Seychelles: Eglise catholique et marxisme sous le même cocotier
Par Samuel Heinzen
Victoria, 5 décembre 2002 (APIC) Aux Seychelles l’Eglise catholique connaît un taux de pratique religieuse de 30%. Pourtant, il y a 25 ans le pays vivait un coup d’Etat qui se réclamait d’un communisme pur et dur. Si les premières années de cohabitation avec le régime du président France-Albert René n’ont pas été très faciles, Mgrs Xavier Baronnet et Denis Wiehe, l’ancien et le nouvel évêque de Port Victoria, en parlent le sourire en coin. Aujourd’hui, Eglise catholique et Etat «marxiste» en viennent à collaborer, ont-ils expliqué à l’APIC lors de leur passage à Fribourg.
«Non l’Eglise des Seychelles n’a pas été persécutée», rappelle Mgr Baronnet, fraîchement retraité de l’unique diocèse d’un pays qui compte 82’000 habitants à 95% catholiques. Pourtant, lorsqu’en 1977 France-Albert René s’empare du pouvoir, on a cru vivre un Cuba miniature. Le régime de Fidel Castro avait d’ailleurs envoyé quelques «instructeurs» à l’intention des camps de formation pour la jeunesse. L’Eglise était cantonnée dans ses murs, interdite d’activités associatives publiques.
Aujourd’hui le nouvel évêque, Mgr Denis Wiehe, a récemment collaboré a un programme de santé publique visant à prévenir le sida. «Un programme abc, explique-t-il, abstinence, be faithful (sois fidèle) condoms (préservatifs)». Un exemple de collaboration entre l’Eglise et le gouvernement seychellois, précise-t-il, «même si la plupart des gens n’ont retenu que la lettre c.»
Un marxisme bien dilué
Entre temps, le gouvernement communiste totalitaire est passé en 1993 à un régime présidentiel, qui accepte le multipartisme. Certains acquis demeurent, comme le système de santé publique qui est gratuit. Si un citoyen ne peut être soigné aux Seychelles, l’Etat lui paie le transport et le traitement dans un autre pays. Cependant, même si le président a été réélu à 90%, même si le secteur public occupe près de la moitié de la population, les Seychelles, qui dépendent principalement de l’industrie du tourisme et de la pêche, ont concrètement adopté un système capitaliste comme les autres. La mainmise de l’Etat sur le commerce réside essentiellement dans le contrôle des devises.
L’Eglise aussi cultive le sens pratique
Avec ses 14 prêtres en activité et ses trois séminaristes en formation à l’étranger, Mgr Wiehe sait bien que le travail de l’Eglise, notamment au niveau de la catéchèse scolaire, ne peut se faire sans une entente avec le pouvoir en place. A part la génération des 20-30 ans qui ont été éduqués dans le système communiste au lendemain du coût d’Etat, la plupart des habitants ont une certaine culture chrétienne. L’Eglise a une assez bonne implantation, explique l’évêque, et son principal objectif pastoral est «de développer la responsabilité des citoyens trop habitués à un Etat-providence».
La préoccupation oecuménique
Bien que majoritaire à près de 95%, l’Eglise catholique reste attentive aux enjeux oecuméniques. Les Seychelles, ancien lieu de villégiature des corsaires des mers du Sud, constituent une riche palette ethnique. Ce pays à peine plus peuplé que la ville de Saint-Gall a trois langues nationales: anglais, français, créole. On y trouve des anglicans, des évangélistes et quelques centaines de musulmans, qui disposent même d’une mosquée financée par l’Arabie saoudite. Si l’entente règne avec les anglicans et les rapports avec l’islam local ne pose pas de problèmes, les évangélistes sont «un peu plus turbulents», concluent Mgrs Barronet et Wiehe. (apic/sh)
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