Burundi: L’armée avoue sa participation au massacre de centaines de civils
Bujumbura: 19 septembre 2002 (APIC) L’armée burundaise a avoué jeudi sa participation au massacre de centaines de civils dans les collines d’Itaba, dans sud-est de la province de Gitega, au centre du Burundi. Selon un porte- parole militaire, «173 personnes sont tombées sous les balles de l’armée», mais l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome parle de 1250 morts et révèle la participation aux atrocités d’éléments de l’armée rwandaise.
Selon MISNA, de nombreux civils, dont des femmes et des enfants, ont été abattus de sang froid le 9 septembre dernier. L’implication de membres des forces armées dans ce massacre a été confirmée par le colonel Augustin Nzabampema, porte-parole de l’armée à Bujumbura, qui en rejette la totale responsabilité sur les rebelles hutus des FDD, les Forces pour la défense de la démocratie.
Selon le porte-parole, 173 personnes sont tombées sous les balles des éléments de l’armée qui poursuivaient les rebelles des FDD. Le colonel Augustin Nzabampema, des forces armés gouvernementales, a précisé que les forces armées burundaises ont estimé que ces victimes étaient soit «complices» soit «otages» de la rébellion hutue des FDD, qui combattent le régime dominé par la minorité tutsie. Le gouvernement de Bujumbura parle pour sa part de «seulement» 183 morts.
Appel de l’archevêque de Gitega: «Cette guerre contre le peuple doit cesser»
«Cette guerre doit cesser au plus vite. Que les belligérants prennent place à la même table pour négocier et arriver à la paix le plus rapidement possible», a appelé l’archevêque de Gitega, Mgr Simon Ntamwana.
Dénonçant les atrocités commises aux alentours du 9 septembre sur les collines d’Itaba, dans la zone centrale du Burundi, il a affirmé qu’il était «temps de dire non à cette guerre qui a été faite contre le peuple, si les deux belligérants doivent d’affronter qu’ils le fassent à travers le dialogue pour que cesse cette guerre».
Mgr Ntamwana s’est également interrogé sur le silence des autorités burundaises dans cette grave affaire. Selon des témoignages recueillis par l’agence MISNA, outre l’implication des militaires burundais, on découvre également la participation d’unités rwandaises reconnaissables de par leurs uniformes. Les sources gouvernementales ne sont pas encore en mesure de lever le voile sur les auteurs de ce nouveau massacre de civils.
Après que la nouvelle de la tragédie a été rendue publique, le pouvoir en place à Bujumbura a décidé de mettre sur pied une commission d’enquête composée de membres de l’armée et de représentants des autorités de la province de Gitega, a précisé jeudi le porte-parole du gouvernement, Albert Mbonerane.
Les rebelles des FDD de Pierre Nkurunziza ont affirmé mercredi que l’armée avait massacré un millier de personnes à Gitega le 9 septembre. Selon le lieutenant Gélase-Daniel Ndabirabe, porte-parole des FDD, l’armée a rassemblé les civils sur les collines de Kagoma, Kabagabaga et Kanyonga «soit-disant pour les protéger.
Civils pris en otages ou complices des rebelles
Le colonel Nzabampema a déclaré pour sa part qu’il s’agissait de victimes des combats et de civils pris en otages ou complices des rebelles. Le président de la commission des droits de l’Homme ainsi que des responsables de l’administration locale ont démenti que les victimes ont été tuées durant des échanges de tirs, combats, soulignant que le massacre a eu lieu alors qu’il n’y avait aucun combat. Ce massacre de civils est semble-t-il le plus important depuis deux ans, dans une guerre civile qui a coûté la vie à plus de 250’000 personnes depuis 1993.
La dernière série de négociations pour un cessez-le-feu s’est achevée avec la signature d’un accord entre le gouvernement transitoire du Burundi et la faction du Conseil national pour la défense de la démocratie-Force pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) dirigée par Jean-Bosco Ndayikengurukiye. Le massacre du 9 septembre «peut être un obstacle aux négociations sur le cessez-le-feu», a estimé le porte-parole des FDD. Il a toutefois réaffirmé la volonté des FDD d’être présents aux négociations de Dar es-Salaam, en Tanzanie. (apic/misna/bbc/be)
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