Adieu la règle de la majorité, plus de « cultes oecuméniques »
Genève, 2 septembre 2002 (APIC) Les Eglises orthodoxes ont poussé le Conseil oecuménique des Eglises (COE), à Genève, à changer ses méthodes. Une Commission spéciale mise sur pied pour résoudre la crise entre le COE – accusé d’être dominé par la pensée protestante et occidentale- propose d’abandonner la règle de la majorité au profit de celle du consensus.
Il recommande également au COE de renoncer aux « cultes oecuméniques » au profit de « prières communes confessionnelles ». L’évêque luthérienne allemande Margot Kässmann, de Hanovre, a qualifié cette proposition de « grand pas en arrière dans le mouvement oecuménique ». Ces dernières années, de nombreux orthodoxes ont reproché au COE d’être influencé par les vues occidentales, qu’ils jugent trop libérales, concernant le langage inclusif, l’ordination des femmes et la sexualité.
De vifs débats
Les débats ont été vifs, lorsque le Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE), réuni à Genève du 25 août au 3 septembre, a reçu et discuté le rapport final de la Commission spéciale sur la participation des orthodoxes au COE.
La crise latente entre Eglises orthodoxes et protestantes au COE ayant atteint un point culminant lors de l’assemblée générale de l’organisation à Harare (Zimbabwe) en 1998, une commission spéciale avait été instituée dès l’année suivante pour tenter de résoudre les tensions. Composée paritairement de représentants des Eglises orthodoxes et des autres Eglises membres du COE, la commission était coprésidée par l’évêque protestant Rolf Koppe (Allemagne) et par le Métropolite orthodoxe Chrysostomos d’Ephèse.
La Commission spéciale s’est réunie plusieurs fois entre-temps. Elle a vécu, selon ses membres, « un véritable processus d’apprentissage » réciproque. Le rapport qui est issu de ses travaux en porte la marque et propose plusieurs changements dans la vie et la manière de travailler du COE.
Abandon des procédures parlementaires anglo-saxonnes pour des méthodes conciliaires
Les points les plus chaudement discutés en Comité central concernent le processus de prise de décision et les « cultes oecuméniques ». Par ailleurs, des changements sont proposés portant sur la qualité de membre du COE. La Commission spéciale propose en effet que dorénavant, les décisions soient prises non plus à la majorité, mais en cherchant à atteindre un consensus, en principe sans vote.
La raison invoquée pour ce changement est que les procédures parlementaires anglo-saxonnes utilisées pour organiser les prises de parole et de décision sont non seulement étrangères à l’orthodoxie et aux Eglises du Sud, mais peu familières à certains Européens eux-mêmes. « Une manière de faire qui ferait plus de place à la rencontre des cultures, à l’étude et à l’interrogation communes ainsi qu’à la réflexion et à la prière serait probablement plus conforme aux buts du COE que les procédures actuelles rigides et formelles », dit le rapport.
La pierre d’achoppement de la prière commune
La méthode de la recherche du consensus, par contre, qui est de caractère plus conciliaire que parlementaire, aurait un effet intégrateur et polariserait moins les opinions. Cette proposition a pourtant rencontré des résistances de la part de certains membres du Comité central. Les uns estiment que l’adoption de cette nouvelle manière de faire est du ressort de l’assemblée générale, or la prochaine n’est prévue qu’en 2006.
D’autres enfin craignent que certaines décisions, par exemple dans des situations d’urgence ou à propos de questions d’actualité, soient difficiles à prendre. D’autres enfin redoutent le rôle particulièrement important du président de séance, pour établir le consensus.
L’ »Eglise oecuménique » n’existe pas encore à ce jour
L’autre point conflictuel surgi dans la discussion du rapport de la Commission spéciale a été la question de la prière commune. Le rapport signale que certaines Eglises ont des difficultés avec les formes de culte commun tels qu’elles se sont développées au COE.
Le rapport propose que le COE renonce aux « cultes oecuméniques » et les remplace soit par des « prières communes confessionnelles » – c’est-à- dire conduite selon l’une ou l’autre tradition chrétienne -, soit par des « prières communes interconfessionnelles », pour lesquelles toutes les précautions doivent être prises afin qu’on ne les considère pas comme l’expression d’une « Eglise oecuménique » qui n’existe pas à ce jour.
Il convient en effet que chaque Eglise puisse être respectée dans son identité, sans être heurtée par des symboles, des images ou des rites auxquels elle ne peut adhérer. Plusieurs membres du Comité central se sont émus de cette proposition. L’évêque luthérienne allemande Margot Kässmann, de Hanovre, est allée jusqu’à qualifier le rapport de « document de la peur » et de « grand pas en arrière dans le mouvement oecuménique ». Elle a prévenu que si elle ne pouvait « plus participer en robe pastorale à un culte oecuménique au COE », elle quitterait l’organisation.
« Laisser à d’autres les risques de l’expérimentation oecuménique »
A quoi l’évêque Christoph Klein, de l’Eglise évangélique de la confession d’Augsbourg en Roumanie, a répondu qu’il était d’un avis similaire lorsqu’il est devenu membre de la Commission spéciale, mais qu’il avait entre-temps été sensibilisé à ce qu’est la liturgie orthodoxe. Il a assuré que le rapport était issu « d’un dialogue dans l’amour, qui a conduit à un dialogue en vérité et dans l’authenticité ».
Keith Clements, secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes (KEK), a pour sa part regretté ce qu’il a appelé une tendance à « vouloir prier en sécurité et dans la pureté » et à « laisser à d’autres les risques de l’expérimentation oecuménique ». Le rapport a été discuté une nouvelle fois lundi en plénière aujourd’hui. S’il obtient un consens, il sera transmis aux Eglises membres, qui détermineront alors leur position face à un Conseil oecuménique des Eglises dont le visage aura changé. JB
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