pour son action durant la période communiste
Certains délégués ont aussi vigoureusement critiqué le Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève pour n’avoir pas su, disent-ils, dénoncer les violations des droits de la personne dans les anciens pays communistes d’Europe centrale et orientale. Répondant à cette remise en question, le représentant du COE Michiel Hardon a estimé que «le pire que le COE pouvait faire était d’esquiver la question» des actions du passé. Il a expliqué que la diplomatie de coulisses du COE concernant les droits de la personne durant l’ère communiste avait pour but de «maintenir les liens avec nos Eglises officielles dans des pays totalitaires en d’autres régions du monde».
Michiel Hardon a aussi rappelé que le secrétaire général du COE, Konrad Raiser, avait eu des entretiens «très ouverts et honnêtes» avec d’anciens dissidents de la Charte 77, le Mouvement pour la défense des droits de l’homme en Tchécoslovaquie. L’historienne allemande Katharina Kunter a pour sa part encouragé les Eglises à regarder le passé en face, pour pouvoir s’en libérer. Mais si les Eglises n’ont aucune vision pour l’avenir, a-t-elle averti, le passé pourrait devenir une menace. En effet, ce n’est pas seulement en revendiquant les droits perdus, comme les propriétés confisquées par l’Etat, que les Eglises pourront se libérer du passé. (apic/eni/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/roumanie-rencontre-europeenne-de-l-alliance-reformee-mondiale-a-oradea/