Mgr Sabbah: Responsabilité envers l’Eglise Mère de Jérusalem

Fribourg: Le patriarche latin de Jérusalem interpelle les Eglises chrétiennes occidentales

Jacques Berset, agence APIC

Fribourg, 15 novembre 2002 (APIC) Tant que durera l’occupation, la paix et le pardon entre Palestiniens et Israéliens sont un leurre. Deux ans d’intifada n’ont rien fait avancer, le cycle occupation-violence- représailles continue de semer le deuil et la destruction des deux côtés. «Israël tient les clefs de la paix, c’est lui qui a des tanks et des avions face à un peuple désarmé. malgré tout ce que l’on dit, Arafat ne peut rien faire», a déclaré jeudi à Fribourg le patriarche latin de Jérusalem.

Mgr Michel Sabbah, qui recevait vendredi à l’Université le titre de docteur honoris causa de la Faculté de théologie, s’est demandé pourquoi les Eglises occidentales restaient aussi étrangement silencieuses – exceptions faites du pape Jean Paul II, de la Conférence épiscopale américaine et du Conseil oecuménique des Eglises, entre autres – face au drame que connaît l’Eglise Mère de Jérusalem, en majeure partie composée de fidèles palestiniens.

Aujourd’hui, a-t-il constaté, les chrétiens de Terre Sainte se sentent abandonnés, car même s’il reste l’autorité morale des Eglises, il n’y a plus de pays chrétiens en Occident ni de politique chrétienne, «seulement des intérêts économiques et politiques». Quand l’on touche aux intérêts des musulmans ou des juifs, partout leurs communautés respectives se mobilisent immédiatement. «Nos chrétiens sont scandalisés, car ils ne sentent pas de véritable appui, ils croient que le monde chrétien et les forces politiques chrétiennes n’existent plus.»

Le patriarche latin souligne pourtant la dimension chrétienne de la présence d’une communauté locale en Terre Sainte. «Nous ne demandons pas aux autres Eglises de prendre parti unilatéralement, d’aider les Palestiniens contre les juifs, mais de nous aider, les deux côtés, à nous réconcilier. La pression morale des Eglises peut faire bouger les gouvernements!»

Sur les 350’000 chrétiens que compte la Terre Sainte – Israël, Palestine et Jordanie -, il ne reste plus que 10’000 chrétiens à Jérusalem, sur les 600’000 habitants, dont 400’000 juifs, que compte l’agglomération. Bien moins de 30% de la population de Bethléem, cité de la Nativité du Christ, est aujourd’hui chrétienne.

Le conflit en Terre Sainte n’est pas religieux, mais politique

Contrairement à ce qui se dit en Occident, a-t-il souligné avec force, ce n’est pas la pression musulmane qui fait fuir les chrétiens, mais la situation d’occupation et d’insécurité: dans les territoires palestiniens, seuls 20% des gens, des fonctionnaires pour la plupart, ont encore un salaire. 80% n’ont plus de ressources et ont du mal à assurer leur simple survie alors que les villes sont fermées et que les fréquents couvre-feu empêchent les gens de sortir de leur maison sous peine de se faire abattre par les soldats. Des maisons et des biens sont détruits, les écoles ne fonctionnent plus, sauf dans les villages.

Le petit séminaire de Beit Jala a été fermé à cause des bombardements israéliens qui ont détruit de nombreuses maisons. Les familles des jeunes séminaristes âgés de 14 à 18 ans, notamment celles de Jordanie, n’ont plus laissé venir leurs enfants, craignant pour leur vie. «Les chrétiens palestiniens sont aussi sous occupation, ils vivent sous la même oppression et sont solidaires de leur peuple: le conflit est politique, pas religieux», insiste Mgr Sabbah, qui regrette l’erreur de perception des Eglises occidentales à propos de l’islam. «Si nous voulons vivre comme chrétiens palestiniens sur notre terre, il n’y a pas de raison que nous ne souffrions pas et que nous ne nous sacrifions pas avec les musulmans. Nous ne nous sauverons pas en nous distançant de nos frères musulmans, nous sommes un seul peuple. Si nous voulons rester un ferment pour cette société, nous devons accepter de vivre comme minorité chrétienne dans cette société arabo-musulmane, régler nos affaires entre nous et ne pas attendre notre salut de l’extérieur», lance-t-il.

A propos des perspectives de paix de plus en plus sombres, le patriarche de Jérusalem considère qu’Israël fait fausse route en pensant que la guerre va lui apporter la sécurité. «Le seul salut d’Israël, c’est la paix en mettant fin à l’occupation des territoires palestiniens, mais pour le moment, les dirigeants actuels ne voient que la force des armes et notre vie devient de plus en plus difficile!»

Jeudi soir, dans une salle de l’Université, devant une audience captivée, d’une voix douce et dans un français impeccable – Mgr Michel Sabbah est docteur à la Sorbonne! – le patriarche latin de Jérusalem a une nouvelle fois lancé un message de paix, mais sans illusion: «L’avenir est dans les mains de Dieu, le gouvernement actuel est un gouvernement de guerre, et si Netanyahou gagne les élections de janvier prochain, c’est une autre version de Sharon, et cinq nouvelles années terribles pour le peuple palestinien».

Son téléphone constamment sur écoute, des cabales sournoises dirigées contre lui jusqu’à Rome pour affaiblir son message chrétien de paix dans la justice (il est dans le collimateur des milieux qui soutiennent la politique israélienne et d’une poignée de catholiques hébraïques en Israël), le patriarche latin de Jérusalem n’en continue pas moins de prêcher la non-violence, seule solution pour sortir du cercle vicieux de l’occupation et de la haine. JB

Encadré

Un chèque de 10’000 francs remis par les chevaliers du Saint-Sépulcre

Un chèque de 10’000 francs – «un premier acompte» – destiné aux oeuvres du Patriarcat latin de Jérusalem, a été remis jeudi soir dans le Grand Salon de la Bourgeoisie, au restaurant de l’Aigle Noir à Fribourg, par Marcel Schibli, président de la Commanderie Saint-Nicolas de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Mgr Michel Sabbah est Grand Prieur de cet ordre chevaleresque remontant au Moyen Age. A cette occasion, le Lieutenant de Suisse de l’Ordre, Giorgio Moroni Stampa, a relevé que la voix de l’Eglise de Terre Sainte n’est pas toujours comprise en Occident, et qu’elle est souvent qualifiée d’»unilatérale». En réalité, a-t-il souligné, elle n’a que le souci de la paix entre les deux peuples, israélien et palestinien.

Les oeuvres du Patriarcat latin, qui regroupe 68 paroisses, comprennent également la gestion de 40 crèches, 40 écoles primaires, 20 écoles secondaires, 7 collèges. Ces établissements sont fréquentés par plus de 18’000 élèves, provenant des 13 Eglises chrétiennes de Jérusalem, mais également de la communauté musulmane. Soutenus notamment par les chevaliers du Saint-Sépulcre, ces institutions de formation, qui connaissent aujourd’hui de sérieuses difficultés financières en raison de la situation de guerre, sont vitales pour le maintien d’une présence chrétienne en Terre Sainte. JB

Les photos de Mgr Michel Sabbah sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch

(apic/be)

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