Moscou montré du doigt pour avoir expulsé cinq prêtres

Rome: Le Vatican dénonce l’attitude de la Russie devant les 55 pays de l’OSCE

Rome, 6 décembre 2002 (APIC) Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire pour les relations avec les Etats au Vatican, a fermement condamné l’attitude de certains gouvernements en matière de liberté religieuse. Dans son discours aux 55 pays membres de l’OSCE – l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe -, réunis à Porto les 6 et 7 décembre, le prélat a notamment dénoncé l’expulsion de 5 ecclésiastiques de la Fédération de Russie.

« L’année qui se termine a vu se détériorer de façon alarmante les conditions d’exercice du droit à la liberté de religion, en violation des engagements pris dans le cadre de l’OSCE », a déclaré Mgr Jean-Louis Tauran. « Dans certains pays ici représentés, a-t-il ajouté, des lois restrictives en matière de liberté religieuse ont été adoptées ou sont en voie de l’être ».

En Russie, notamment, une loi sur la liberté de culte votée en 1997 ne reconnaît comme religions traditionnelles que l’Orthodoxie, le Judaïsme, le Bouddhisme et l’Islam. Ces derniers jours, par ailleurs, des rumeurs circulent dans la presse russe à propos d’un rapport récemment effectué sur l’extrémisme, classant toutes les autres religions comme « fanatiques ». Selon ce rapport, la sécurité du pays est particulièrement menacée par l’Eglise catholique romaine « qui a déclaré la Russie comme une province ecclésiale et persuade certains prêtres (orthodoxes) à rejoindre la foi catholique ». Sur la base de ces accusations de prosélytisme, la Fédération de Russie a expulsé cinq ecclésiastiques catholiques depuis le mois d’avril dernier.

Pour le droit à s’organiser librement

Pour Mgr Tauran, ces attitudes « souvent adoptées de manière arbitraires », manifestent « une méfiance à l’égard du fait religieux, une méconnaissance du rôle des religions dans la société civile, un mépris des engagements internationaux (.) et une discrimination envers les croyants ». Il a ainsi appelé les pays membres de l’OSCE ayant approuvé les documents du processus d’Helsinki et en particulier le document final de Vienne ­ 1989 ­ à « assumer » leurs engagements. Ceux-ci demandaient notamment le respect des droits des communautés religieuses à s’organiser librement selon leurs propres structures.

En outre, a poursuivi le prélat d’origine française, « quand, pour des motifs historiques, une confession est majoritaire, et que certains droits et privilèges lui sont reconnus, cela ne peut advenir au détriment des libertés fondamentales des autres confessions présentes sur le territoire national ». Pour lui, lorsqu’une Eglise « revendique le monopole de la vie religieuse sur le territoire national et réclame l’appui de l’Etat pour mieux se l’assurer », les fidèles des autres confessions « peuvent alors devenir victimes d’une intolérable discrimination ».

Sans religion, l’homme devient une marchandise

En conclusion, Mgr Jean-Louis Tauran a jugé « utile » de citer un juriste italien du 19ème siècle, Luigi Taparelli d’Azeglio, qui affirmait: « Supprimez la religion dans une société, l’homme deviendra bientôt une marchandise ». Une remarque « clairvoyante », a précisé le ’ministre des Affaires étrangères’ du Vatican, soulignant par là également l’inquiétude du Saint-Siège de voir les racines chrétiennes de l’Europe oubliées dans la nouvelle constitution en cours d’élaboration.

Dans son bref discours prononcé en français, le prélat avait auparavant mis en garde les pays membres de l’OSCE contre « la pauvreté, le chômage, le manque de ressources culturelles, ainsi que les crises politiques et sociales non résolues » qui sont « autant de domaines susceptibles de faire germer des virus de haine et de barbarie dont les effets dévastateurs sont sous nos yeux ». « Aucune démocratie ne peut fonctionner sans un certain consensus sur les valeurs essentielles de l’existence humaine », avait-il déclaré. « Parmi elles, les convictions religieuses sont sans doute celles qui ont une force de mobilisation personnelle et collective particulièrement stimulante ». BB

Encadré

Un discours attendu

Une trentaine d’ambassadeurs près le Saint-Siège représentant les pays membres de l’OSCE avaient été convoqués par Mgr Jean-Louis Tauran, le 16 septembre dernier au Vatican. Le prélat leur a rappelé la position du Saint- Siège sur quatre points brûlants de l’actualité. A la veille de la réunion annuelle du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, qui se déroule actuellement, il avait particulièrement fait part de l’inquiétude du Saint-Siège quant à l’expulsion des prêtres catholiques de Russie. Il était également intervenu sur les sujets de la construction de l’Union européenne, sur la situation en Irak, ainsi que sur la Conférence internationale de Johannesburg sur le développement durable. (apic/imedia/bb)

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