Celui qui fait appel à un agent pastoral est en situation de fragilité

Suisse: Les évêques prennent des mesures contre les abus sexuels en pastorale

Fribourg, 5 décembre 2002 (APIC) La Conférence des évêques suisses (CES) a tenu du 2 au 4 décembre sa 258e assemblée ordinaire à Morges. Elle a approuvé une série de directives pour prévenir les abus sexuels dans le cadre de la pastorale et pour accompagner les victimes. Une commission d’experts sera notamment chargée de conseiller les évêques face à cette problématique.

Le document «Abus sexuels dans le cadre de la pastorale» a été présenté en conférence de presse le 5 décembre à Berne. Il traite aussi bien de la prévention que des mesures à prendre dans les diocèses en cas d’abus sexuel de la part d’une personne engagée en pastorale. «Celui qui fait appel a un représentant de l’Eglise se trouve en situation de fragilité. Les agents pastoraux doivent en être conscients», a précisé Mgr Martin Werlen, Père Abbé d’Einsiedeln et délégué de la CES à la commission d’experts. Pour le prélat, licencié en psychologie à l’Université grégorienne de Rome, «il n’est pas possible de contrôler les sentiments des personnes». Les mesures adoptées par les évêques suisses visent donc à prévenir les abus sexuels à travers une politique de transparence et une formation qui intègre la dimension sexuelle des candidats à une activité pastorale.

Ascendant moral des agents pastoraux

Pour les évêques suisses, l’abus ne concerne pas seulement les actes sexuels avec des mineurs ou des personnes dont la capacité de discernement est diminuée. Elle touche également la mise à profit d’un ascendant moral de la part de l’auteur. La CES insiste sur la responsabilité particulière que doivent assumer les prêtres et agents pastoraux laïcs vis-à-vis des personnes qui leur sont confiées. «Même si l’impulsion d’une relation sexuelle venait de l’autre personne, accepter un tel contact ne serait jamais légitime», souligne le document. Et d’ajouter que la responsabilité est «particulièrement grave» lorsqu’il s’agit d’enfants, de jeunes, de handicapés ou d’autres personnes dépendantes.

Au niveau de la prévention, les évêques suisses tiennent à éviter le silence et le secret qui entourent souvent les questions affectives chez les prêtres et les religieux. «Comme pour tout individu, la sexualité est une dimension humaine qu’il s’agit d’intégrer, avec ses échecs et ses réussites», affirme la CES. Les évêques soulignent notamment l’importance de l’équilibre personnel, de l’équilibre entre travail et détente, d’une bonne intégration sociale, du souci des valeurs religieuses et humaines, ainsi que de la vie spirituelle. «Sans cela, le risque de dérapage apparaît», soulignent-ils.

Examen attentif des candidats au ministère pastoral

Plus concrètement, les candidats au ministère pastoral passeront par «un examen très attentif, quant à l’affectivité». Un expert doit notamment être consulté en cas de doute. En outre, selon les évêques suisses, le thème de la sexualité doit nécessairement faire partie de la formation. Et la question de l’intégration de la sexualité doit encore être traitée avant l’ordination ou l’admission au ministère en Eglise, «ce qui est d’ailleurs déjà le cas», soulignent les évêques. Enfin, la formation continue est indispensable, de même que l’accompagnement spirituel et un éventuel suivi par un expert en cas de crise personnelle.

Annoncée en avril 2002, la «commission d’experts pour les abus sexuels» a été présentée par le CES le 5 décembre. Elle est composée de 11 membres, représentants des domaines médical, psychologique, juridique, éducatif et ecclésial. Elle est chargée de conseiller la CES et, au besoin, les évêques et institutions qui y feront appel, sur les différents aspects du problème et d’indiquer les mesures à prendre. Elle pourra aussi être active dans la formation initiale et continue des prêtres et collaborateurs d’Eglise.

Pas de renvoi automatique des coupables

Le document de la CES aborde également la marche à suivre lors de la découverte d’un cas d’abus sexuel. La procédure doit en premier lieu empêcher toute récidive. «Nous n’allons pas déplacer un coupable d’abus sexuels dans une activité où il pourrait agir à nouveau de la sorte», souligne Mgr Amédée Grab, président de la CES. Un prêtre ne sera pourtant pas renvoyé automatiquement, même si sa culpabilité est établie. «Cela dépend de la gravité des actes», soutient Mgr Grab.

Quant à une indemnisation des victimes, qui s’ajoutera à celle prononcée au niveau civil par le juge, elle prendra la forme, selon les cas, d’une aide pastorale, médicale, psychothérapeutique ou même financière. Il appartiendra à chaque diocèse de nommer des personnes de contact chargées de diriger les concernés vers les centres de consultation qualifiés.

Le document de la CES insiste également sur la nécessité de faire circuler l’information entre diocèses, paroisses ou institutions ecclésiales lorsqu’un agent pastoral coupable d’abus sexuels est déplacé. Tout en précisant que le cercle des personnes informées doit se réduire au strict nécessaire et que les informations tombent sous le coup du secret de fonction.

Le problème de la pédophilie touche une «très infime minorité» de prêtres, a précisé le président de la CES, sans pour autant donner de précisions sur son ampleur. «De toute façon, des chiffres ne pourraient pas exprimer la détresse de victimes», souligne Adrian von Känel, juriste à Zurich et membre de la commission d’experts.

Le document «Abus sexuels dans le cadre de la pastorale / directives à l’intention des diocèses» peut être consulté intégralement sur le site https://www.cath.ch.

Accueil des étrangers: pour davantage de générosité

Durant leur assemblée, les évêques ont commenté le «rejet d’extrême justesse par le peuple de l’initiative contre les abus dans le droit d’asile». Ils lancent un appel auprès des Suisses afin qu’ils «s’ouvrent de façon équitable à un accueil généreux des étrangers».

La CES a pris congé de Christian Kissling, qui quitte son poste de secrétaire de la Commission nationale «Justice et Paix» après plus de dix ans. Elle a accueilli Anne Durrer qui prendra sa succession fin janvier. Les prochains thèmes à traiter par la commission toucheront la politique de la santé, la famille, ou encore la politique des étrangers et des réfugiés.

Des contrats de prestation pour les médias

La CES a donné son accord aux contrats de prestation qui règlent l’octroi de subventions à différentes institutions du monde catholique des médias. Ces dernières reçoivent des subsides de la part de la Conférence centrale catholique-romaine et de l’Action de Carême. Les contrats de prestation assurent les subventions jusqu’en 2005. Ils concernent l’Agence de presse internationale catholique (APIC) à Fribourg, l’agence photo CIRIC à Lausanne, le Centre Catholique de Radio et Télévision (CCRT) à Lausanne, le Centro Cattolico per la Radio e la Televisione (CCRTV) à Lugano, le Katholischer Mediendienst (KM) à Zurich, Cinedia à Fribourg, Catholink, Lausanne et Radio kath.ch à Zurich.

Les évêques rappellent aux catholiques de Suisse la décision du pape Jean Paul II d’instituer une «Année du Rosaire». Ils affirment «apprécier en particulier l’introduction des cinq mystères lumineux, qui permettent de méditer sur les années de la vie publique du Christ, lorsqu’il annonce l’Evangile du Royaume».

Nominations dans des organes de la CES

Les évêques ont nommé le Père Michael Sherwin, de Fribourg, nouveau membre de la Commission théologique de la CES. Né le 4 juin 1963 à San Francisco (USA), le Père Sherwin enseigne la théologie morale à l’Université de Fribourg.

Deux nouveaux membres ont été nommés à la Commission catéchétique de la CES. Il s’agit de Barbara von Mérey-Zeller, catéchiste professionnelle à Courtelary, et de l’abbé Hans Zünd, vicaire épiscopal, responsable du Service pastoral du diocèse de Bâle.

Charles Martig, de Zurich, devient membre de la Commission des médias de la CES. Agé de 37 ans, spécialiste en cinéma, il est licencié en théologie et diplômé de l’Institut de journalisme de Fribourg. Il est membre du service catholique des médias (Katholischer Mediendienst) à Zurich, et en a repris la direction cette année.

Le Père Benedict Viviano, de Fribourg, et le Père Christian Rutishauser, de Bad Schönbrunn, ont été nommés membres catholiques de la Commission de dialogue judéo / catholique-romaine.

Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch

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