Lausanne: Célébration des 75 ans de la 1ère conférence mondiale de «Foi et Constitution»

Profession de foi oecuménique à la cathédrale de Lausanne

Lausanne, 26 août 2002 (APIC) Des représentants de toutes les grandes Eglises ont rempli dimanche soir 25 août la cathédrale de Lausanne pour célébrer le 75e anniversaire de la première Conférence mondiale de «Foi et Constitution», qui a eu lieu dans cette ville en 1927.

Il y a 75 ans – pratiquement une première depuis le début des divisions de la chrétienté -, des représentants officiels d’Eglises s’étaient réunis à Lausanne afin de parler des divergences sur le plan doctrinal, dans le but d’apprendre et non de se disputer. Cette rencontre a contribué, avec d’autres démarches en vue de l’unité, à la fondation, en 1948, du Conseil oecuménique des Eglises (COE).

Les fidèles se pressaient nombreux dans la cathédrale de Lausanne pour assister au service oecuménique de célébration, et parmi eux, des métropolites, des évêques et des prêtres, des représentants du COE et des diverses communautés religieuses locales. Dans sa prédication, l’archevêque orthodoxe Anastasios d’Albanie a mis l’accent sur le témoignage des chrétiens unis, rapporte lundi l’agence de presse oecuménique ENI, basée au COE à Genève.

«Ce qui enflammait le coeur des fondateurs de «Foi et Constitution» était leur enthousiasme, avec lequel ils luttaient afin de dépasser l’héritage d’inimitié et d’incompréhension qui divise jusqu’à nos jours les Eglises et communautés chrétiennes.» «En aucun cas, cependant, nous n’avons le droit de retourner à nos forteresses, à notre isolement passé», a-t-il lancé. Tout en rappelant que les événements ont démontré que les oppositions à ce rêve d’unité sont très tenaces et difficiles à vaincre.

Une gerbe de fleurs sur la tombe de l’évêque Charles Brent

Un peu plus tôt, lors d’une cérémonie empreinte de simplicité, des représentants du COE ont déposé une gerbe de fleurs dans le cimetière de Lausanne où repose l’évêque Charles Brent, de l’Eglise épiscopale des Etats- Unis. Celui-ci, qui fut l’âme de la Conférence de Lausanne, est mort en 1929, lors d’une visite dans la ville.

Aujourd’hui, le COE compte 342 Eglises membres du monde entier de toutes les grandes traditions – protestante, anglicane et orthodoxe – à l’exception de l’Eglise catholique romaine. Même si l’Eglise catholique n’a pas adhéré au COE, elle est depuis 1968 membre à part entière de la Commission «Foi et Constitution» du COE qui poursuit le travail commencé il y a 75 ans à Lausanne.

Que de chemin parcouru en 75 ans

Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a souligné que la réunion de 1927 avait été d’une «importance décisive pour l’ensemble du mouvement oecuménique». Dans un message lu durant le colloque avant le service de célébration, le cardinal Kasper a rappelé que si le pape d’alors avait décliné l’invitation à participer à la rencontre de 1927 adressée à l’Eglise catholique, le pape Jean Paul II a souvent parlé en termes favorables du travail de «Foi et Constitution».

Le théologien réformé suisse Lukas Vischer, directeur de la Commission de 1966 à 1979, a mis l’accent sur les progrès réalisés depuis 1927, que les fondateurs pouvaient à peine imaginer. «L’Eglise catholique qui, en 1927, était encore une forteresse inaccessible, s’est ouverte au mouvement», a-t-il rappelé lors du colloque. «Le mouvement oecuménique qui, alors, était encore l’affaire de quelques pionniers, est devenu entre temps le bien commun de la chrétienté. Les portes sont maintenant grandes ouvertes.»

Le mouvement oecuménique si prometteur semble désormais piétiner

Mais, a souligné Lukas Vischer, il est clair que «l’objectif dont les contours ont été esquissés à Lausanne, n’est pas atteint. Au contraire, le mouvement, alors si prometteur, semble maintenant piétiner». La raison, a-t-il suggéré, est que les Eglises se préoccupent plus de célébrer leur diversité que se s’engager dans «l’action concertée» que l’évêque Brent avait réclamée dans le discours prononcé à l’ouverture de la Conférence à Lausanne.

«N’est-ce pas aujourd’hui notre tâche commune que de créer le cadre dans lequel un maximum de partenaires puissent se retrouver et grandir ensemble dans l’unité? Pour reprendre la formule fameuse de Charles Brent: c’est par la pratique de l’unité que nous atteindrons l’unité.» L’un des grande réalisations de «Foi et Constitution» a été la publication, il y a vingt ans, du «document de Lima», un texte clé sur «le baptême, l’eucharistie et le ministère» (BEM) – trois des questions doctrinales qui divisent les Eglises.

Avec au moins 12 millions d’exemplaires en une trentaine de langues, le texte a soulevé l’espoir d’une avancée oecuménique imminente. Quelques- uns ont été déçus de ne pas voir une percée spectaculaire. Mais, comme l’a noté Mary Tanner, ancienne présidente de la Commission «Foi et Constitution», «le paysage ecclésial a changé et continue de changer». Mary Tanner, de l’Eglise d’Angleterre, a rappelé «les nouveaux canons oecuméniques qui régissent le partage que connaissent aujourd’hui de nombreuses communautés locales d’Angleterre avec leurs partenaires oecuméniques, leur pratique de la vie commune, de l’hospitalité eucharistique et leur exercice commun du ministère».

Les fruits de la Conférence mondiale de Lausanne

L’Eglise d’Angleterre est entrée en communion avec les Eglises luthériennes nordiques et baltes et s’est rapprochée des Eglises luthériennes et réformées d’Allemagne et de France. Les anglicans et les catholiques romains sont parvenus à un «accord théologique substantiel», a- t-elle souligné. «Chacune des communions nouvelles, ou des relations communautaires plus étroites rapprochant de l’unité visible, est le prolongement des entretiens oecuméniques engagés à Lausanne.»

Anastasia Vassiliadou, une jeune théologienne de Grèce, a demandé que les efforts se multiplient pour promouvoir «l’unité visible» de l’Eglise. «Jusqu’à présent, a-t-elle observé, le culte oecuménique a occupé une place en marge dans les activités de Foi et Constitution, qui en a plutôt considéré l’aspect pratique.»

«Il est temps, a-t-elle lancé, de lui donner la priorité, afin que toutes les Eglises approfondissent leur connaissance de leur tradition commune et, espérons-le, reconsidèrent leurs conceptions divergentes de l’eucharistie, sacrement chrétien par excellence.» Le manque d’unité visible et l’incapacité de guérir «la blessure scandaleuse que constitue le schisme du christianisme rend la mission et le témoignage de l’Eglise non seulement inefficaces mais aussi, dans une large mesure, peu crédibles et peu dignes de confiance.» JB

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