Pressions pour que l’assassinat de Digna Ochoa reste impuni

Mexique: Une année après, la mort d’une militante et ancienne religieuse reste un mystère

Mexico, 23 octobre 2002 (APIC) Une année après l’assassinat de Digna Ochoa dans son bureau de Mexico, la mort de cette militante des droits de la personne reste inexpliquée. Nombreux sont ceux qui craignent que ce soit un cas de plus à ajouter à la longue liste d’assassinats politiques non résolus au Mexique. Les pressions des militaires et des politiques ont pour l’heure empêché une enquête sérieuse.

Digna Ocha, une ancienne religieuse dominicaine de 37 ans, a été tuée par balles le 19 octobre 2001. Aucune arrestation n’a été faite concernant ce cas, que le gouvernement vient de transmettre à un troisième procureur.

« Si la justice n’est pas faite dans ce cas, quel espoir nous reste-t-il pour les nombreux autres cas de violations des droits contre des militants et autres? » s’interroge d’ailleurs Amnesty International dans une déclaration du 17 octobre.

Jusqu’à l’an 2000, Digna Ochoa dirigeait la section juridique du Centre des droits Miguel Augustin Pro Juarez (Centre PRODH), organisation liée aux jésuites et basée dans la capitale mexicaine. Pendant des années, l’avocate a défendu des défenseurs de l’environnement, des leaders autochtones et des sympathisants de la guérilla opposés aux militaires.

Depuis 1995, Digna Ochoa avait été plusieurs fois menacée de mort. En 1999, elle a été enlevée deux fois par des hommes non identifiés qui lui avaient fait subir un interrogatoire sur des liens éventuels entre ses clients et les forces de la rébellion.

Peu après son assassinat, la famille et les collègues de Digna Ochoa ont laissé entendre que des militaires et d’autres personnalités, gênés par ses activités, pourraient être impliqués dans cet assassinat.

Depuis, deux procureurs ont été forcés de démissionner sous la pression de militants des droits – l’un après avoir avancé l’idée que l’assassinat était un crime passionnel; l’autre après avoir étonné le pays en déclarant ouvertement qu’elle s’était suicidée.

Frustrations

En août, le gouvernement a nommé un nouveau procureur, Margarita Guerra, une ancienne juge proche de l’âge de la retraite. Dans un témoignage devant la Commission interaméricaine sur les droits de la personne à Washington, le vendredi 18 octobre, Margarita Guerra a admis les fautes faites dans le traitement de cette affaire par le gouvernement et a promis de rappeler de nombreux témoins pour les interroger de nouveau.

Malgré les promesses de Margarita Guerra qui s’est engagée à mener une enquête objective, le Centre Pro Juarez, une des parties plaignantes, a annoncé le 18 octobre son retrait, en se déclarant frustré par les lenteurs de l’enquête. Le directeur du Centre, Edgar Cortez, s’est dit particulièrement inquiet de voir que le nouveau procureur considérait que l’assassinat et les menaces proférées contre Digna Ochoa n’étaient pas liés. « Ce ne sera peut-être qu’un cas non élucidé de plus », a-t-il déploré.

Des proches et des amis de Digna Ochoa se sont rassemblés le 19 octobre, premier anniversaire de sa mort, pour inaugurer un nouveau centre qui portera son nom. Situé dans sa ville natale de Misantla, dans les montagnes de l’Etat de Veracruz, ce centre représentera les paysans, qui sont souvent harcelés par les propriétaires terriens et les militaires. (apic/eni/pr)

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