1.1.1.1.1.1.1.1.1 Le journaliste catholique ne doit pas ignorer la réalité

1.1.1.1.1.1.1.1 Rome: La communication de l’Eglise dans les moments de crise, colloque à la Gregoriana

Rome, 11 décembre 2002 (APIC) Alors que dans certains cas d’abus sexuels commis par des prêtres, des pressions plus ou moins fortes sont exercées par les autorités de l’Eglise sur les journalistes catholiques, ces derniers sont tenus de faire leur métier au plus près de leur conscience. «Etre journaliste catholique ne signifie pas que vous pouvez ou devriez ignorer la réalité, même si elle peut être triste», estime Mgr John Patrick Foley, président du Conseil pontifical pour les communications sociales.

L’archevêque américain, lui-même ancien journaliste, s’adressait à un parterre de journalistes membres de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP) participant à l’Université pontificale grégorienne de Rome à la cérémonie du 75e anniversaire de cette organisation regroupant des professionnels des médias des 5 continents. Mgr Foley a repris à cette occasion les paroles de Jean Paul II adressées aux membres de l’UCIP lors de l’audience qu’il leur accordée dans la Salle Clémentine du Vatican vendredi 6 décembre.

Le courage de rapporter la vérité, même quand elle est gênante

«Etre journaliste catholique signifie avoir le courage de chercher et de rapporter la vérité, même quand la vérité est gênante ou pas considérée comme ’politiquement correcte’», a lancé Jean Paul II à l’adresse des professionnels catholiques des médias. Le pape leur a demandé d’être des personnes intègres, des individus dont la vie personnelle et professionnelle reflète les enseignements de Jésus et de l’Evangile, avant de les inciter à lutter pour les idéaux les plus élevés d’excellence professionnelle.

A l’occasion du colloque sur «La communication de l’Eglise dans les moments de crise», organisé à la «Gregoriana» par l’UCIP et le Centre pour les Etudes interdisciplinaires sur la communication (CICS) de l’Université pontificale grégorienne, il a été constaté que les tentatives de «couvrir» des scandales dans l’Eglise provoquent d’énormes dommages à son image et à sa crédibilité quand elles deviennent objet de débat public.

Dans sa conférence intitulée «l’Eglise: image du Christ. ou sépulcre blanchi ?», le Père jésuite Robert A. White, professeur de communication éthique au CICS, affirme que la qualité de l’image publique de l’Eglise dépend, dans une grande mesure, de la qualité de sa communication interne et de la qualité de la communication interpersonnelle de chaque catholique dans le diocèse. Ainsi, souligne le chercheur américain, la plupart des problèmes d’image dont souffre l’Eglise débutent lorsqu’un individu, qu’il soit prêtre ou laïc, a une double vie en contradiction avec les idéaux professés.

«Il faut promouvoir une culture d’honnêteté, de transparence et de communication ouverte à tous les niveaux de la communication interne de l’Eglise et dans la communication de l’Eglise avec le public, ce qui signifie qu’il ne doit pas y avoir un double standard entre ce que je professe être, par exemple, lorsque j’ai un statut clérical, et ce qui est réellement ma pensée personnelle et mon action», souligne le Père White.

Une communication ouverte évite les scandales publics

Le jésuite demande également que l’on dépasse la dichotomie entre ceux qui travaillent au service de la communication interne de l’Eglise et ceux qui sont davantage responsables de sa communication extérieure et publique. La plupart des scandales auraient pu être évités par une meilleure formation à la communication au sein de l’Eglise, qui attirerait l’attention sur le fait que des problèmes personnels deviennent presque toujours des problèmes d’image publique d’une façon ou d’une autre.

«La plupart des actes d’inconduite personnelle de prêtres étaient parfaitement connus des supérieurs, affirme le Père White, mais étaient tout simplement considérés comme un problème interne. Un bon service diocésain de communication, qui a un meilleur sens de la nature explosive de nombre de problèmes de discipline interne, devrait faire une étude systématique des problèmes de communication interne potentiellement dommageables. Il signalera à l’autorité ecclésiale qu’un problème ’interne’ donné pourrait facilement devenir une question d’image publique scandaleuse».

Une «boulevardisation» graduelle des médias

Le jésuite américain rappelle que le temps est depuis longtemps révolu où existait une sorte de «gentleman’s agreement» dans les grandes institutions et les médias qui faisait que l’on ignorait les conduites immorales voire illégales des membres des institutions. Aujourd’hui, les institutions, surtout celles supposées être les gardiennes de la moralité, ne doivent pas s’attendre à être épargnées. Il faut également tenir compte du fait que la «boulevardisation» graduelle des médias a brouillé le sens d’un journalisme responsable.

Des institutions comme l’Eglise devraient agir de façon quelque peu plus agressive devant les conseils de la presse et les organisations professionnelles quand les médias violent leurs responsabilités et leur propre déontologie. Il ne s’agit pas pour le jésuite américain des médias que l’Eglise critique constamment les médias ni qu’elle les considère comme intrinsèquement mauvais, mais qu’elle engage le dialogue avec eux.

