A la veille du 2ème tour, Leonardo Boff analyse le succès de «Lula»
Rio de Janeiro, 21 octobre (APIC) Ce sont les chrétiens des milieux populaires qui ont permis la percée du Parti des travailleurs de Luis Inacio «Lula» da Silva, favori du deuxième tour des élections présidentielles le dimanche 27 octobre. Pas de doute pour le théologien de la libération brésilien Leonardo Boff: «la victoire du PT est un fait indiscutable et elle répond à une nécessité historique.»
En obtenant près de 47 % des voix, «Lula» a presque remporté l’élection présidentielle au premier tour. Les derniers sondages lui donnent une large avance sur son rival, le candidat social-démocrate José Serra. Le projet politique de l’ancien ministre de la Santé du président Fernando Henrique Cardoso met l’économie, le marché et la rentabilité au centre. Celui de «Lula» incarne le rêve d’un Brésil où tous auront leur place et retrouveront leur dignité, commente Leonardo Boff.
Sympathisant du PT, Leonardo Boff, l’un des pères fondateurs de la théologie de la libération, est professeur d’Université mais également conseiller des mouvements populaires brésiliens. Dans une interview accordée à l’agence oecuménique ENI, il affirme que la très probable victoire du PT dimanche prochain marquera «une percée libératrice, incarnant le rêve d’un Brésil qui doit être réinventé». Ce Brésil nouveau doit trouver dans le Forum social mondial (FSM) de Porte Alegre «le point de référence qui l’aidera à bâtir une société et une planète viables – du point de vue écologique, social et éthique.»
Comment expliquer une probable victoire de «Lula» après toute une série d’échecs antérieurs? Leonardo Boff répond sans ambiguïté: «Pour comprendre la capacité de rassemblement du PT, il est indispensable d’interpréter l’essence même de ce parti; il s’agit d’une rencontre de quatre forces principales: un nouveau syndicalisme; une gauche libératrice; un mouvement populaire qui regroupe une centaine d’organisations; et l’Eglise oecuménique de libération.»
Une mystique de libération
Cent mille communautés ecclésiales de base, une centaine de milliers de groupes bibliques, des centaines d’organisations de défense des droits humains, et une pastorale sociale active: tout cela représente une grande force qui assume le projet du mouvement social sans tomber dans la tentation de tenir son propre programme, affirme l’ex-religieux franciscain.
«C’est la force de l’Eglise de la libération, c’est-à-dire les Eglises – catholique et évangéliques – comprenant l’étroite association entre l’Evangile et la justice sociale, qui entraîne une option contre la pauvreté, en faveur des pauvres, de leurs libertés et de leurs droits», poursuit Leonardo Boff en analysant l’apport des chrétiens au Parti des travailleurs.
«Il est important de rappeler l’histoire, insiste le théologien. Ces secteurs chrétiens ne sont pas entrés dans le PT récemment; ils ont eu dès le départ une part importante dans sa fondation et son rapprochement avec le modèle du rêve chrétien.» Leonardo Boff voit justement dans le PT et la politique «un instrument permettant de réaliser les biens du Royaume que sont la justice, la fraternité et la foi comme horizon utopique de la politique. Toute cette force donne au Parti des travailleurs une mystique de lutte et une générosité particulière». (apic/eni/be)
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