Le patriarche Alexis II lance de nouvelles et dures accusations contre le Saint-Siège
Rome, 18 septembre 2002 (APIC) Le patriarche Alexis II de Moscou accuse durement la « stratégie expansionniste » du Saint-Siège dans les pays de la Fédération de Russie. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire italien « Famiglia Cristiana », à paraître le 22 septembre 2002, le chef de l’Eglise orthodoxe russe demande en particulier au Vatican de faire preuve de « plus de respect » à l’égard de son Eglise.
« Si l’Eglise catholique considère encore l’Eglise orthodoxe russe comme une ’Eglise soeur’, en accord avec l’esprit du Concile Vatican II, pourquoi agit-elle comme s’il n’existait aucune Eglise ni aucune culture chrétienne en Russie? », se demande le patriarche orthodoxe, interrogé sur les raisons de sa réaction après la création de quatre diocèses catholiques sur le territoire de la Fédération de Russie.
Cinq ecclésiastiques tous étrangers – de l’Eglise catholique ont été expulsés du pays suite à cette décision du Vatican, en février dernier. Selon Alexis II, il s’agit là d’ »une volonté claire de Rome d’élargir le plus possible le champ de sa propagande auprès de la population russe ». Un geste qu’il qualifie de « stratégie expansionniste ».
« Il semble qu’aux yeux de l’Eglise catholique, la Russie est un pays sous- développé du point de vue religieux ayant besoin d’une ’illumination’ de la part du Vatican », explique Alexis II. « C’est une idée inacceptable pour l’Eglise orthodoxe, qui depuis plus de mille ans a nourri l’esprit des Russes, et est restée avec eux dans les bons et mauvais moments, fidèle aux origines de la nation et de la culture russe ».
Interrogé sur le conflit entre orthodoxes et grecs-catholiques en Ukraine, le patriarche affirme que cette question « est loin d’être résolue ». Rappelant la création de deux nouveaux diocèses catholiques dans la région la plus « russifiée » du pays, en mai 2002, le patriarche déclare que « de tels gestes, entrepris par Rome par une décision unilatérale, ne font qu’aggraver les relations entre catholiques et orthodoxes ». En outre, il ajoute que si le désir de l’Eglise grecque-catholique ukrainienne d’être élevée au rang de patriarcat est exaucé, « il faudra alors renoncer à l’espérance de voir une solution aux problèmes oecuméniques en Ukraine ».
Attitude inconciliable?
Pour Alexis II, le voyage de Jean Paul II en Ukraine en juin 2001, ainsi que l’attitude de représentants du Vatican « qui, au nom d’avantages illusoires, sont prêts à sacrifier les relations entre les catholiques et les orthodoxes », sont les principales causes des tensions actuelles.
Avant de conclure l’entretien, Alexis II appelle les personnalités religieuses « à exercer leur responsabilité avant d’accuser une Eglise de violer les droits de l’homme, surtout quand sont en jeu des rapports entre Eglises ». Il invite en particulier le Vatican « à plus de respect réciproque », « à refuser toute politique de pression », et « à reconnaître les réalités historiques ».
En conclusion, le patriarche orthodoxe de Moscou laisse entrevoir un espoir de dialogue avec certaines Conférences épiscopales nationales. Faisant allusion à « une splendide expérience de collaboration fertile » ces dernières années, il affirme que « de telles relations sont restées intactes même en ces temps difficiles ». Toutefois, conclut-il, « une issue au dialogue ne pourra être trouvée que si l’Eglise catholique change d’idée sur l’objectif de sa présence en Russie ».
En attendant, le Saint-Siège cherche à approfondir les relations qu’il entretient avec d’autres Eglises orthodoxes. Ainsi, le 13 octobre prochain, Jean Paul II recevra au Vatican le patriarche Teoctist, chef de l’Eglise orthodoxe de Roumanie. A cette occasion, une messe sera célébrée dans la basilique Saint-Pierre à laquelle assistera le patriarche.
Du chaud au froid, du froid au gèle
Récemment encore, le Père Vsevolod Chapline, porte-parole de l’Eglise orthodoxe russe, dans une interview à la presse russe, reprise par les journaux italiens le 15 septembre 2002, affirmait que le patriarche Alexis II était prêt à rencontrer Jean Paul II dans un pays neutre. Mais à condition que les problèmes encore existant entre les deux Eglises soient résolus. « Il faudra attendre que soient résolus les problèmes qui divisent depuis longtemps Rome et Moscou ». Le Saint-Siège a pour sa part constamment rejeté les accusations de prosélytisme proférées par Moscou. (apic/imedia/pr)
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