1.1.1.8 Suisse: Préparation du Sommet mondial de l’ONU sur la société de l’information
Lausanne, 22 décembre 2002 (APIC) La préparation du Sommet mondial de l’ONU sur la société de l’information (SMSI), qui se tiendra en décembre 2003 à Genève, est dans le collimateur de la communauté de travail des oeuvres d’entraide suisses (CT) à Lausanne. La CT, qui regroupe Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas et Entraide Protestante Suisse (EPER, dès janvier 2003), qualifie le SMSI de «paquebot sans cap ni capitaine».
«Faute de leadership, de vision claire et de réelle volonté politique, la préparation du Sommet mondial sur la société de l’information a du mal à décoller», écrit Michel Egger, de la Communauté de travail. Pourtant en Suisse, la société civile s’organise et une «Plate-forme suisse pour la société de l’information» a été mise sur pied début décembre, réunissant professionnels des médias et ONG. Le compte à rebours a commencé. Du 10 au 12 décembre 2003 se tiendra à Genève la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information, la seconde étant prévue à Tunis en 2005.
Un thème capital: les technologies de l’information et de la communication (TIC) – Internet en tête – sont non seulement les vecteurs de la mondialisation économique et financière, mais aussi de puissants véhicules d’idées et d’images, qui déterminent notre vision du monde et nos modes de consommation. D’où les énormes enjeux qui les entourent, en termes d’accès (fracture numérique), de pouvoir (concentration des médias), de démocratie (liberté d’expression), de diversité culturelle (macdonaldisation). Des questions d’autant plus cruciales que le fossé entre info-riches et info-pauvres est profond, et que l’information comme marchandise l’emporte le plus souvent sur l’information comme droit humain ou bien public.
«Les professionnels des médias brillent par leur indifférence ou leur apathie»
Pourtant, une année avant sa tenue, la mayonnaise du Sommet a de la peine à prendre, déplore Michel Egger. La volonté politique des Etats manque, les entreprises commencent juste à se réveiller, la société civile peine à se mobiliser au-delà de cercles spécialisés, les professionnels des médias brillent dans l’ensemble par leur indifférence ou leur apathie.
«Tout se passe comme si le Sommet venait trop tôt ou trop tard. Trop tôt car le terrain politique est encore en friche et l’opinion publique peu sensibilisée. Trop tard, car le secteur est en plein marasme économique et les positions de force de certains groupes et pays – comme Microsoft et les Etats-Unis – bien établies.
Une hydre à plusieurs têtes
Trois questions se posent actuellement sur le Sommet. «D’abord, Genève 2003 sera-t-il autre chose qu’un vaste lever de rideau du Sommet de Tunis en 2005 ? Qu’il ne soit finalement que cela est la grande hantise des autorités suisses et genevoises qui ont voulu cette grand-messe et ont prévu d’y investir 20 millions de francs.» Le risque est pourtant réel, écrit le responsable de la Communauté de travail, car il manque un vrai leadership, une organisation ou une figure symbolique forte capable de galvaniser les énergies et incarner une vision porteuse.
L’agence onusienne responsable, «la très technicienne» Union internationale des télécommunications (UIT), n’a ni l’envergure ni les compétences nécessaires, affirme Michel Egger. Résultat: en l’absence d’un vrai cerveau, le Sommet apparaît comme une hydre à plusieurs têtes – l’UIT, le secrétariat du pays-hôte et le secrétariat exécutif du Sommet – chacune avec ses perspectives et son agenda propres. «D’où un flou stratégique et une complexité institutionnelle plutôt paralysante.»
Inquiète de cette situation, la Suisse est enfin sortie de sa réserve lors de Conférence préparatoire européenne, qui s’est déroulée à Bucarest du 7 au 9 novembre. Le chef de la délégation et directeur de l’Office fédéral des communications (OFCOM), Marc Furrer, a secoué le cocotier, fustigeant au passage le «scepticisme, voire l’attitude sarcastique» de certains Etats européens. «Est-ce le signe d’un engagement plus affiché et courageux ?», se demande Michel Egger. Qui estime que jusqu’ici, la Suisse n’a pas vraiment osé ou été capable de saisir l’occasion que ce Sommet lui offre de se profiler sur la scène internationale et de jouer un rôle pionnier dans un domaine riche en possibilités innovatrices.
Des offices fédéraux qui ne parlent pas toujours le même langage
Deuxième question que pose Michel Egger: «De quoi va-t-on parler au Sommet ? La rhétorique officielle veut qu’il soit axé plus sur les contenus que sur les tuyaux. La réalité est beaucoup moins évidente. Fortement marqués par l’empreinte de l’UIT, les documents officiels publiés jusqu’ici mettent davantage l’accent sur le développement des infrastructures (pour le Sud) et les marchés potentiels (pour le Nord) que sur les droits et besoins réels des êtres humains.»
Pour le responsable lausannois de la Communauté de travail, réduite le plus souvent aux TIC, la vision de la société de l’information oublie étrangement les médias. Les Etats étant dans l’ensemble mal préparés, il faudra encore beaucoup de travail de substance pour qu’il en soit autrement dans la Déclaration et le Plan d’Action finaux. La Suisse, très justement, a décidé de se concentrer sur quelques thèmes, «encore à préciser entre des offices fédéraux qui ne parlent pas toujours le même langage», selon Michel Egger.
Les grandes entreprises ont plusieurs longueurs d’avance
L’OFCOM évoque notamment l’accès, la diversité culturelle et la liberté d’expression, la Direction pour le développement et la coopération (DDC) la lutte contre la pauvreté et l’empowerment. En comparaison, les Etats-Unis s’intéressent avant tout à la croissance des télécommunications, la formation informatique et la sécurité sur internet (lutte contre le terrorisme).
Troisième question: le Sommet sera-t-il – comme on l’a claironné depuis une année – d’un «nouveau type», c’est-à-dire notamment ouvert à une grande participation de la société civile? Pour Michel Egger, pas de doute, la réponse est quasi sûre: non. Comme le dit Daniel Stauffacher, délégué du Conseil fédéral, «on a suscité de trop grands espoirs chez les ONG et de trop grandes peurs chez certains gouvernements». De fait, seules les grandes entreprises, grâce à leurs liens privilégiés avec l’UIT, pourraient gagner en influence. Cela n’empêche pas la société civile, galvanisée par la campagne internationale CRIS (Communication Rights in the Information Society) et bien soutenue par l’UNESCO, de s’organiser et de se battre.
Ainsi, une plate-forme pour la société de l’information vient d’être créée en Suisse, qui regroupe ONG et médias autour d’une vision et de quelques revendications communes. Objectifs: Mobiliser et coordonner les forces pour une meilleure prise en compte des intérêts de la société civile par le gouvernement suisse. La Communauté de travail des oeuvres d’entraide suisses, l’ONG protestante «Pain pour le prochain» et son homologue catholique «Action de carême» participent à cette initiative qui se veut ouverte. (apic/ct/meg/be)
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