Genève: Une évêque luthérienne d’Allemagne claque la porte du Comité central du COE
tensions entre protestantisme et orthodoxie
Genève, 5 septembre 2002 (APIC) Margot Kässmann, évêque luthérienne de Hanovre, claque la porte du Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Personnalité marquante du COE, la théologienne âgée de 44 ans a démissionné du Comité central de l’organisation basée à Genève en signe de protestation contre les concessions faites aux orthodoxes. L’évêque luthérienne défend l’ordination des femmes et le maintien des «cultes oecuméniques» au COE.
Réuni à Genève du 26 août au 3 septembre, le Comité central du COE a adopté des propositions visant à faciliter la participation des Eglises orthodoxes, qui considèrent le COE comme trop marqué par l’esprit protestant et occidental.
Les propositions adoptées, portant sur des changements importants concernant le culte et la prise de décisions, visent à apaiser les tensions entre les membres protestants et orthodoxes de l’organisation. Pour la majorité, il s’agissait de faire en sorte que chaque Eglise puisse être respectée dans son identité, sans être heurtée par des symboles, des images ou des rites auxquels elle ne peut adhérer.
Margot Kässmann avait qualifié le rapport proposé de «document de la peur» et avait d’emblée menacé de quitter l’organisation si elle ne pouvait plus participer en robe pastorale à un culte oecuménique au COE.
Plus de «culte oecuménique» lors des événements du COE
«Il s’agit de ma propre crédibilité en ce qui concerne la façon dont mon Eglise comprend le ministère et l’Eglise, entre autres l’ordination des femmes», a souligné Margot Kässmann dans une déclaration du 4 septembre expliquant les raisons de sa démission. Margot Kässmann, membre du Comité central depuis 1983, a précisé qu’elle démissionnait parce qu’il ne sera plus possible, selon ces propositions, de célébrer de «culte oecuménique» lors des événements du COE.
Les propositions adoptées par le Comité central visaient à répondre aux préoccupations des orthodoxes qui reprochaient au COE d’être trop dominé par les vues protestantes – concernant entre autres la théologie, l’ordination des femmes et les questions éthiques. Margot Kässmann, qui dit vouloir un «COE fort», fait remarquer que son efficacité est affectée par des tensions entre le protestantisme et l’orthodoxie.
Orthodoxes et protestants: vers des organisations séparées ?
S’il n’est pas possible de résoudre ces divergences, a-t-elle dit, les Eglises protestantes et orthodoxes devraient envisager l’éventualité d’avoir des organisations mondiales séparées. Comme l’Eglise catholique, les Eglises orthodoxes s’opposent à l’ordination des femmes comme évêques ou prêtres.
Le COE compte 342 Eglises membres représentant les grandes traditions chrétiennes – protestante, anglicane et orthodoxe – à l’exception de l’Eglise catholique romaine, qui coopère avec l’organisation oecuménique dans un certain nombre de domaines. La recommandation présentée au Comité central de ne plus employer l’expression «culte oecuménique» car elle peut être mal interprétée, est considérée par certains membres – entre autres Margot Kässmann – comme une manière de céder aux demandes des orthodoxes.
Le COE devra à l’avenir faire la distinction entre «prière commune confessionnelle» (selon les rites d’une tradition particulière) et «prière commune interconfessionnelle». La «prière commune interconfessionnelle devra éviter de donner l’impression qu’il s’agit du culte d’une Eglise.» Dans sa déclaration, Margot Kässmann rappelle que «pour moi, personnellement, ces vingt dernières années, les cultes oecuméniques ont été au coeur du Conseil».
Vers une remise en question de la reconnaissance mutuelle du baptême ?
«S’il n’est pas possible de célébrer un culte commun même sans l’eucharistie, et si même la reconnaissance mutuelle du baptême est remise en question, je ne vois pas comment nous pouvons faire face aux controverses.» Un porte-parole du COE a confirmé au journaliste de l’agence de presse oecuménique ENI à Genève que le COE avait reçu la démission de Margot Kässmann. La directrice de la Communication, Kristine Greenaway, a précisé que le COE avait exprimé «son regret» à l’annonce de la démission de Margot Kässmann et souligné la contribution qu’elle avait apportée à la vie de l’organisation.
Même si Margot Kässmann a décidé de ne plus être membre du Comité central, elle a exprimé son désir de continuer à soutenir le COE, a précisé Kristine Greenaway. La démissionnaire dirige l’Eglise évangélique luthérienne du Hanovre qui compte plus de trois millions de membres, ce qui en fait l’une des plus grandes Eglises luthériennes au monde.
Plaidoyer pour le droit des femmes à la parole et aux responsabilités
Son élection comme évêque de cette Eglise en 1999 avait fait d’elle la première évêque femme à siéger au Comité central du COE. Au moment de son élection, elle avait déclaré que l’Allemagne avait grand besoin d’un «renouveau spirituel» et pouvait s’inspirer d’autres formes d’expérience chrétienne dans le monde. Elle avait cité en particulier comme exemple la liturgie et les prières des Eglises orthodoxes. Dans une allocution au Comité central du COE en 1997, elle avait souligné que l’Eglise devait être «un espace sur où les femmes sont encouragées à parler et non réduites au silence».
Lors de son installation comme évêque, elle avait dit: «Il a été difficile pour les chrétiens de ces deux premiers millénaires – et il est encore difficile pour certains aujourd’hui – de reconnaître les femmes comme responsables d’Eglise.» (apic/eni/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse