Le ton monte entre les religieux et les autorités

Vietnam: Les bénédictins de Thiên An montent aux barricades pour la survie du monastère

Huê, 5 décembre 2002 (APIC) Les bénédictins de Thiên An, à Huê, au Vietnam, entendent se battre pour la survie de leur monastère, y compris au risque d’un affrontement avec les autorités provinciales, après une dernière tentative de compromis entre eux et ces autorités, avortées comme les autres, pour empêcher la confiscation d’une grande partie de leurs biens. Les bénédictins annoncent en effet la couleur en s’adressant aux politiques. Ils feront tout, disent-ils, pour la survie du monastère, indique l’agence des Missions étrangères de Paris, Eglises d’Asie.

«Ne nous forcez pas à exprimer par d’autres moyens notre résolution de protéger notre droit à vivre, un droit dont notre communauté jouit depuis plus de 60 ans!», écrit en conclusion de sa dernière lettre l’abbé du monastère Thiên An dans le diocèse de Huê, envoyée le 6 novembre 2002 au Comité provincial de Huê pour défendre l’existence de sa communauté bénédictine et son droit à vivre dans un domaine dont elle est incontestablement le propriétaire légitime.

Depuis le 27 avril 2000, date à laquelle les religieux ont été avertis de la confiscation de la plus grande partie de leur domaine par les autorités provinciales pour en faire un centre de loisirs, ils poursuivent sans se lasser un combat non-violent mais énergique.

De multiples lettres ont été écrites, des dossiers comportant les titres de propriété et des documents irréfutables ont été envoyés au pouvoir central comme aux autorités locales. Une des dernières lettres rédigées par le monastère au gouvernement a été une réponse à la décision de «l’Inspection générale d’Etat» qui dépouillait le monastère de son domaine, en arguant notamment que «l’Etat ne reconnaît pas la propriété et le droit d’utilisation de la terre revendiqué par le monastère… De ce fait, la décision gouvernementale de 1999 prévoyant de récupérer 495’929 m² de terrains de la colline de Thiên An pour y créer un centre de loisirs devra être appliquée rigoureusement».

Comme peau de chagrin

Voulant plaider directement leur cause, les moines se déplacèrent jusqu’à Hanoi pour remettre leur lettre entre les mains du Premier ministre. Malgré l’insistance des moines celui-ci ne les a pas reçus. Désireux de montrer leur bonne volonté, les moines firent alors une proposition aux autorités locales, dans une lettre envoyée le 29 juillet 2002. La communauté bénédictine ne conserverait que cinquante hectares de pinède tout autour des bâtiments du monastère, pour en tirer de quoi vivre et protéger le climat de silence indispensable à la vie contemplative menée par elle.

La proposition des moines n’a pas ému les autorités qui ont entrepris, depuis le 9 octobre dernier, de faire pression pour que soit appliquée à la lettre la décision

Dans leur dernière lettre, les religieux réitèrent leur refus d’appliquer la décision, et renouvellent leur proposition de compromis avec le gouvernement. Les religieux acceptent, s’il s’avère qu’il s’agit d’un projet utile, qu’un centre de loisirs soit construit sur leur terre. Mais à certaines conditions, celles notamment de fixer des règles et le cadre avant le début des travaux dudit centre.

Jusqu’à présent, aucune réponse n’a été donnée de la part du gouvernement, à cette proposition refusée déjà une fois par les autorités locales. Dans le projet gouvernemental, il est seulement prévu que le monastère conservera une partie du flanc de la colline de Thiên An de cinq hectares, sans aucune source d’eau, sans l’orangeraie, sans le jardin potager et sans aucune protection contre le bruit et les incursions intempestives des touristes. (apic/eda/pr)

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