France: La création du Conseil français du culte musulman a du plomb dans l’aile
Paris, 1er novembre 2002 (APIC) La création du Conseil français du culte musulman (CFCM), l’instance officielle destinée à représenter l’islam auprès des pouvoirs publics, n’a toujours pas abouti. Le projet, proposé par le gouvernement, suscite de plus en plus de réserves parmi les participants aux négociations et dans la société civile musulmane.
Sous la direction du ministère de l’intérieur, chargé aussi des cultes, les travaux se poursuivent actuellement entre les différents groupes musulmans (fédérations, mosquées importantes et personnalités qualifiées). «Les décisions appartiennent au final aux musulmans eux-mêmes qui discutent actuellement du projet», précise l’un des responsables chargé du dossier au ministère de l’intérieur, dans un entretien accordé à l’Agence oecuménique ENI. Plusieurs réunions sont programmées au cours du mois de novembre.
Lors de son arrivée au pouvoir, le nouveau gouvernement a repris le dossier en main. Prévues au début de l’été, les élections auxquelles devaient participer les représentants de mille mosquées ont tout d’abord été reportées.
Proche du gouvernement algérien, la Mosquée de Paris, par la voix de son recteur, Dalil Boubakeur, avait fait pression pour obtenir ce report. Elle redoutait d’être battue, au cours du scrutin, par sa principale rivale, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), prônant un islam rigoriste et qui avait su nouer au niveau régional des alliances avec des mosquées indépendantes.
Innovation.
Les discussions actuelles portent essentiellement sur la composition du futur CFCM. Dans le nouveau projet du gouvernement, l’organisme comprendrait des délégués élus et des délégués désignés. C’est la principale innovation apportée au projet initial dans lequel le CFCM ne comportait que des délégués élus.
«Cette disposition a pour but de mieux représenter toute la diversité de l’islam en France», affirme-t-on au ministère de l’Intérieur. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, a fait part, à plusieurs reprises, de son souhait de voir la présidence du CFCM attribuée à la Mosquée de Paris. Des récentes déclarations de Dalil Boubakeur pourraient cependant bloquer l’accession du recteur de la Mosquée de Paris à la présidence. Mais «là aussi, la décision finale appartient aux musulmans», précise-t-on encore au ministère de l’intérieur.
Réserves
Or, cette disposition suscite de plus en plus de réserves. Plusieurs groupes musulmans déplorent la grande place faite aux délégués désignés dans le futur CFCM. Pour le moment, aucun participant aux négociations n’a décidé, malgré tout, de se retirer. «Le ministre de l’Intérieur montre une grande détermination. C’est très difficile de s’y opposer», déclare Youssef Mammeri, responsable d’une mosquée à Marseille et participant aux négociations. «Le CFCM, s’il arrive à être créé, aurait, de toute façon, du mal à trouver sa légitimité», estime encore Youssef Mammeri.
Malgré cela, les groupes musulmans devraient, au début de la semaine prochaine, fixer en commun la date du début du Ramadan. Jusqu’à maintenant, la date de début du Ramadan pouvait diverger, selon les associations et les fédérations qui se déterminaient en fonction des liens entretenus avec tel ou tel pays. (apic/eni/pr)
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