1.1.1.2 Attention à l’exploitation du scandale des abus sexuels

1.1.1.1.2 Etats-Unis: Les évêques mettent en garde contre des groupes laïcs

Washington, 13 novembre 2002 (APIC) Mgr Wilton D. Gregory, président de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, a mis en garde contre l’exploitation du scandale des abus sexuels par certains groupes laïcs qui cherchent ainsi à faire passer leur « agenda ». Mgr Gregory a reconnu que les cas de prêtres pédophiles ont causé de « sérieuses fractures » au sein de l’Eglise. Tout en critiquant certains responsables ecclésiaux qui n’ont pas su gérer la crise, il a lancé un appel à l’unité.

Cinq mois après leur dramatique assemblée plénière de juin 2002 à Dallas, en plein scandale d’abus sexuels commis par des membres du clergé, environ 250 évêques américains sont à nouveau réunis depuis lundi sur le même thème. Ils ont déjà adopté une série de mesures, notamment un programme spécial d’un montant de plus de 3 millions de dollars sur 3 ans consacré au combat contre les abus sexuels des mineurs commis par des prêtres.

Quelque 250 évêques participent du 11 au 14 novembre à Washington à leur rencontre d’automne traitent des « normes » et de la « Charte » sur les cas d’abus sexuels commis par des clercs sur des mineurs. Les amendements apportés par le Vatican, adoptés en principe sans grands changements par les évêques cette semaine, suscitent des réactions mitigées dans le public américain. Les défenseurs des victimes y voient tout simplement un « retour en arrière ».

Dans une lettre publiée le 18 octobre, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, avait répondu à la Conférence épiscopale des Etats-Unis que la « Charte » et les « normes » avaient besoin d’être précisées et retravaillées d’un point de vue juridique de manière à ce qu’elles puissent être compatibles avec le droit canonique universel de l’Eglise. Il s’agissait notamment de mieux protéger les droits des prêtres.

De « sérieuses fractures au sein de l’Eglise »

Le président de la Conférence épiscopale américaine a reconnu que le scandale des abus sexuels a provoqué de « sérieuses fractures » au sein de l’Eglise. Il s’agit de faire attention aux gens qui essayent d’exploiter ces divisions pour faire avancer leurs propres « agendas » et revendications. Sans mentionner explicitement les groupes d’activistes catholiques « Voice of the Faithful », « Call to Action » ou d’autres mouvements militants, Mgr Wilton D. Gregory s’en est vivement pris aux groupes de catholiques laïcs qui réclament des changements majeurs dans l’Eglise, comme l’ordination sacerdotale des femmes et la permission d’avoir des prêtres mariés.

« Comme évêques, nous ne devrions avoir aucune illusion sur les intentions de certains qui ont montré plus qu’un intérêt fortuit aux discordes que nous avons vécues à l’intérieur de l’Eglise cette année », a lancé Mgr Gregory, évêque de Belleville, dans l’Etat de l’Illinois. Dans son discours d’ouverture, il a récolté de vifs applaudissements quand il a relevé que parmi ceux qui exploitent le scandale, il y a des non catholiques « hostiles aux principes mêmes et aux enseignements » de l’Eglise. « Malheureusement, parmi les baptisés, certains qui se trouvent aux extrêmes dans l’Eglise ont aussi choisi d’exploiter la vulnérabilité actuelle des évêques pour faire progresser leurs propres revendications ».

Mgr Gregory a insisté pour dire que ses critiques ne s’adressaient pas aux groupes de victimes des prêtres pédophiles « mais à certains qui aimeraient réduire au silence l’Eglise sur des questions comme l’avortement » et d’autres « qui défendent l’ordination des femmes et ce genre de chose. »

Le cardinal Francis Eugene George, archevêque de Chicago et chef de la délégation des quatre évêques américains qui se sont rendus à Rome le mois dernier, a travaillé avec les responsables de la Curie romaine à la révision des normes en matière d’abus sexuel adoptées en juin dernier à Dallas. Il a déclaré devant l’assemblée plénière que le Vatican n’a ni rejeté ni atténué la politique de « tolérance zéro » décidée par l’épiscopat des Etats-Unis. Au contraire, a-t-il assuré, les modifications apportées ont renforcé les mesures de lutte par une série d’instruments – dont des procédures administratives et le recours à des tribunaux ecclésiastiques – que les évêques pourront employer. Ils leur permettront de tenir leurs promesses d’éloigner de façon permanente du ministère les prêtres qui ont une fois abusé sexuellement d’un mineur. Le résultat, assure le cardinal Francis George, sera un « cadre juridique stable » qui permettra de mettre un terme à ce « terrible scandale ».

Le gouverneur de l’Oklahoma Frank A. Keating, président du Bureau national de révision (National Review Board) composé de 13 laïcs catholiques chargés de superviser la politique des évêques en matière de lutte contre les abus sexuels commis par les membres du clergé, s’est déclaré satisfait à ce stade des explications données par les évêques.

En particulier, Keating a souligné que l’on avait assuré au Bureau que le principal document approuvé à Dallas, la « Charte » pour la protection des enfants et des jeunes, continue d’exiger des responsables d’Eglise qu’ils dénoncent rapidement aux autorités civiles les cas d’allégations d’abus commis contre des mineurs.

Le document légal négocié par la délégation d’évêques avec le Vatican, connu sous le nom de « normes », exige seulement que les diocèses respectent toutes les lois civiles. Dans certains cas, selon les Etats, celles-ci exemptent les membres du clergé de l’obligation de dénoncer automatiquement les accusations d’abus. Malgré les moindres exigences contenues dans les « normes » révisées le mois dernier, dans la pratique, il ne devrait pas y avoir de recul. Frank A. Keating considère en effet que la « Charte » revêt une autorité morale indiscutable et que l’obligation de dénoncer les allégations d’abus aux autorités est dépourvue d’ambiguïté.

L’évêque de San Diego, Mgr Robert H. Brom, a relevé que la Conférence épiscopale n’a aucune autorité pour prendre des mesures disciplinaires contre des membres de ladite Conférence ou pour leur demander de démissionner, car seul le pape peut le faire. Mais, estime-t-il, les évêques pourraient demander au Vatican de telles sanctions si des confrères ne respectaient pas les « normes » en matière de lutte contre les abus sexuels. JB

Encadré

1.1.1.2.1.1 La crise des abus sexuels menace de tarir les ressources financières de l’Eglise

D’après une étude nationale portant sur les fidèles pratiquants aux Etats- Unis, la crise des abus sexuels menace de tarir les ressources financières de l’Eglise catholique locale. Depuis l’éclatement du scandale des prêtres pédophiles, on note un net recul des collectes et des contributions des fidèles. L’enquête montre que les pertes seront encore plus significatives si de l’argent des quêtes était utilisé pour payer des dédommagements et des frais judiciaires pour des cas liés au scandale. Dans cette hypothèse, un quart des pratiquants ont déclaré qu’ils réduiraient leurs contributions paroissiales, diocésaines et nationales. L’enquête montre que les fidèles réclament davantage de transparence et qu’ils sont devenus plus exigeants envers leurs évêques concernant l’usage qu’ils font de l’argent. (apic/wpost/cns/be)

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