Intensifier le dialogue pour lutter contre l’extrémisme

Paris: Rencontre avec Mgr Fitzgerald du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux

Par Jean-Claude Noyé, correspondant de l’APIC

Paris, 10 décembre 2002 (APIC) Le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a souligné combien « la montée des extrémismes religieux et les crispations en cours imposent de multiplier les rencontres avec les représentants des diverses religions. » Mgr Mike Fitzgerald juge fondés le contenu, mais non la forme, de la déclaration « Dominus Iesus » et les réticences à l’encontre des écrits du Père Jacques Dupuis formulées par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le prélat a également fait état de la prééminence de cette dernière sur le Conseil qu’il dirige.

En préambule de sa rencontre avec les journalistes de l’information religieuse à Paris, Mgr Fitzgerald a rappelé que Paul VI a créé le Secrétariat pour le dialogue avec les non-chrétiens à la Pentecôte 1964. « Ce faisant, il l’inscrivait sous le signe du Saint Esprit, à l’oeuvre dans chaque homme et dans les religions, ainsi qu’allait le reconnaître quelques mois plus tard le concile Vatican II à travers le décret Nostrae Aetate », précise-t-il. Considérant que le terme « non-chrétiens » implique une opposition, Jean-Paul II, « très en pointe sur ces questions », a décidé de l’actuelle terminologie. Mgr Fitzgerald préfère quant à lui l’expression « relations interreligieuses ».

Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a compétence pour dialoguer avec toutes les religions du monde (sauf le judaïsme, le dialogue avec ce dernier relevant d’une commission spéciale) et les nouveaux mouvements religieux. Secrétaire du cardinal Arinze pendant 18 ans, Mgr Fitzgerald a tout naturellement pris sa succession.

L’Action catholique pour les enfants (ACE), la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) dont les membres sont parfois majoritairement des non-chrétiens (en Afrique, en Asie), le mouvement des Focolari, la communauté Sant’Egidio, le mouvement Communion et Libération et l’Arche de Jean Vanier sont ceux qui sollicitent le plus le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

Montée de l’extrémisme

L’action de ce dernier n’est-elle pas battue en brèche par la montée des extrémismes religieux (pas seulement de l’islam) ou la déclaration Dominus Iesus, qui réaffirme la supériorité de la foi catholique ? Mgr Fitzgerald admet qu’il y a des difficultés et considère qu’elles n’ont pas été suffisamment « consolidées » par un dialogue plus préventif que curatif. Et de souligner que la montée des extrémismes appelle à un surcroît de rencontres, comme récemment en Inde entre chrétiens et fondamentalistes hindous membres du parti RSS.

Quant à Dominus Iesus, Mgr Fitzgerald estime que sur le fond ce texte ne pose pas de problème puisqu’il expose notre foi, mais que la manière, insuffisamment dialoguante, laisse à désirer. Les tensions interreligieuses ne sont-elles pas largement dues au prosélytisme agressif des sectes protestantes ? « Certes, raison de plus de renforcer le dialogue avec les responsables des autres religions ».

Qu’en est-il du droit à changer de religion et de la liberté religieuse ? « On aborde ces questions dans nos rencontres mais en tenant compte que c’est un sujet difficile et en étant attentif à ne pas crisper les choses », souligne le prélat.

Quel avenir avec l’islam

Comment réagit-il quand des hommes habitués à la rencontre avec les musulmans, comme le Père Delorme en France, deviennent à leur tour pessimistes quant à la possibilité même d’un dialogue avec l’islam ? Mgr Fitzgerald fait valoir que le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, en tant qu’instance officielle, n’a pas de difficultés à rencontrer des responsables des grandes religions, y compris de l’islam. « Ce caractère officiel, toutefois, étant à la fois une force et une limite. Malgré les déceptions , il faut toujours recommencer le dialogue, notamment le dialogue de personne à personne », souligne-t-il.

Et de remarquer que « l’Université d’Al-Azhar elle-même a créé un comité permanent pour le dialogue avec les religions monothéistes, surtout avec les chrétiens, les relations avec les juifs étant plus difficiles. Un progrès, quand même ! » Concernant le dialogue théologique avec l’islam, il note que ce dernier est « plus profond avec les Iraniens car il y a parmi eux des universitaires qui connaissent bien le christianisme et qui sont rompus à l’exégèse théologique. Davantage que dans le monde sunnite, celui- ci étant plus préoccupé par les questions relatives à la loi. »

Prééminence de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

La congrégation pour le dialogue interreligieux a-t-elle mieux reçu le livre du Père Jacques Dupuis, « Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux » que la congrégation pour la doctrine de la foi, car celle-ci a mis son auteur à l’écart quelque temps, prétextant des manquements à l’orthodoxie doctrinale ? « De fait, observe Mgr Fitzgerald, le Père Dupuis a employé des formules ambiguës. »

« Sa théologie sacramentelle est contradictoire puisqu’il considère que Dieu n’est pas lié par ses sacrements alors que Jésus-Christ est le premier sacrement. Ce qui est en jeu, c’est la difficulté de garder notre foi dans le Christ Jésus, premier Sauveur et Seigneur, et en même temps de ne pas susciter une franche désapprobation de nos interlocuteurs. » Avant que le Père Dupuis ne soit inquiété par la congrégation pour la doctrine de la foi, celle-ci a-t-elle consulté la congrégation pour le dialogue interreligieux. « Non, c’est plutôt le contraire qui advient », répond Mgr Fitzgerald, laissant entendre que la prééminence revient aux gardiens de l’orthodoxie catholique. (apic/jcn/sh)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/paris-rencontre-avec-mgr-fitzgerald-du-conseil-pontifical-pour-le-dialogue-interreligieux/