Les journalistes ont tendance à respecter les services de presse de l’Eglise quand ils pratiquent une politique d’information complète, transparente, équilibrée et actuelle. Ils perdront leur respect si l’information qui leur est fournie est visiblement fausse ou partiale. «Si les médias commencent à soupçonner qu’une institution cherche à cacher une information, ils redoubleront d’efforts pour approfondir l’information. Les médias sont en mesure de créer une affaire du fait du manque soupçonné ou réel de transparence de la part de l’Eglise, alors qu’il peut s’agir uniquement d’incompétence dans la capacité de communiquer de l’Eglise», insiste le jésuite américain.

L’Eglise a intérêt à être présente dans les médias

Etant donné que les symboles religieux et leur compréhension tendent à disparaître de la sphère culturelle et public, il est nécessaire que l’Eglise soit présente dans les médias, spécialement dans les médias populaires de grand public. «Si les médias sont davantage habitués à travailler avec l’Eglise et la comprennent mieux, ils seront ainsi amenés à traiter les scandales de façon plus intelligente et plus équilibrée».

Il faut également prendre en compte le fait que les grands médias nationaux commerciaux – par ex. aux Etats-Unis – , bien davantage que les médias locaux, ont davantage de difficulté à traiter l’information religieuse de façon correcte. Leurs journalistes ont moins d’enracinement dans une communauté locale. C’est dans ces médias, affirme le Père White, que l’on trouve le moins d’intérêt pour la religion, le plus d’indifférence, voire d’hostilité. Surtout, de nombreuses données d’enquêtes disponibles montrent que les grands médias commerciaux manquent de journalistes compétents aptes à comprendre les questions religieuses. Alors qu’ils disposent de spécialistes dans les domaines économiques ou politiques, ils n’en est pas de même pour la couverture des réalités religieuses.

La communication n’est pas qu’une question de technologie

De plus, poursuit le jésuite américain, «la communication n’est pas simplement une question de technologie et de transport de l’information, mais essentiellement un acte d’amour. C’est une compréhension de la communication basée sur une théologie de l’incarnation et de la Trinité. Cela signifie que la qualité de la communication dans un diocèse n’est pas simplement mesurée par la technologie mise en oeuvre et les flux d’information, mais dans la qualité de la communauté et des relations vécues dans l’amour chrétien». Selon son expérience, cette attitude fondamentale se traduit automatiquement dans de bonnes relations publiques: «Ils sauront que nous sommes chrétiens parce qu’ils voient que l’on s’aime.»

Si l’attitude de service basée sur l’amour pénètre dans toute la personnalité, alors «il est peu probable que des abus sexuels qui violent le sens de la dignité de la personne – dans la mesure où il s’agit d’un acte conscient et responsable – soient commis», affirme le Père White. JB

Encadré

Certains médias ont monté une campagne contre l’Eglise

Orazio Petrosillo, vaticaniste au quotidien romain «Il Messagero», a estimé lors du colloque UCIP-CICS que dans l’affaire des prêtres pédophiles aux Etats-Unis, certains médias ont monté une campagne contre l’Eglise. Il souligne toutefois que «même si un seul prêtre était coupable de pédophilie, ce serait une tragédie pour l’Eglise». Dans les faits, bien moins de 1% des prêtres aux Etats-Unis sont accusés d’actes de pédophilie. Ce qui fait dire au journaliste italien qu’à cet égard, du point de vue statistique, ce qui se passe dans l’Eglise catholique n’est pas supérieur à ce qui arrive ailleurs dans la société en général.

«Il est donc évident que le nombre de cas concernant les prêtres catholiques sont gonflés de façon anormale par les médias américains». Les médias profitent notamment, dans ce contexte, du contraste entre une Eglise moralisatrice et le caractère intrinsèquement immoral des actes de certains prêtres pédophiles.

Orazio Petrosillo pense également que ces affaires sont du pain bénit pour des milieux désireux d’affaiblir la position de l’Eglise catholique en matière de défense de la vie et de la famille, d’avortement et de morale sexuelle. Des groupes précis aux Etats-Unis, selon le vaticaniste de «Il Messagero», mènent, dans le cadre d’une campagne planifiée, une «attaque stratégique contre l’Eglise catholique». Il s’agit à ses yeux de s’attaquer à l’image de l’Eglise pour affaiblir son influence sur la société américaine, contrer son opposition à la guerre contre l’Irak ou ses appels à une patrie pour le peuple palestinien. Le journaliste italien déplore cependant la «mystique du secret» de la part de l’Eglise – qui est tout le contraire de la transparence et de la «maison de verre» voulue par le pape – , et une «absence de culture médiatique» qu’il qualifie de «péché communicatif». Petrosillo plaide finalement pour l’existence d’une véritable opinion publique dans l’Eglise, «qui n’est pas un service à la hiérarchie, mais un libre exercice de la foi». JB

Encadré

Pour le cardinal Ratzinger, la couverture médiatique des abus vise à discréditer l’Eglise

Pour le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, la couverture médiatique des abus sexuels commis par des membres du clergé américain semble faussée et relève d’un effort «intentionnel» visant à discréditer l’Eglise.

«Aux Etats Unis, il y a constamment des nouvelles sur ce sujet, mais moins de 1% de tous les prêtres sont coupables d’actes de la sorte», a-t-il déclaré à un journaliste le 30 novembre dernier à Murcia, en Espagne, rapporte l’agence de presse catholique américaine CNS. «La présence constante de ce sujet dans les nouvelles ne correspond pas à l’objectivité de l’information ou à l’objectivité statistique des faits», a-t-il déclaré. (apic/cns/be)

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