Un discours de 45 minutes sur les points chauds de l’actualité

Rome: Le pape devant le parlement italien

Rome, 14 novembre 2002 (APIC) Le pape Jean Paul II s’est adressé jeudi aux parlementaires italiens sur les points chauds de la politique nationale et internationale.

Pendant 47 minutes, Jean Paul II a abordé chacun des grands thèmes qui intéressent actuellement l’Italie, lors de sa visite au parlement italien, le 14 novembre 2002. D’une voix claire et forte, le pape a notamment demandé une attention particulière au déclin de la démographie, à la situation critique des prisonniers dans les prisons, ainsi qu’au rôle de l’Italie dans la construction européenne et dans la lutte contre le terrorisme.

A l’occasion de cette première visite d’un pape au parlement italien depuis la réunification de l’Italie, les députés et sénateurs de droite comme de gauche ont, dans l’ensemble, apprécié le discours au vu des nombreux applaudissements.

Rarement l’hémicycle de l’assemblée nationale italienne avait vu autant de parlementaires réunis pour une même occasion. Rarement, également, ces représentants du peuple italien ont accueilli d’une même chaleur, un homme politique. Près de 750 parlementaires ­ soit les 4/5ème de l’ensemble des députés et sénateurs réunis ­ avaient répondu présent à cette assemblée unique en son genre.

Dès l’arrivée de Jean Paul II, les personnes présentes ont chaleureusement applaudi. La plupart des ministres du gouvernement, le président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, le président de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Camillo Ruini, ainsi que le secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Angelo Sodano, assistaient à la rencontre.

La droite comme la gauche, réunies comme dans tout parlement de part et d’autre de l’hémicycle suivant la couleur politique, semblaient, pour une fois, unanimes, malgré les craintes soulevées ces derniers jours d’une « ingérence » du pape dans les affaires de l’Etat italien.

Pour la droite, pour la gauche.

Dès le début de son discours, Jean Paul II s’est dit « bien conscient de la forte signification » de sa présence au parlement italien. Cependant, a-t-il précisé, « l’identité sociale et culturelle de l’Italie pourrait difficilement se comprendre hors de la sève vitale qui est constituée par le christianisme ».

C’est pourquoi, quelques instants après, le pape a appelé les hommes politiques italiens, « indépendamment de l’option politique de chacun », à fonder leurs gestes sur « la vérité ultime qui guide et oriente l’action politique. « Les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir, a-t-il mis en garde. Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire récente ».

Les premiers thèmes soulevés par Jean Paul II concernent la crise de la natalité en Italie ­ qui possède le taux le plus faible d’Europe dans ce domaine -, le déclin démographique et le vieillissement de la population. « Je ne peux pas passer sous silence une grave menace qui pèse sur l’avenir de ce pays », a lancé le pape. « L’évidence crue des chiffres incite, j’ose même dire elle oblige, les citoyens à un engagement responsable et convergent, pour inciter à une nette inversion de tendance ».

Continuant sur le thème de la famille, Jean Paul II a notamment insisté sur l’importance de reconnaître ses droits « comme société naturelle fondée sur le mariage », notamment en rendant « socialement et économiquement moins onéreux l’accueil et l’éducation des enfants ». Soulignant l’importance de former les jeunes à une éducation morale, le pape a également ajouté, sous les applaudissements de la droite, la nécessité d’un « climat sain de liberté dans le développement des écoles ». Un conflit oppose actuellement les politiques italiens sur la séparation des écoles privées et publiques.

Geste de clémence pour les prisonniers

Poursuivant son discours en appelant les hommes politiques présents dans l’hémicycle à une plus grande « attention » envers les plus faibles, Jean Paul II a lancé un appel, attendu, à un « geste de clémence » envers les prisonniers. « Sans compromettre la garantie nécessaire de la sécurité des citoyens, un signe de clémence envers eux, par une réduction de peine, constituerait une claire manifestation de considération, qui ne manquerait pas de stimuler chez eux l’effort de relèvement personnel en vue d’une réinsertion positive dans la société », a-t-il lancé sous les applaudissements de la gauche italienne et d’une partie de la droite.

Concernant la politique internationale de l’Italie, le pape a appelé le pays à poursuivre ses efforts dans le cadre de la construction de l’Europe, « au point de sceller le dépassement d’une division non naturelle ». Rappelant l’importance de ne pas oublier l’héritage religieux du vieux continent, Jean Paul II a souligné la nécessité « de se garder d’une vision du continent qui ne prenne en compte que les aspects économiques et politiques, ou qui se laisse aller sans réflexion critique à des modes de vie inspirés par un consumérisme indifférent aux valeurs de l’esprit ».

En conclusion, le chef de l’Eglise catholique a fait allusion à la situation internationale tendue de ces derniers jours. Jean Paul II a notamment déploré « les espérances de paix brutalement contredites par l’aggravation de conflits chroniques », citant particulièrement la Terre Sainte. « A cela s’ajoute le terrorisme international, a-t-il ajouté, qui a pris une nouvelle et terrible dimension ». L’Italie et les autres pays à tradition chrétienne ont leur part de responsabilité dans les processus de paix, a conclu le pape en faisant allusion à l’Irak. A condition de ne pas se laisser « emprisonner dans une logique d’affrontements qui serait sans solutions ».

« Historique »

Assis dans la tribune où siège habituellement le président de l’assemblée nationale, Jean Paul II a été coupé à une vingtaine de reprises par des applaudissements, au cours de son discours de trois quarts d’heure. A son arrivée ainsi qu’à l’issue de la rencontre, tous les députés et sénateurs se sont levés pour le saluer.

Dès la sortie de cette séance qualifiée « d’historique », les hommes politiques commentaient vivement les paroles de Jean Paul II. Malgré certaines critiques de la part des communistes ­ concernant la famille – et de l’extrême droite ­ concernant le « geste de clémence » en faveur des prisonniers -, l’ensemble des parlementaires semblait manifestement satisfait du contenu du discours. Le président de l’assemblée nationale, Pier Ferdinando Casini, a conclu la séance en assurant le pape que ses paroles seront « l’objet d’une réflexion ultérieure ». (apic/imedia/pr)

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