Une question de fanatiques, pas de musulmans ou de chrétiens

Kaduna: Témoignage d’une religieuse à propos de la nouvelle flambée de violence

Kaduna, 22 novembre 2002 (APIC) Ce n’est pas une question de musulmans ou de chrétiens mais de fanatisme, et des deux côtés, estime une religieuse en place à Kaduna, au Nigeria, où la violence s’est installée pour protester contre l’élection de Miss Monde et contre un article de presse jugé «blasphématoire» par des musumans

Il est important de commencer à diviser les habitants de cette terre entre ’bons’ et ’mauvais’ plutôt qu’entre ’musulmans’ et ’chrétiens’» déclare à l’agence Misna Soeur Semira Carrozzo, supérieure de la communauté des Oblates de Nazareth de Kaduna, capitale de l’Etat homonyme du nord du Nigeria, ville où des heurts entre musulmans et chrétiens ont fait plus de 100 morts depuis jeudi.

La religieuse vit dans ce pays africain depuis 16 ans et depuis 5 ans à Kaduna. Cette ville et un Etat sont depuis quelques années le théâtre de tensions et d’affrontements ethnico-religieux entre la communauté musulmane et la communauté chrétienne. «La violence est arrivée comme un orage d’été, au moment où personne ne s’y attendait. Depuis quelques mois, on ne parlait que de paix et de cohabitation pacifique. Puis à l’improviste, la confusion» poursuit la religieuse.

Kaduna compte environ un million de personnes et les deux communautés religieuses revendiquent la majorité; en réalité, aucun recensement n’a jamais été fait. Au cours d’une longue interview accordée vendredi matin à l’agence Misna, Soeur Semira a expliqué le scénario dans lequel est survenue l’explosion de violence qui a bouleversé Kaduna, déclenchée par une foule de militants musulmans qui protestaient contre l’élection de Miss Monde prévue le 7 décembre dans le pays.

«Nous nous trouvons depuis quelques années à Kaduna, où nous avons mis en place un projet éducatif. Une école maternelle et élémentaire dans laquelle nous accueillons, nous éduquons et nous donnons un repas à 500 enfants chaque jour. Des enfants chrétiens et des enfants musulmans. Dans notre école, nous avons un dialogue étroit avec les musulmans. Il est important que cela soit compris par les personnes qui vivent à l’extérieur de cette réalité. Les gens, musulmans ou chrétiens, vivent et travaillent côte à côte».

«Mes amis musulmans» poursuit la religieuse, «ont été parmi les premiers à m’appeler pour s’assurer que j’allais bien. Ce sont les fanatiques qui entrent en jeu. Les fanatiques existent des deux côtés et quand ils sont sur la scène, tout devient plus difficile».

L’Etat de Kaduna a connu trois crises graves, en 1987, en 1992 et en 2000, au cours desquelles de très violents affrontements ont bouleversé tout le nord du Nigeria, faisant 2’000 victimes. Les jeunes qui sont descendus hier dans les rues et qui ont tout ravagé en quelques heures ont moins de 20 ans. Ils sont tous au chômage et sont prêts à se vendre pour 100 naira (environ 80 centimes d’euros, NDLR).

Kaduna n’est pas l’une des zones les plus pauvres du pays mais bien qu’elle soit un pôle industriel, la misère est toujours aux aguets. «Ce sont les jeunes qui vivent dans les pires conditions, la plupart d’entre eux sont au chômage» reprend Soeur Semira, «il n’en faut pas beaucoup pour les manipuler. Passé l’effet de surprise, les chrétiens ont réagi de manière aussi violente. Le résultat est là: un grand nombre de morts, les hôpitaux sont remplis de blessés et la haine et le ressentiment se feront sentir encore longtemps». «Les autorités parleront et inviteront à la paix mais les gens ont perdu une maison, des biens, un parent, un ami ou une connaissance. A la fin, ce sont encore les plus faibles qui paient le tribut le plus lourd» a conclu la missionnaire. (apic/misna/pr)

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