Zimbabwe: Un prêtre irlandais chassé de sa paroisse, veut quitter le pays
Harare, 26 septembre 2002 (APIC) Le Père irlandais Patrick Kelly, qui avait dû s’enfuir à la mi-août de sa paroisse au Zimbabwe suite aux menaces des militants du parti du président Robert Mugabe, condamne le silence de son évêque, Mgr Alexio Churu Muchabaiwa. Au vu de l’inaction de Mgr Muchabaiwa, évêque de Mutare et président de la Conférence épiscopale, le Père Kelly annonce qu’il va quitter le pays.
Le Père Patrick Kelly avait été contré quitter sa paroisse, dans le district de Nyanga, par des militants de la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique) et d’autres personnes suspectées d’être des agents des Services de renseignement du régime de Harare.
Né à Tubbercurry, en Irlande, le missionnaire catholique a été affecté au Zimbabwe par le diocèse catholique de Plymouth en Angleterre. Sept anciens combattants de la guerre d’indépendance des années 70 lui ont ordonné de quitter avant le 22 août sa paroisse de Saint-Gabriel du district de Nyanga, non loin de la frontière avec le Mozambique.
Accusé de combattre la réforme agraire de Robert Mugabe
Les militants de la ZANU-PF, le parti de Mugabe, ont accusé le prêtre de «prêcher une politique d’opposition» et de mener une croisade contre la réforme agraire du gouvernement, menée de façon chaotique et parfois violente. Ils l’ont menacé de représailles non précisées en cas de non-coopération. Patrick Kelly a aussi déclaré avoir été interrogé deux fois par les Services de renseignement. Après ces menaces, le prêtre s’est enfui de sa paroisse pour aller se cacher.
«Je suis déçu de l’attitude de l’évêque de Mutare, Mgr Muchabaiwa», a dit le Père Kelly en parlant de l’évêque Alexio Muchabaiwa, président de la Conférence épiscopale, à qui il reproche de n’avoir pas «protesté» contre cette action d’intimidation. De son refuge dans la ville de Mutare, Patrick Kelly a déclaré à l’hebdomadaire régional «The Eastern Star» qu’il allait peut-être quitter le pays «car je n’entrevois pas le bout du tunnel. Je suis sans travail, j’ai été laissé en plan. Je devrai donc quitter le pays et aller là où je pourrai continuer à servir le Seigneur.»
Un départ forcé tacitement approuvé
«L’évêque Muchabaiwa n’a pas fait de déclaration publique pour condamner mon départ forcé, et pourtant il est le responsable de la province. Qu’est-ce que cela veut dire?» Il y a deux semaines, Michael Ancram, porte-parole de l’opposition britannique pour les Affaires étrangères de Grande-Bretagne – l’ancienne puissance coloniale à l’époque de la Rhodésie – , a exhorté Jack Straw, le ministre britannique des Affaires étrangères, à intervenir et à aider le prêtre menacé.
La semaine dernière, plusieurs prêtres de la Société missionnaire de Saint-Patrick à Mutare ont condamné l’incapacité de l’évêque Muchabaiwa à contester le départ forcé du Père Kelly. S’exprimant au nom de la Société, le Père Joseph Patrick O’Connor a déclaré: «Les évêques Muchabaiwa et Patrick Mumbure Mutume, vicaire général du diocèse de Mutare, n’ont pas été capables de contester l’expulsion du Père Kelly. Ils ont approuvé son départ, et leur accord affecte le travail de ceux qui oeuvrent pour la justice et la paix dans ce pays en crise.» (apic/eni/be)
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