Genève: Le Conseil oecuménique des Eglises dans «une situation financière insoutenable»

Mesures drastiques pour redresser les finances; déficit: 5,9 millions

Genève, 28 août (APIC) Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève se trouve dans une « situation financière insoutenable ». Le Comité central du COE, réuni à Genève du 26 août au 3 septembre, devra prendre des mesures drastiques pour redresser les finances de l’organisation qui a connu un déficit de 5,9 millions de francs suisses pour l’exercice 2001. Les décisions à prendre modifieront certainement la structure du COE et auront un impact sur ses activités.

Anders Gadegaard, vice-président du Comité des finances du COE, a en effet précisé que les comptes révisés du COE pour 2001 présentaient un déficit d’exploitation de 5,9 millions de francs suisses. Ce déficit est supérieur de 4,3 millions de francs suisses à celui figurant au budget. Le déficit de 5,9 millions est plus bas que le chiffre de 6,5 millions indiqué précédemment par le COE sur la base de comptes non révisés, rapporte mercredi ENI, l’agence de presse oecuménique du COE.

La situation se dégrade en 2002

Selon des responsables du COE, la baisse des revenus s’inscrit dans le mauvais climat économique et dans le cadre d’une plus forte concurrence pour les fonds existants. Selon Anders Gadegaard, les résultats financiers pour les premiers six mois de l’année 2002 montrent un schéma similaire à celui de 2001.

« Nous avons eu des résultats négatifs plus importants pour la première partie de l’année 2002 que ceux que nous avions prévus pour l’année tout entière », a-t-il dit aux 158 membres du Comité central réunis au Centre oecuménique à Genève. Le rapport préliminaire du Comité des finances présenté au Comité central attribue les mauvais résultats financiers à un déficit en 2001 sur les résultats des investissements, un déficit sur les contributions des membres et aux coûts uniques d’un programme de retraites anticipées mis sur pied en faveur du personnel quittant le COE.

Le COE devra remodeler ses structures et revoir ses activités

Le rapport souligne que les délégués du Comité central auront à « prendre des mesures qui vont inévitablement remodeler le Conseil quant à sa structure d’organisation et à ses activités ». « Les responsables du COE ont épuisé les possibilités de réduire les coûts dans le cadre des structures actuelles », ajoute le rapport.

S’exprimant lors d’une réunion d’information à la presse mardi 27 août, Michiel Hardon, responsable du COE pour la mobilisation et le contrôle des revenus, a déclaré qu’un COE plus petit ou restructuré serait « peut-être aussi efficace ou plus efficace » que le Conseil actuel. Il a fait observer que la baisse des revenus du COE n’était pas quelque chose qui « était arrivé soudainement » mais s’inscrivait dans une tendance qui dure depuis dix ans.

Une tendance à la baisse des contributions depuis 10 ans

De 1999 à 2002, les contributions ont chuté de 10 % – passant de 50,3 millions de francs suisses à 45,1 millions. D’après Michiel Hardon, les dernières prévisions indiquent une autre baisse en 2002 de 8 % – ce qui ferait passer les revenus à 41,5 millions. De nombreuses Eglises, a-t-il dit, aujourd’hui confrontées à des difficultés financières, doivent effectuer des coupes dans leurs budgets et réduire leur personnel.

Par ailleurs, il existe aussi une plus forte concurrence de la part d’autres organismes oecuméniques, à la recherche de fonds. La crise qui a affecté les places boursières a aussi touché le COE, directement et indirectement, à cause des conséquences qu’elle a entraînées pour les finances des Eglises membres.

Pour Anna Karin Hammar, de l’Eglise de Suède, l’un des donateurs les plus importants du COE, « le COE est victime de son propre succès ». Actuellement, a-t-elle remarqué, il y a beaucoup plus de mouvement sur le plan des relations oecuméniques et interconfessionnelles qu’en 1948, au moment de la fondation du COE, et l’argent consacré à la coopération oecuménique aujourd’hui est plus important aujourd’hui que jamais. Pour la responsable suédoise, il n’est pas nécessaire que tout soit fait par le biais du COE. Le COE doit être restructuré de façon à être « économiquement stable » pour une période de cinq ans.

« Nouvelle discipline budgétaire » nécessaire

Le COE reste cependant « un engagement primordial » pour l’Eglise de Suède, a souligné Anna Karin Hammar. Même si celle-ci doit envisager des coupes budgétaires de 20 %, elle n’a pas réduit dans le même pourcentage sa contribution au COE. Clifton Kirkpatrick, de l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis (PCUSA), membre du Comité central, a déclaré que la réunion de Genève devra prendre « des décisions difficiles » pour revenir à un budget équilibré pour 2003. Cela ne signifiera pas « le glas funèbre » du Conseil mais une « nouvelle discipline budgétaire ».

Clifton Kirkpatrick a rappelé que le « succès de l’oecuménisme » a entraîné une compétition accrue sur le marché des « dollars oecuméniques ». Le montant total donné par l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis au COE et à d’autres initiatives oecuméniques a augmenté ces cinq dernières années. Mais, a ajouté Clifton Kirkpatrick, le COE devrait trouver les moyens de s’adapter aux nouvelles méthodes de recherche de fonds.

Difficulté d’attirer des jeunes dans le mouvement oecuménique

Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, a lui aussi appelé à des réformes afin que la façon dont les Eglises travaillent ensemble soit plus efficace et que les organisations d’Eglises puissent être viables au XXIème siècle. Pour K. Raiser, la pression financière croissante et la difficulté à attirer des jeunes dans le mouvement oecuménique sont des signes que les organisations ecclésiales doivent changer leurs structures. (apic/eni/be)

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