Pour les xavériens, il ne faut pas mélanger croix et pouvoir

Italie: Religieux opposés à l’obligation du crucifix dans les écoles et les édifices publics

Brescia, 27 septembre 2002 (APIC) Les religieux xavériens italiens n’approuvent pas le projet de loi du gouvernement Berlusconi d’installer obligatoirement des crucifix dans les écoles et les édifices publics comme les administrations, les prisons ou les hôpitaux. Cette proposition, motivée davantage par un arrière-fond antimusulman que par la défense de la religion chrétienne, argumente que le crucifix est un symbole de civilisation et de culture avant même qu’il ne s’agisse d’un symbole de foi.

Alors que les communautés juive et musulmane d’Italie ainsi que l’opposition de centre-gauche ont réagi fortement à cette «croisade» d’un autre âge rappelant l’époque mussolinienne, la Fédération des Eglises évangéliques d’Italie s’élève à son tour, au nom de la laïcité démocratique de l’Etat, contre la réintroduction des crucifix dans les écoles italiennes. «Il n’y a plus de religion d’Etat, rappelle-t-elle, et la place de la croix est à l’église.»

Les motivations de cette proposition issue des rangs de la xénophobe «Ligue du Nord» ne sont pas cachées: selon Federico Bricolo, un des députés à l’origine de cette proposition, «le crucifix est un symbole religieux, mais représente aussi un symbole identitaire de civilisation.»

Le «léguiste» estime qu’il faut agir immédiatement contre l’attaque honteuse de l’Union musulmane italienne qui s’oppose aux symboles chrétiens. «Assez de tolérance avec les intolérants et les dénigreurs, assez de ces islamistes dangereux et insolents !», a-t-il lancé.

Autre son de cloche du côté des revues missionnaires xavériennes «Missione Oggi» (Mission Aujourd’hui) et «Cem-mondialità», ainsi que du «Centre xavérien d’animation missionnaire de Brescia», qui protestent contre la manipulation des symboles religieux à des fins politiques.

Non à la résurgence d’un colonialisme européen révolu

«Aujourd’hui, écrivent-ils, nous ne pouvons nous empêcher de manifester notre désaccord vis-à-vis d’une proposition qui entend réduire le symbole religieux chrétien par excellence à un simple ’symbole de la civilisation et de la culture’ de l’Italie et de l’Europe. La croix, dit Saint Paul, est ’scandale pour les Juifs et stupidité pour les gentils’ (1 Cor 1.23), mais elle est un symbole de salut pour tous les croyants qui la vénèrent dans les lieux de culte, reconnaissant en elle la manifestation de l’amour divin.»

Vouloir la présenter sous forme de ’symbole culturel’ du continent européen signifie ressusciter la logique de cet antique et tragique mélange entre pouvoir et croix, qui a marqué la période du colonialisme européen au détriment des autres peuples, constatent les religieux italiens. «Une alliance de laquelle, grâce au Concile Vatican II, nous avons pris décidément nos distances: la croix, nous le soulignons, est un symbole religieux qui interpelle toutes les consciences à toutes les époques et on l’embrasse dans la foi librement choisie».

«Nous n’entendons point par là soutenir que le respect de l’autre, de la diversité de sa culture et de sa religion implique la méconnaissance ou la suspension de la nôtre». «Nous voulons en revanche rappeler – poursuivent les missionnaires xavériens – que la proposition de sa propre identité religieuse et culturelle ne doit jamais être obtenue au détriment d’une meilleur convivialité entre cultures et confessions différentes, et que chaque identité doit être promue dans le plein respect de toutes les autres pour le bien commun». Le communiqué des missionnaires italiens se termine par une requête «urgente»: «intensifier l’engagement pour une éducation interculturelle». (apic/vid/be)

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