Canada: Les pressions ont eu raison d’une compagnie pétrolière canadienne au Soudan
Vancouver, 1er décembre 2002 (APIC) Le retrait d’une compagnie pétrolière canadienne du Soudan est certes une victoire des groupes de pression, mais les militants restent prudents sur les réelles retombées: une compagnie différente, loin du Canada et de toutes pressions directes a repris le « flambeau ». Et continuera, en versant sa manne financière aux autorités soudanaises, à alimenter la guerre.
Les organisations religieuses et groupes de défense des droits de l’homme au Canada se déclarent néanmoins satisfaits. Ils estiment qu’ils ont eu une part dans la décision d’une grande compagnie pétrolière canadienne de se retirer du Soudan où, disent-ils, l’engagement de la compagnie a aidé à alimenter une guerre civile de 19 ans qui a causé la mort d’environ deux millions de personnes et déplacé plusieurs millions.
Talisman Energy du Canada a en effet annoncé fin octobre qu’elle vendait la participation qu’elle détenait au Soudan pour 750 millions de dollars à « Oil and Natural Gas Corporation (ONGC) Videsh », une filiale de la compagnie pétrolière nationale indienne.
James Buckee, président de la compagnie Talisman Energy, dont le siège est à Calgary, dans l’Alberta, a publié une déclaration dans laquelle il précise que la chute de l’action et une perte en ressources humaines ont entraîné cette décision de vendre les 25% que détenait la société canadienne dans la Greater Nile Oil Company d’ici à la fin de cette année. Des sociétés de Chine, de Malaisie et du Soudan détiennent les parts restantes.
Mais James Buckee a aussi admis que les actionnaires en avaient assez de la controverse: « Les actionnaires m’ont dit qu’ils étaient fatigués de devoir continuellement suivre et analyser la situation au Soudan ».
En dépit d’une campagne de quatre ans visant à exercer des pressions sur Talisman Energy, les groupes religieux et autres mouvements de défense des droits de la personne se disent néanmoins « partagés » sur la question de la vente, a déclaré Gary Kenny, qui travaille pour Kairos – Initiatives canadiennes oecuméniques pour la justice – regroupant 12 organisations religieuses.
Problème reporté ailleurs
« Nous avions comme objectif d’exercer des pressions sur Talisman pour que la société prenne ses responsabilités sociales au sérieux ». Or, aujourd’hui, une compagnie différente, loin du Canada et de toutes les pressions directes de groupes canadiens, a repris la participation de Talisman.
Selon Gary Kenny, la vie des Soudanais vivant dans la région des champs pétroliers a peu changé: « Ils sont encore vulnérables à la même sorte d’attaques ». Selon les militants, le gouvernement soudanais utilise les revenus des concessions pétrolières pour acheter des armes et financer la guerre civile qui, depuis 1983, oppose le gouvernement de la partie nord majoritairement musulmane à l’Armée de libération du peuple soudanais (APLS) dans le sud, où la population est majoritairement chrétienne et animiste. C’est la famine engendrée par la guerre qui a causé pour une grande part la mort de millions de personnes.
Appel à la vigilance
Un rapport des Nations Unies publié le 25 octobre faisait référence aux « graves violations des droits de la personne liées à l’exploitation du pétrole », qui vise à dépeupler des régions riches en pétrole pour que le gouvernement en prenne le contrôle. La semaine dernière à Nairobi, le gouvernement soudanais et les rebelles du Sud ont cependant accepté de prolonger la trêve signée en octobre jusqu’à la fin des négociations de paix prévues le 31 mars. Mais ils n’ont pu parvenir à un accord de paix final ni à un accord sur le partage du pouvoir et des richesses.
Selon Gary Kenny, Kairos et les Eglises partenaires au Soudan vont continuer à réclamer la suspension de toutes les activités d’exploitation du pétrole au Soudan tant qu’il n’y aura pas d’accord de paix, et à suivre de près les effets de l’exploitation du pétrole et des activités des compagnies étrangères au Soudan. (apic/eni/pr)
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