Liban: Les patriarches catholiques d’Orient résolument hostile à une guerre contre l’Irak
Beyrouth, 1er novembre 2002 Le Conseil des patriarches catholiques d’Orient se déclare résolument hostile à une guerre contre l’Irak. Dans un communiqué publié vendredi à Beyrouth, au Liban, il dénonce en outre les prises de positions de l’extrême-droite chrétienne des Etats-Unis contre l’islam. La majorité des Eglises chrétiennes dans le monde, y compris aux Etats-Unis, sont opposées à une guerre en Irak. Note discordante, la revue bi-mensuelle des jésuites italiens, la « Civiltà Cattolica », estime dans son édition à paraître le 2 novembre « légitime » une attaque unilatérale des Etats-Unis contre l’Irak.
« Rien ne justifie une guerre contre l’Irak, quels que soient les prétextes et les raisons invoqués », affirment pour leur part les patriarches maronite, melkite, copte, chaldéen, latin, syriaque et arménien catholique d’Orient à l’issue d’un conclave de cinq jours, à Raboué, au nord-est de Beyrouth. Des patriarches qui sont en première ligne pour savoir de quoi ils parlent.
Les leaders religieux estiment qu’ »il ne peut y avoir de guerre juste car les hommes ont le choix: négocier et parvenir à des solutions pacifiques ou déclencher une destruction générale ». « Aussi, est-il nécessaire, poursuit le communiqué, d’éviter le danger que représente une guerre contre l’Irak ».
Et pourquoi pas désarmer Israël.
Le Conseil des patriarches condamnent en outre la politique de deux poids deux mesures qui caractérise les appels à l’application des résolutions de l’ONU. « L’équité veut qu’on traite les pays de la région selon un même critère. Si l’on veut en finir avec les armes de destruction massive, il faut désarmer l’ensemble des pays de la région, dont Israël ».
Les patriarches catholiques dénoncent de plus « les déclarations de l’extrême-droite chrétienne américaine », les jugeant « dangereuses et insultantes à l’égard de l’islam, des musulmans et du conflit israélo- palestinien ».
Le 6 octobre, le pasteur Jerry Falwell, interviewé par la chaîne de télévision CBS, avait qualifié le prophète Mahomet de « terroriste » avant de s’en excuser quelques jours plus tard. Un autre télé-évangéliste, Pat Robertson, avait déclaré en février que l’islam était une religion violente tendant à la « domination puis, si nécessaire, à la destruction ». En novembre 2001, Franklin Graham avait fustigé l’islam comme une « religion malfaisante ».
Pour les patriarches catholiques, « a situation des Palestiniens est pratiquement inhumaine et les exactions auxquelles ils sont soumis ne peuvent avoir aucune justification. Le chemin de la paix et de la sécurité est parfaitement clair: il faut mettre fin à l’occupation qui est la source de la violence dans la région ».
Fausse note dans un concert de protestations
A l’heure où de grandes manifestations secouent les Etats-Unis pour dénoncer la politique de Bush, en faveur de la guerre à tout prix en Irak, les jésuites italiens se mettent aux côtés du président Bush, même avec des nuances. Car si la « Civiltà Cattolica » condamne toute action « préventive » de la part des Etats-Unis, elle y ajoute cependant une « exception »: la « légitime défense d’un Etat qui serait agressé par un autre Etat ».
Un argument qui ne semble guère tenir aux yeux des personnalités qui se mobilisent aux Etats-Unis contre la guerre en Irak. Selon l’hebdomadaire « La Vie », c’est sans doute la position adoptée par les Eglises chrétiennes – hormis celles appartenant aux mouvances d’extrême droite – qui a le plus contribué à une large diffusion du mouvement de contestation aux Etats- Unis. « Derrière les déclarations sinistrement tapageuses des évangélistes de la droite chrétienne, écrit « La Vie », la grande majorité des représentants catholiques et protestants a fait connaître son opposition à la guerre. Le National Council of Churches, soit la majorité des Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes des Etats-Unis s’est opposée aux visées de Bush.
Le Conseil national des évêques catholiques s’est lui aussi adressé au président des Etats-Unis pour exposé sa position. Selon le révérend John Langen, professeur d’éthique à l’Université de Gergetown, « la position des évêques – réd. catholiques – est conforme aux règles édictées par le Conseil qui est de soutenir les guerres « justes ». Celle-ci ne semble pas remplir ce critère, et on constate que le gouvernement a beaucoup de problèmes pour justifier sa position, y compris en son sein.
En Grande-Bretagne enfin, où le Premier ministre Blair s’inscrit en première ligne pour faire écho à la politique va-t-en-guerre de la Maison Blanche, les Eglises chrétiennes dans leur ensemble marquent leur désaccord croissant avec Blair. De l’ancien archevêque de Canterbury, George Carey, qui avait pourtant soutenu les secondes frappes qui s’étaient abattues sur l’Irak, à son successeur, Rowan Williams, particulièrement déterminé et critique contre l’alignement du Premier ministre de Grande-Bretagne avec Washington. (apic/ag/lv/pr)
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