Nigeria: AI dénonce les graves atteintes aux droits de l’homme dans le pays
Londres, 19 décembre 2002 (APIC) Les tentatives des forces de sécurité du Nigeria visant à endiguer la hausse de la criminalité et la multiplication des affrontements entre les communautés dans le pays se sont soldées par la mort de milliers de personnes ces trois dernières années, soit après le retour du pouvoir civil dans le pays. Dans un nouveau rapport, Amnesty International (AI) dénonce les exécutions extrajudiciaires et les actes de tortures de la part des forces dites de sécurité.
AI met en cause le gouvernement, bien souvent complice de ces actes. Au cours des opérations de maintien de l’ordre, soutient l’organisation, la police fédérale et les forces armées se sont rendues régulièrement responsables de nombreuses violations des droits humains, notamment d’exécutions extrajudiciaires et de morts en détention, ainsi que d’actes de torture et autres traitements cruels, inhumains et dégradants envers des suspects.
Dans de nombreux cas, la torture dans les cellules des postes de police se solde par la mort. La police attribue généralement ces morts en détention à des tentatives de fuite. Les victimes sont cataloguées comme auteurs de vols à main armée, ce qui les prive de toute forme de sympathie de la part de l’opinion publique et justifie l’inaction des supérieurs au sein de la police, qui ne tentent que rarement d’enquêter sur ces affaires.
Au Nigeria, constate AI dans son rapport, les exécutions extrajudiciaires perpétrées hors des centres de détention sont fréquemment liées à des opérations des brigades d’intervention spéciales. Leur mission consiste à patrouiller dans les rues et sur les grandes voies de circulation afin de faire obstacle aux vols à main armée, violences et activités illicites de certains membres des forces de police, qui installent notamment des barrages illégaux dans le but d’extorquer des pots-de-vin aux citoyens. Dans un contexte d’inquiétude généralisée face à la délinquance, de graves irrégularités dans l’appareil judiciaire permettent aux policiers de déterminer que des citoyens sont « soupçonnés de vol à main armé ou de meurtre », sans aucun élément de preuve, et d’obtenir qu’ils soient placés en détention pendant des années en attendant d’être jugés.
Violences suggérées
Les déclarations de certains hauts fonctionnaires semblent cautionner ces violations flagrantes des droits humains. Le 11 mars 2002, au cours d’une visite du quartier général des officiers de commandement de Lagos, Tafa Balogun, nouvel inspecteur général de la police, a ordonné aux policiers nigérians de tirer sans demander l’approbation de leurs supérieurs lorsqu’ils se trouvaient aux prises avec « une situation particulièrement difficile ».
Pour AI, les maigres résultats obtenus par la police nigériane dans la lutte contre la criminalité, les allégations constantes de violations des droits fondamentaux commises au cours des opérations de maintien de l’ordre et le sentiment de méfiance que la police inspire aux Nigérians, ont également favorisé la création de groupes d’autodéfense armés, au niveau local comme à celui des Etats. Ces groupes procèdent couramment à des exécutions sommaires, recourent à des détentions illégales et infligent torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants à des criminels présumés.
Et la justice.
Selon Amnesty International, les conflits entre les communautés, sans doute la plus grave source d’atteintes aux droits humains dans le pays, ont causé la mort de plus de 5’000 personnes ces trois dernières années. A l’appui, AI cite qu’en novembre 1999, à Odi, dans l’Etat de Bayelsa, les soldats ont exécuté 250 personnes en représailles après que 12 policiers eurent été tués. L’armée a de nouveau tué 200 personnes dans des villages de l’Etat de Benue entre le 22 et le 24 octobre 2001, pour venger la mort de 19 soldats.
Amnesty International demande en conclusion au gouvernement fédéral de prendre les mesures nécessaires Pour AI tous les militaires responsables des massacres de Odi et de l’Etat de Benue doivent être traduits en justice. (apic/com/pr)
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