Rome demande l’intervention de la communauté internationale

Irak: Le Saint-Siège condamne toute action militaire unilatérale des Etats- Unis

Rome, 10 septembre 2002 (APIC) A la veille de la commémoration des attentats terroristes du 11 septembre, le Saint-Siège a condamné mardi toute action militaire unilatérale des Etats-Unis contre l’Irak. Le Vatican réclame l’aval de l’ONU avant toute attaque contre l’Irak et relève la nécessité de peser toutes les conséquences qui en découleraient pour la population civile.

Dans une interview publiée le 10 septembre 2002 dans le quotidien catholique italien « Avvenire », Mgr Jean-Louis Tauran, chargé au Vatican des relations avec les Etats, déclare qu’une action militaire des Etats-Unis contre l’Irak équivaudrait à « imposer seulement la loi du plus fort ».

Pour sa part, interrogé par Radio Vatican le même jour, l’ambassadeur américain au Saint-Siège, James Nicholson, a souligné l’urgence d’une intervention en Irak. Alors que les menaces militaires des Etats-Unis contre l’Irak se font de plus en plus précises, Mgr Tauran, « ministre des Affaires étrangères » du Vatican, est la première autorité vaticane à faire part officiellement de la position de l’Eglise. Dans le quotidien de la Conférence épiscopale italienne, Mgr Tauran appelle notamment la communauté internationale « à être plus présente sur le terrain pour aider les adversaires à se regarder et à se parler ».

Seulement avec l’accord de l’ONU: ne pas confondre justice et vengeance

Mais « si la communauté internationale, s’inspirant du droit international et en particulier des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, jugeait opportune et proportionnée le recours à la force, cela devrait se faire en accord avec l’ONU et après avoir soupesé les conséquences pour la population civile irakienne », affirme en outre le prélat. Il ajoute toutefois qu’ »un mal ne peut être combattu par un autre mal ».

A la veille du premier anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Mgr Tauran rappelle par ailleurs « qu’aucun responsable politique digne de ce nom, ni aucun chef religieux, ne peuvent justifier le terrorisme ». « Certes, les coupables doivent être punis et empêchés de nuire à nouveau, conclut-il. Mais nous devons être attentifs à ne pas confondre justice et vengeance, et à éviter que des populations entières paient pour la cruauté des responsables des attentats ».

Interrogé pour sa part sur Radio Vatican, l’ambassadeur des Etats- Unis près le Saint-Siège, James Nicholson, a affirmé que son gouvernement « cherche à obtenir l’aide de la communauté internationale ». Faisant allusion aux menaces nucléaires venant d’Irak, il a cependant précisé que la situation « très dangereuse » qui menace « non seulement les Etats-Unis mais aussi d’autres pays » doit conduire à ce que « quelque chose soit fait ».

Pour J. Nicholson, qui a pris ses fonctions deux jours après les attentats du 11 septembre 2001, son pays a toutefois « une certaine responsabilité » dans cette situation. « Nous sommes un pays riche, nous avons une armée forte et nous sommes les champions de la liberté dans le monde », a-t-il expliqué. « Nous ne pouvons pas feindre ne pas voir ce qui se déroule sous nos yeux (.) alors que nous savons très bien que ce qui se passe », a-t-il conclu. « Nous ne pouvons pas soutenir la politique de l’autruche ».

Le président américain George Bush devrait intervenir publiquement au siège des Nations Unies, dans la journée du 12 septembre à New York, afin de demander le soutien de la communauté internationale pour sa « croisade » contre l’Irak qui est loin de faire l’unanimité au sein des pays occidentaux alliés. George W. Bush, dont les motifs électoraux sont de plus en plus patents, peine à apporter les preuves de ses accusations réitérées.

Des privations et un embargo qui ont déjà fait des centaines de milliers de morts

Le pape Jean Paul II a souvent fait part de sa grande préoccupation au sujet de la situation de l’Irak, en particulier depuis le début de l’embargo américain, imposé en 1990. Ce blocus a déjà fait, selon les organisations spécialisées de l’ONU comme l’UNICEF, des centaines de milliers de morts – essentiellement des enfants, des vieillards et des personnes faibles – parmi la population civile, sans que les démocraties occidentales ne s’en émeuvent outre mesure.

Lors de la guerre du Golfe, en 1991, le pape était personnellement intervenu auprès du Secrétaire général de l’ONU pour lui demander de se rendre sur place afin de résoudre la crise. Depuis, régulièrement, Jean Paul II appelle l’attention de la communauté internationale sur la situation de l’Irak « qui continue de payer un lourd tribut par des privations cruelles ».

Le patriarche melkite à Damas: une attaque contre l’Irak dévasterait toute la région

Face à la rhétorique de guerre du président Bush, le patriarche grec- catholique melkite d’Antioche à Damas, Grégoire III Laham, déclare pour sa part qu’une attaque contre l’Irak dévasterait toute la région et provoquerait une « tragédie indescriptible » au Moyen-Orient. Les conséquences en seraient à coup sûr une nouvelle vague d’émigration des chrétiens d’Orient.

Dans une lettre au Premier ministre britannique Anthony Blair, qui se distingue des autres chefs d’Etats européens par son alignement non critique sur les positions de l’administration américaine, le patriarche Laham lance un appel à des « nouvelles visions » pour lutter contre le terrorisme et ses causes. Pour le chef de l’Eglise gréco-catholique de rite byzantin – qui compte quelque 3 millions de fidèles dans le monde -, la guerre est « démodée » pour faire face au terrorisme et au fondamentalisme.

Les chrétiens émigrent en raison de la violence et du manque de perspectives

Le patriarche Laham, qui fut longtemps archevêque à Jérusalem, rappelle que l’escalade de la violence est une menace mortelle pour la présence chrétienne au Moyen-Orient. Ainsi, le siège par l’armée israélienne de la Basilique de la Nativité à Bethléem ce printemps, qui a fait sept morts et plusieurs blessés, a créé une insécurité supplémentaire. Cette situation de tension permanente a déjà fait fuir ces derniers mois 200 familles chrétiennes de la région.

Les chrétiens émigrent en raison de la violence et du manque de perspectives. Pour Mgr Laham, il s’agit d’une grande perte pour toute la région qui a vu naître le Christ. La poursuite de l’émigration signifierait à ses yeux un affaiblissement dans le domaine politique et social et pour le dialogue interreligieux. « Sans les chrétiens, les fronts entre Israéliens et Palestiniens vont encore se durcir », lance-t-il. JB

Encadré

Une messe à l’aéroport de Rome-Fiumicino

Le Conseil pontifical de la pastorale pour les migrants et les itinérants commémore les victimes des attentats de New York le 11 septembre 2002. Une messe sera être célébrée à l’aéroport de Rome-Fiumicino, pour commémorer les victimes des attaques terroristes. Cette célébration est organisée par le Conseil pontifical de la pastorale pour les migrants et les itinérants, présidé par Mgr Stephen Fumio Hamao. Ce dernier lira une brève prière pour rappeler les incessants appels à la paix lancés par Jean Paul II depuis un an. La direction de l’aéroport et le personnel sont attendus dans la chapelle de Sainte-Marie des Anges. (apic/imedia/kap/be)

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