Une 24e année marquée par une actualité brûlante

Rome: Jean-Paul II entre dans sa 25ème année de pontificat

Rome, 15 octobre 2002 (APIC) Jean-Paul II fête demain le 24ème anniversaire de son pontificat. Elu pape le 16 octobre 1978, il est en 5ème position sur la liste des papes qui ont effectué le plus long mandat. Cette 24ème année de pontificat aura été marquée par une santé déclinante, mais également par une actualité brûlante, notamment au Moyen-Orient.

Qui ne se souvient pas de ces images montrant Jean Paul II courbé par le poids de l’âge et de la maladie, au mois de février dernier, quelques jours après sa semaine de retraite à l’occasion du carême? Quelques heures avant, la salle de presse du Vatican avait annoncé que le pape ne se rendrait pas en paroisse comme prévu à cause d’un problème au genou droit, de «nature arthritique».

Depuis, Jean Paul II, âgé de 82 ans, a annulé toutes ses visites paroissiales, qu’il avait mis un point d’honneur à effectuer régulièrement depuis le début de son pontificat. Par ailleurs, les audiences privées ne se faisaient plus qu’au troisième étage du palais apostolique, afin de lui éviter de trop longs déplacements, il restait en outre assis durant la plupart des cérémonies, descendait désormais de l’avion en ascenseur. La liste des changements dans la vie quotidienne de Jean Paul II les premiers mois de l’année est longue et a marqué l’opinion publique, notamment au cours des voyages en Azerbaïdjan et en Bulgarie, au mois de mai.

Voyages «test» en Azerbaïdjan et en Bulgarie

Qualifiés de ’test’ par les cérémoniaires pontificaux, ces deux voyages n’ont toutefois pas convaincu les journalistes qui commençaient à alimenter de nouveau les débats sur une éventuelle démission. Car, en effet, même si les structures avaient été modifiées pour permettre à Jean Paul II de poursuivre ses activités allégées, il ne semblait pas s’habituer à ces transformations.

Il a fallu attendre le voyage au Canada, au Guatemala et au Mexique, pour que l’opinion publique voie ce pape, courbé par l’âge et la maladie, continuer courageusement sa mission de successeur de Pierre. Son dernier voyage en Pologne, au mois d’août, aura particulièrement marqué les esprits. A cette occasion, visiblement heureux d’être de nouveau parmi les siens, le pape a lancé à ses compatriotes plusieurs appels à prier pour qu’il puisse «aller jusqu’au bout» de sa mission. Une manière de répondre aux rumeurs qui le voyaient déjà se retirer dans un monastère polonais pour le restant de sa vie.

A Jean Vanier – fondateur de la communauté de l’arche – qui lui demandait il y a quinze jours comment il allait, Jean Paul II lui répondit avec humour: «Au-dessus du cou, tout va bien !», signalant par là sa capacité à continuer de guider l’Eglise.

Une actualité marquée par l’après 11 septembre

Cette capacité, il l’aura particulièrement montrée tout au long de l’année dans le cadre des conflits en Terre Sainte, en Afghanistan et en Irak. Aussitôt après les attentats du 11 septembre 2001, l’inquiétude du pape était particulièrement visible. Outre ses différents appels à prier le chapelet, à jeûner ou encore la convocation historique de la rencontre interreligieuse d’Assise, le 24 janvier, il n’a pas hésité à mettre en place le ballet diplomatique du Saint-Siège pour tenter l’impossible.

Alors que la lutte contre le terrorisme engagée par la communauté internationale en Afghanistan était en cours, la situation au Moyen-Orient s’aggravait. A Bethléem, devenu le centre de l’attention internationale pendant quelques jours, l’occupation de la basilique de la Nativité par les Israéliens a particulièrement inquiété le Vatican. Les autorités du Saint- Siège, par l’intermédiaire des représentants de l’Eglise catholique sur place et notamment des franciscains chargés du lieu saint, ont alors engagé un dialogue avec les deux parties en conflit, lançant en même temps de nombreux appels à la communauté internationale pour que le processus de paix soit relancé.

«Le pape est informé jour après jour de la situation sur le terrain», avait affirmé à I’APIC Mgr Jean-Louis Tauran, ministre des Affaires étrangères du Vatican en avril dernier. «Il relaie la position du Saint-Siège qui demande depuis toujours le respect de l’autre et de ses légitimes aspirations, ainsi que l’application du droit international».

Nombreux appels pour une Europe chrétienne

Autre inquiétude de Jean Paul II, cette année, le processus de construction de l’Europe. Alors que le Conseil de l’Europe s’apprête à publier un premier projet de Constitution – prévue pour 2004 -, le pape n’aura pas hésité à revenir plusieurs fois sur le thème des racines chrétiennes du vieux continent.

Le 10 janvier, devant les 172 ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège, il a clairement fait allusion à ce projet de document, faisant part de sa «tristesse» lorsqu’il a constaté que «les communautés de croyants» n’avaient pas été mentionnées parmi les partenaires qui participent à la réflexion. Par la suite, Jean Paul II a profité de toutes les occasions qui se présentaient à lui – notamment les audiences avec les nouveaux ambassadeurs – pour à nouveau insister sur ce qu’il a qualifié de «mission difficile», mais «à laquelle sont appelés tous les politiques européens.

Ainsi, le souverain pontife n’a pas hésité notamment à encourager l’entrée de la Pologne au sein de l’Union européenne. Le 19 août, il a exprimé le souhait que son pays natal «trouve sa juste place dans les structures de l’Europe». Quelques jours plus tôt, il avait mis en garde l’humanité contre l’apparition «de dangers jusqu’alors insoupçonnés» si l’homme continue «à vivre comme si Dieu n’existait pas», et à vouloir «se mettre à sa place».

Inquiétude pour les catholiques de Russie

Au-delà du débat sémantique sur le mot «religieux» dans la charte européenne, Jean Paul II a en outre voulu défendre un aspect qui lui tient particulièrement à coeur, la liberté religieuse. Alors que le dialogue oecuménique entre catholiques et orthodoxes devient chaque année plus fructueux avec la plupart des Eglises autocéphales et avec Constantinople, la «persécution» russe envers l’Eglise catholique s’est aggravée.

Depuis la création, le 11 février dernier, de quatre diocèses catholiques en Fédération de Russie, destinés à remplacer des structures ecclésiastiques provisoires, cinq ecclésiastiques catholiques d’origines étrangères ont été expulsés par le gouvernement. Et le Patriarcat de Moscou a condamné à plusieurs reprises les activités jugées «prosélytes» de l’Eglise catholique sur un territoire «de tradition orthodoxe». Des actes que le Saint-Siège n’a pas hésité à qualifier de «véritable persécution».

Tous ces défis sont toujours d’actualité, alors que Jean Paul II fête le 24ème anniversaire de son pontificat. D’autres projets de voyage sont par ailleurs à l’étude au Vatican, ayant pour destinations particulièrement les Philippines ­ quoique ce projet soit de plus en plus incertain – ou encore la Croatie. Le pape semble en outre ferme dans sa volonté de poursuivre les dialogues oecuménique et interreligieux à travers un monde en proie à de nombreux conflits. Au début de sa 25ème année de pontificat – le cinquième plus long de l’histoire de l’Eglise -, JeanPaul II semble ainsi prêt à assumer sa mission «jusqu’au bout». (apic/imedia/bb)

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