Fédération de Russie: un pays sans véritable justice

Moscou: Campagne mondiale d’AI sur les violations des droits de l’homme en Russie

Moscou, 28 octobre 2002 (APIC) Amnesty International (AI) lancera mardi à Moscou sa nouvelle campagne internationale sur les violations des droits de l’homme en Russie. Une campagne qui coïncide avec le terrible drame vécu par les otages et leurs familles, qui a vu près d’un otage sur 5 mourir par le gaz lâché par «les sauveteurs» aux ordres de Poutine. Un bilan qui pourrait malheureusement et dramatiquement s’alourdir ces jours. Aussi lourdement que le silence qui plane sur le gaz utilisé et le mépris affiché par le pouvoir à l’égard de la population tchétchène.

Dans son rapport, intitulé «Fédération de Russie. Un pays sans véritable justice», AI dénonce la prise d’otages dans un théâtre de Moscou, qu’elle considère comme «un exemple de plus de la façon dont sont bafoués les droits fondamentaux des simples citoyens» en Fédération de Russie.

A l’heure où le pays est sous le choc de la tragédie, la secrétaire générale d’Amnesty International, Irene Khan, rappelle que le conflit en Tchétchénie a déjà coûté très cher en vies humaines. Elle prie instamment les autorités de garantir le respect des droits fondamentaux de tous les civils, russes et tchétchènes.

Le rapport de 102 pages présenté mardi 29 octobre à Moscou, dénonce les très nombreuses atteintes aux droits humains perpétrées en Russie. Il montre que les victimes ne parviennent pas à obtenir justice et restent vulnérables à de nouveaux abus, tandis que les auteurs de violations jouissent généralement d’une totale impunité et restent pour ainsi dire libres de poursuivre leurs méfaits.

Impunité

Amnesty International, qui mène ici sa toute première campagne consacrée à la Fédération de Russie, demande que des mesures soient prises de toute urgente pour lutter contre le «cycle infernal des atteintes aux droits de l’homme " dans ce pays. «La terrible prise d’otages survenue dans un théâtre de Moscou vient rappeler de sinistre manière que la situation en Tchétchénie n’est toujours pas résolue. Nous condamnons cet acte, qui constitue une atteinte ignoble aux droits humains», a déclaré Irene Khan. «Cette prise d’otages de grande envergure, a-t-elle dit, est une atteinte révoltante de plus aux droits fondamentaux de la personne commise en conséquence de ce conflit, qui a déjà engendré de terribles souffrances pour tous les êtres impliqués, dans un pays où les abus sont courants et où les victimes ont peu de chances d’obtenir réparation».

«Dans le monde entier, lorsqu’on pense aux violations des droits humains en Russie, on pense à la Tchétchénie. Ce que l’on sait moins, c’est que le climat d’impunité qui caractérise la situation en Tchétchénie imprègne malheureusement l’ensemble du système de justice russe».

Le nouveau rapport d’Amnesty International dénonce les nombreuses violations perpétrées dans tout le pays: torture dans les commissariats, conditions de détention cruelles, inhumaines et dégradantes dans des prisons surpeuplées et insalubres, violences racistes dirigées contre les membres des minorités ethniques ou religieuses et contre les étrangers, enlèvements, «disparitions» et torture (viols, notamment) en Tchétchénie.

La guerre contre le terrorisme a bon dos

«Il existe à l’heure actuelle en Russie un enchaînement pernicieux des atteintes aux droits fondamentaux de la personne», souligne Irene Khan. «Si le président Poutine veut promouvoir le rôle de son pays sur la scène mondiale, il doit commencer par garantir la justice et le respect des droits à toute personne vivant en Russie». «Alors que la Russie se trouve à un moment crucial de son histoire, le président Poutine doit faire preuve de sens des responsabilités politiques internationales et ne doit pas commettre les mêmes erreurs que les Occidentaux, en restreignant les droits humains au nom du combat contre le «terrorisme international». «

Pour AI, Poutine ne doit pas se servir de la «guerre contre le terrorisme» pour éluder le problème que pose le déni de justice qui affecte l’ensemble de la société russe.

Amnesty International formule des dizaines de recommandations en vue de réformes immédiates et appelle tant les autorités russes que la communauté internationale à les mettre en oeuvre. Elle recommande notamment l’adoption d’une loi faisant de la violence au foyer une infraction à part entière, la mise en place d’un organisme indépendant qui serait chargé d’enquêter sur les actes de torture, et l’abolition totale du système de passeports internes et d’enregistrement du lieu de séjour, qui donne lieu à des pratiques discriminatoires systématiques.

Le nouveau rapport d’Amnesty International cite enfin toute une série de cas d’atteinte aux droits de l’homme. (apic/com/pr)

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