Situation plus difficile avec la République populaire de Chine

Rome: Taiwan et le Saint-Siège, 60 ans de relations diplomatiques

Rome, 10 décembre 2002 (APIC) Taiwan et le Saint-Siège célèbrent cette année le 60ème anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Pour commémorer cet événement, une Conférence internationale s’est tenue à Taipei auprès de l’Université catholique Fu-Jen, les 5 et 6 décembre 2002. La situation avec la République populaire de Chine est par contre de plus en plus difficile, comme s’accordent à dire des spécialistes de ce pays, où vit environ un cinquième de la population mondiale.

C’est le 2 juin 1942 que le Saint-Siège a établi des relations diplomatiques avec Taiwan. Depuis 1922, aucune «ambassade» à proprement parler n’existait, mais un délégué apostolique était déjà présent à Pékin, transféré à Taiwan en 1952 à cause de la révolution culturelle de 1949.Grâce aux nouvelles relations diplomatiques, une nonciature apostolique fut ouverte avec un «inter-nonce». Ce titre, utilisé pour différencier cette fonction de celle d’un nonce apostolique, est donné à un envoyé du Saint-Siège dans un pays non chrétien. Ce n’est qu’en 1972 que l’inter-nonce fut finalement appelé «chargé d’affaires ad interim».

On explique ce choix, au Vatican, par le désir du pape de conserver une «porte ouverte» à un éventuel accord permettant à la nonciature apostolique d’être transférée à nouveau de Taipei à Pékin, d’où l’aspect «ad interim» du poste.

Tentatives d’approche avec Pékin

La République populaire de Chine ne reconnaît pas le gouvernement de Taiwan, ni les 28 relations diplomatiques que Taipei entretient aujourd’hui, principalement avec des «petits pays», dont le Vatican, seul Etat d’Europe de l’Ouest figurant sur la liste. Depuis une trentaine d’années, le gouvernement de Pékin demande en effet au Vatican de rompre ses relations avec Taipei comme l’une des conditions nécessaires pour l’installation de la nonciature en République populaire de Chine.

Dans son message aux participants à une rencontre sur le jésuite Matteo Ricci, un des premiers missionnaires à être entré en Chine au 16ème siècle, Jean Paul II avait «supplié» la Chine, le 24 octobre 2001, de reprendre un dialogue en vue d’établir des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Le Saint-Siège a par ailleurs utilisé toutes ses voies diplomatiques pour tenter d’entrer en contact avec la Chine. Plusieurs «envoyés spéciaux» ont par exemple tenté une ouverture en se rendant sur place, parmi lesquels le cardinal français Roger Etchegaray. Le premier voyage du prélat remonte à 1980, alors qu’il était archevêque de Marseille, suivi par deux autres visites, en 1993 et en 2000.

La «gaffe» du 1er octobre

Mais les autorités de Pékin semblent rester fermes sur leurs positions à l’égard du Vatican. «Les rapports entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine sont de plus en plus délicats et difficiles», affirme-t- on aujourd’hui au Vatican. Outre l’accusation portée par Pékin suite à la canonisation de 120 martyrs de Chine, le 1er octobre 2000, coïncidant avec l’anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine en 1949, le Saint-Siège craint l’ordination prochaine de nouveaux évêques au sein de l’Eglise officielle.

Dès 1958, un an après la création de l’»Association patriotique», visant à contrôler l’Eglise, par le gouvernement communiste, celui-ci avait commencé à procéder aux premières ordinations d’évêques, sans l’aval du Saint-Siège. Les dernières remontent au 6 janvier 2000.

Pour le Père Angelo S. Lazzarotto, prêtres du PIME (Institut Pontifical des Missions Etrangères) et spécialiste de la Chine, «le climat est de plus en plus pesant». «Les autorités de Pékin continuent de demander une demande de pardon de la part de Jean-Paul II pour les canonisations», a-t-il affirmé avec impuissance en déplorant une «instrumentalisation» de ce qui fut déjà reconnu par le Saint-Siège comme une «erreur de communication». Interrogé par l’APIC le 10 décembre 2002, il a toutefois reconnu que des rencontres d’études commencent à naître entre les catholiques et des chercheurs chinois. «Tout dialogue est utile», a-t-il finalement souligné, faisant notamment allusion à un «important» dialogue culturel.

Plus d’ouverture avec le nouveau président ?

L’élection d’un nouveau président, – qui doit avoir lieu au printemps prochain -, peut représenter par ailleurs, selon le Père Lazzarotto, une possibilité «d’ouverture vers de «nouvelles situations». En effet, si les prévisions se maintiennent, le nouveau chef du parti communiste, l’actuel vice-président de la République populaire de Chine Hu Jintao, pourrait être élu à la place de Jang Zemin. Pour le prélat, «ce serait un signe positif pour l’Eglise de Chine».

L’Eglise catholique de Chine populaire, qui compte près de 10 millions de fidèles, est divisée entre l’»association patriotique», créée et contrôlée par le gouvernement chinois, et l’Eglise dite «clandestine», majoritaire. 300’000 d’entre eux résident à Taiwan. (apic/imedia/sh)

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