1.1.1.3.1 Terre Sainte: Les centres bibliques désertés en raison de l’insécurité et de la violence
Jérusalem, 21 novembre 2002 (APIC) Les attentats suicides, l’insécurité et l’incertitude planant sur la région en raison des menaces de guerre contre l’Irak, ont fait fuir les pèlerins et détourné les étudiants des instituts bibliques de Jérusalem. «C’est une véritable catastrophe, cela menace la survie de ces institutions chrétiennes», confirme le directeur de l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, le dominicain fribourgeois Jean-Michel Poffet.
A l’Institut Biblique Pontifical de Jérusalem, dirigé par le Père jésuite Thomas Fitzpatrick, il n’y a plus que sept étudiants, soit moins d’un tiers de la fréquentation habituelle. Des étudiants qui se sont inscrits cette année, trois viennent d’Inde, deux d’Afrique et deux de Pologne. «Ils sont davantage habitués aux tragédies que les Européens de l’Ouest ou les Nord-Américains, qui sont les premiers à partir», souligne le Père Fitzpatrick. L’Institut Biblique Pontifical travaille en collaboration avec l’Université Hébraïque de Jérusalem, qui a été victime d’un attentat terroriste sanglant le 31 juillet dernier.
Seulement deux nouveaux étudiants cette année
L’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem est le plus ancien centre de recherche biblique et archéologique de Terre Sainte. Elle fut fondée en 1890 par le Père Marie-Joseph Lagrange (1855-1938), sur le terrain du couvent dominicain de St-Etienne, non loin de la Porte de Damas, dans la vieille-ville de Jérusalem. L’Ecole n’a accueilli que deux nouveaux étudiants cette année, contre une douzaine en temps normal.
«D’ordinaire, nous accueillons une trentaine d’étudiants, mais cela a baissé à une vingtaine avec le début de la deuxième intifada – la révolte palestinienne – et aujourd’hui, il n’y en a plus que douze, avec les doctorants», confie-t-il à l’APIC. Le dominicain fribourgeois estime symptomatique que des bourses disponibles n’ont pas été sollicitées. «C’est extrêmement rare, car habituellement, il y a plus de demandes que de bourses».
Des précautions à prendre, mais la vie reste possible
A l’origine de ces désistements, il y a les familles qui craignent pour les leurs, ou les supérieurs religieux qui ne sont plus d’accord d’envoyer leurs étudiants. «Dans la réalité concrète, l’insécurité est bien moindre que ce qu’en disent les médias; à l’extérieur, on surestime le danger. Je passe mon temps à dire que l’on peut vivre tout à fait normalement à Jérusalem-Est, pour peu que l’on prenne certaines précautions. On n’utilise plus les bus – on va désormais à pied ou en taxi – et on évite les lieux de rassemblements publics», poursuit Jean-Michel Poffet.
Pour vivre à l’Ecole ou réaliser les voyages d’étude à travers le pays, il n’y a pratiquement pas d’obstacles. Si l’on évite les territoires occupés, naturellement, précise le directeur de l’Ecole biblique et archéologique française. Le Père Poffet n’en lance pas moins un cri d’alarme: l’avenir des instituts bibliques est en cause. «Pour le moment, nous faisons de la recherche, mais cela ne peut pas durer éternellement.Je réclame des crédits supplémentaires, j’essaie de faire augmenter les subventions du gouvernement français en mettant en garde: on est certes ici depuis 110 ans, mais la situation pourrait devenir intenable si l’on ne sort pas rapidement du cercle vicieux de la violence et de la contre- violence!»
A la Dormition, les bénédictins allemands – qui reçoivent bon an mal an une bonne vingtaine d’étudiants dans la cadre d’un programme avec les Universités allemandes – ont fermé leur centre. D’autres centres de formation biblique comme l’Ecce Homo, qui appartient aux soeurs de Notre- Dame de Sion, subissent le plein fouet le recul drastique du nombre d’étudiants.
La présence chrétienne en Terre Sainte est menacée
Ce ne sont pas seulement les institutions de formation biblique qui sont menacées dans leur existence en raison de la violence persistante, note le dominicain fribourgeois. La présence chrétienne en Terre Sainte est en jeu: «La situation est dramatique, elle touche toute la population; les guides chrétiens n’ont plus de travail, les hôtels chrétiens n’hébergent plus de pèlerins; les artisans de la vieille-ville de Jérusalem et de Bethléem n’ont plus de débouchés, la misère fait des ravages et tous ceux qui peuvent partir à l’étranger s’en vont».
Le Père Poffet affirme que pour l’Eglise locale, il est fondamental que les chrétiens n’abandonnent pas la Terre Sainte où, malgré les vicissitudes de l’histoire, ils sont restés depuis 2000 ans: «Il faut nous aider à rester, car la petite minorité chrétienne de Jérusalem représente l’Eglise-Mère. Certains n’attendent que notre départ; le jour où les chrétiens partiront, ceux qui convoitent leurs propriétés ne pourront que se réjouir! " JB
Encadré
1.1.1.3.1.1 Plus de 220’000 familles palestinienne ont besoin d’aide alimentaire
Quelque 222’000 familles palestiniennes vivant dans les territoires palestiniens occupés ont actuellement besoin d’aide alimentaire. Elles n’étaient que 11’000 avant la seconde intifada en septembre 2000, selon l’Agence des Nations unies pour l’aide aux réfugiés de Palestine (UNRWA).
«Je doute qu’il y ait jamais eu dans l’histoire le cas d’une société qui ait perdu la moitié de ses revenus en deux ans, ce qui est le cas de Gaza et des territoires occupés», affirme Peter Hansen, commissaire général de l’UNRWA. Rien que pour couvrir les besoins alimentaires de 1,3 million de personnes à Gaza et en Cisjordanie pendant la première moitié de 2003, l’UNRWA a besoin de 35 millions d’euros.
Selon l’UNRWA, il y a davantage de chômeurs que de travailleurs à Gaza et en Cisjordanie. 70 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de deux euros par jour. Plus de 22 % des enfants palestiniens souffrent de malnutrition sévère ou chronique et plus de la moitié d’entre eux souffrent d’apports insuffisants en calories et en vitamine A. (apic/orj/cns/be)
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