« Ne touchez pas à l’eau! »
Berne, 14 novembre 2002 (APIC Des organisations d’entraide, des syndicats, des organisations de protection des consommateurs et de l’environnement, l’Union suisse des paysans, le canton du Jura et divers autres associations ont constitué ensemble jeudi à Berne le groupe de travail « L’eau: un bien public ». Objectif avoué pour cette coalition: s’opposer à la libéralisation et à la privatisation des services publics des eaux.
« L’eau est vitale et donc trop précieuse pour devenir le jouet de grands groupes uniquement intéressés au profit » ont indiqué les responsables de cette campagne lors d’une conférence de presse tenue le 14 novembre à Berne. Pour ces derniers, il faut protéger l’eau comme « bien public » en Suisse et partout dans le monde.
La coalition a par ailleurs reproché à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international, ainsi qu’à l’UE, d’encourager les privatisations dans ce secteur en toute connaissance de cause, même si elles ont des effets négatifs sur les groupes de population les plus démunis. De l’avis de la coalition, la Suisse doit faire contrepoids dans ce dossier.
Selon Rosmarie Bär de la Communauté de travail des oeuvres d’entraide – Swissaide/Action de Carême/Pain pour le Prochain/Hevetas/Caritas – , les services publics des eaux subissent une double pression à l’heure actuelle. D’abord une pression d’en haut puisqu’on parle d’une ouverture des marchés mondiaux pour les grands groupes privés dans le cadre des négociations de l’OMC sur l’Accord général sur le commerce des services (AGCS).
Eric Decarro, président du syndicat SSP (Syndicat des services publics), a signalé dans ce contexte que l’Union européenne avait exigé de la Suisse une ouverture totale de son marché des eaux pour les entreprises, une exigence à laquelle le SSP s’opposera par tous les moyens.
De l’avis de Rosmarie Bär, les services des eaux subissent également une pression d’en bas car les services des eaux de nombreuses communes ont été séparés et transformés en sociétés anonymes. L’exemple le plus actuel est celui de la commune argovienne de Wettingen où, le week-end prochain, le souverain sera appelé à se prononcer sur un tel processus de séparation. De nombreux milieux s’y opposent.
André Babey d’Attac Suisse a de son côté insisté sur le fait que ces processus étaient expédiés sans débat public dans les communes. Il constate que la discussion a lieu, les opposants sont le plus souvent majoritaires. Pour lui, la transformation en sociétés anonymes annonce généralement le premier pas vers une privatisation plus complète.
« Prétendre que privatiser les services des eaux présente de nombreux avantages n’est pas confirmé dans les faits » a pour sa part lancé Fritz Brugger d’Helvetas. Il s’est appuyé sur une étude détaillée concernant la privatisation de services des eaux dans le monde entier, étude mandatée par Helvetas et la Communauté de travail des organisations d’entraide. Ce document montre que les entreprises privées de distribution d’eau négligeraient les zones rurales et se concentreraient sur les régions urbaines plus rentables, tout en revoyant leurs prix à la hausse. Pour la population rurale et celle des quartiers urbains défavorisés, la privatisation rimerait donc généralement avec un accès moins aisé à l’eau potable.
Fritz Brugger a en outre reproché aux agences internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international d’oeuvrer en toute connaissance de cause pour ces privatisations et même d’en faire la condition de l’octroi de nouveaux crédits.
Exigences du groupe de travail suisse
Les représentants du groupe de travail suisse estiment que l’approvisionnement sûr de la population en eau potable salubre fait partie des tâches majeures de l’Etat. Pour garantir l’accomplissement de cette tâche en Suisse et dans le monde et pour empêcher les privatisations, ils demandent notamment: que l’eau potable apparaisse comme un bien public dans la Constitution fédérale. Dans le même temps, tous les cantons devraient prendre exemple sur celui du Jura qui est en train d’élaborer une loi qui protégera l’eau en tant que bien public sur tout le territoire du canton; que la Suisse s’engage pour la préparation d’une convention internationale de l’eau dans le cadre de l’ONU prescrivant l’accès à l’eau potable comme un droit de l’homme et protégeant l’eau comme un « bien public »; que le Conseil fédéral refuse toute requête visant à ouvrir le marché suisse de l’eau aux grands groupes privés dans le cadre des négociations de l’OMC sur un Accord général sur le commerce des services (AGCS); que les délégués suisses à la Banque mondiale et au FMI s’engagent pour corriger la politique néolibérale de l’eau qui défavorise les plus pauvres. (apic/com/pr)
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