Genève: Le secrétaire général du COE plaide pour une version nouvelle de l’oecuménisme
Genève, 28 août 2002 (APIC) Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, plaide pour une version nouvelle de l’oecuménisme. S’adressant aux 158 membres du Comité central du COE réunis depuis lundi au Centre oecuménique à Genève (Suisse), Konrad Raiser a présenté un bilan critique de l’état du mouvement oecuménique.
Dans son rapport, Konrad Raiser a estimé que «le moment est venu de revoir l’organisation et les structures du mouvement oecuménique au niveau mondial». Car d’une part les jeunes qui, au début du mouvement oecuménique, constituaient son fer de lance, sont de moins en moins attirés par la recherche de formes institutionnelles visibles de l’unité de l’Eglise et de coopération entre Eglises. Il apparaît à ses yeux difficile de communiquer aux jeunes, en particulier au travers des médias laïques, la volonté ou le désir «d’être Eglise».
L’acte de discernement spirituel
Dans le contexte actuel, constate le secrétaire général du COE, les gens veulent et attendent avant tout des actions immédiates efficaces et des résultats visibles, «ce qui met en difficulté l’approche diversifiée des organisations oecuméniques conciliaires traditionnelles». Le COE, qui a recentré son rôle sur le regroupement et la coordination de ses partenaires et a laissé les responsabilités opérationnelles à d’autres, perd une certaine visibilité sociale, ce qui a par ailleurs un impact sur les rentrées financières.
L’occasion d’associer plus directement l’Eglise catholique romaine
Néanmoins, estime Konrad Raiser, le COE ne devrait pas céder aux pressions qui voudraient en faire une ONG comme une autre, car ce qui donne de la crédibilité à la voix des Eglises et des organisations oecuméniques, «c’est l’acte de discernement spirituel.»
Dans le droit fil de ces remises en cause, Konrad Raiser en appelle à une nouvelle «configuration oecuménique» où les partenaires, plutôt que de se concurrencer, entreraient dans une sorte de «Forum oecuménique», coordonneraient leurs activités et développeraient une nouvelle culture de dialogue et de solidarité. Ce serait pour lui là une excellente occasion d’associer plus directement l’Eglise catholique romaine à cette future configuration oecuménique.
«La vision de l’unité de l’Eglise n’est pas un projet hégémonique»
Pour le secrétaire général du COE, dans un monde où rien n’est prisé autant que la diversité et l’individualisme, mais où d’autres sont obligés de vivre dans des communautés «fragmentées sous l’impact de la mondialisation», l’engagement des Eglises, inscrit dans la Constitution du COE, «de s’appeler mutuellement à tendre vers l’unité visible» revêt une importance nouvelle, estime-t-il. Contrairement à la logique de pouvoir et de domination du processus de mondialisation dominant, argumente le théologien luthérien, «la vision de l’unité de l’Eglise n’est pas un projet hégémonique».
«C’est dans la mesure où les Eglises pourront se reconnaître mutuellement dans la diversité des cultures, des spiritualités et des identités confessionnelles qu’elles affirmeront leur cohérence dans la communion et qu’elles feront pièce aux forces d’exclusion et de fragmentation. Cela présuppose, avertit-il, qu’il existe un lien de communion fondamental: celui du baptême unique en Christ, point central de la discussion oecuménique dont les Eglises n’ont pas tiré toutes les conséquences.»
Pour un oecuménisme plus large et le dialogue interrereligieux
Tirant argument de l’expérience des Eglises d’Asie, qui vivent la pluralité religieuse et «ne savent pas ce qu’est une Eglise établie», le secrétaire général du COE invite à entendre leur appel à un «oecuménisme plus large» qui aille au-delà de la quête de l’unité de l’Eglise pour y ajouter la nécessité d’un dialogue interreligieux.
Selon Konrad Raiser, la quête oecuménique d’unité est dans une étape décisive, provoquée il y a quatre ans par la remise en cause, par les Eglises orthodoxes, de leur participation au COE en raison du conflit entre deux conceptions différentes: «celle des Eglises qui, telle l’Eglise orthodoxe, s’identifient à l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, et celle des Eglises – plutôt de tradition réformée – qui se considèrent comme faisant partie de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique».
Le secrétaire général relève qu’au long des travaux de la Commission spéciale sur la participation orthodoxe au COE instituée pour traiter de cette question, l’opposition de ces deux conceptions s’est heureusement muée en «défi mutuel» et fraternel de réinterroger chacun sa conception de l’Eglise. C’est une chance supplémentaire pour l’oecuménisme, se réjouit-il, puisque aucune Eglise ne peut relever seule ce défi. Et de conclure: «toutes ont besoin les unes des autres». JB
Encadré
Le COE, une communauté de 342 Eglises
Le Conseil oecuménique des Eglises (COE), fondé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est aujourd’hui une communauté de 342 Eglises. Elles sont réparties dans plus de 100 pays sur tous les continents et représentent pratiquement toutes les traditions chrétiennes. L’Eglise catholique romaine n’est pas membre mais elle collabore activement avec le COE; elle fait notamment partie de plein droit de la Commission «Foi et Constitution». La plus haute instance dirigeante du COE est l’Assemblée, qui se réunit environ tous les 7 ans. Le COE a été fondé officiellement en 1948 à Amsterdam, aux Pays-Bas. Le secrétaire général, le pasteur Konrad Raiser, de l’Eglise évangélique d’Allemagne, qui prendra sa retraite l’an prochain après avoir occupé cette fonction pendant 10 ans. JB
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