Brésil: Le père Neutzling montre du doigt la privatisation promue par le président Cardoso

« L’Eglise doit retrouver le courage des années passées »

Rio de Janeiro, 1er septembre 2002 (APIC) Le Jésuite Ignazio Neutzling, conseiller de la pastorale sociale pour la Conférence des évêques brésiliens, dénonce la privatisation des services promue par le président Cardoso. Il déplore également que l’Eglise catholique ait « abandonné son engagement social pour la justice et les droits de l’homme ». Le cardinal Aloiso Lorscheider souligne pour sa part que l’Eglise s’engage auprès des plus pauvres, malgré les reproches de l’Etat.

« Qui se souvient ou parle encore de théologiens tels que Gustave Gutierrez, de l’Ordre dominicain, ou du franciscain Léonard Boff ou de Jon Sobrino ou d’autres? », demande le père Neutzling dans une analyse reprise par l’agence d’information religieuse « Vidimus Dominum ». Professeur de sciences sociales et directeur de l’Institut Unisinos, l’Université fondée par les Jésuites il y a 33 ans à Rio Grande do Sul, dans l’extrême sud du Brésil, il porte un jugement sévère sur la globalisation économique imposée par les Etats- Unis au Brésil et sur la pauvreté croissante, due à l’avancée du modèle néo- libéral en économie.

« Du fait de la révolution néo-libérale, les pauvres ont perdu l’espoir d’avoir un emploi et de pouvoir acheter un jour une maison ». Avec « le modèle actuel, les pauvres ont perdu l’espoir de sortir de leur situation. La promotion sociale est devenue une illusion et tous les chemins sont bloqués ».

Les conséquences sont également lourdes pour le travail pastoral des religieux. « Les pauvres sont devenus violents, ils n’ont plus d’avenir. Quand des prêtres ou des religieux travaillaient dans une favela, dans les années 70 ou 80, ils étaient respectés, protégés, aimés. Les jeunes d’aujourd’hui, dans les bidonvilles, vivent en bandes, ils ne respectent plus rien, même pas les gens. Cette pauvreté est une destruction culturelle radicale ».

Tels sont les effets de la privatisation, introduite en 1994 par le gouvernement du président Cardoso. « Durant ces huit années, environ 90 milliards de dollars sont passés de l’Etat aux particuliers, c’est-à-dire 1/6 du produit intérieur brut actuel. Une nouvelle bourgeoisie en a tiré profit, la polarisation sociale est devenue plus forte et l’écart entre riches et pauvres a augmenté ».

Comme un « syndicat de la classe des pauvres »

Pour sa part, le vieux cardinal franciscain Aloiso Lorscheider, une des figures les plus représentatives de l’Eglise du Brésil au cours des 40 dernières années, défend les choix faits par l’épiscopat de son pays, souvent accusé de pratiquer une politique en faveur des classes pauvres de la société. « On l’accuse- écrit-il dans la revue ’Concilium’ – de mettre entre parenthèses la partie spirituelle, religieuse et atemporelle de la vie. La Conférence des évêques serait presque comme un syndicat soucieux des problèmes de la classe des pauvres. »

« Ce qui s’avère gênant pour certains, poursuit-il, c’est le fait que l’Eglise s’efforce d’évangéliser à partir des classes pauvres. Ce comportement est interprété comme s’il était une option exclusive. L’option préférentielle pour les pauvres est alors considérée comme un choix exclusif pour les pauvres, qui cesse donc d’être préférentiel et devient une question de coalition de partis. Et là commencerait la lutte des classes. Cette option ne serait plus dans ce cas évangélique, prophétique, mais politique, et elle présenterait toutes les caractéristiques d’une politique de parti. »

« On ne saurait nier que certains ont exagéré », relève encore Aloiso Lorscheider, « mais sûrement pas la Conférence épiscopale lorsqu’elle parle et agit au nom de l’Eglise du Brésil. La fonction de l’Eglise est une fonction sociale – critique – prophétique. » (apic/vd/bb)

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