Le pape dénonce le déséquilibre entre riches et pauvres

Rome: Jean Paul II condamne une éventuelle guerre en Irak devant 175 ambassadeurs

Rome, 13 janvier 2003 (APIC) Jean Paul II a fermement condamné une éventuelle guerre en Irak et a réitéré son appel en faveur d’une Palestine libre et souveraine, vivant « côte à côte » avec Israël. En recevant dans la salle Royale du Vatican les 175 ambassadeurs accrédités auprès du Saint- Siège, le pape a insisté sur le respect du droit international. Dans son traditionnel discours de début d’année, Jean Paul II a passé en revue la situation de chacun des pays ou continent touchés par un conflit, par les conséquences du déséquilibre entre pays riches et pays pauvres, ou encore par le non respect des droits de l’homme.

« Jamais comme en ce début de millénaire l’homme n’a senti combien le monde qu’il a façonné est précaire », a lancé le pape dès le début de son long discours prononcé en français, d’une voix très claire. Profitant de cette occasion annuelle où il s’adresse directement à tous les chefs d’Etats par l’intermédiaire des ambassadeurs présents devant lui, Jean Paul II a appelé chacun des pays « à mettre en pratique » les « règles de conduites » internationales. « Le monde serait totalement différent si l’on commençait par appliquer sincèrement les accords signés ! ».

Faisant notamment allusion aux deux crises qui font la ’une’ de l’actualité depuis plusieurs mois, le conflit israélo-palestinien et les menaces d’une guerre en Irak, le pape a alors lancé un ferme « non à la guerre! ». « Le droit international, le dialogue loyal et la solidarité entre Etats, sont les moyens dignes de l’homme et des nations pour résoudre leurs différends ». « Je dis cela en pensant à ceux qui mettent encore leur confiance dans l’arme nucléaire ­ une allusion claire à la Corée du Nord qui a décidé de se retirer, ces derniers jours, du traité de non prolifération des armes nucléaires, ndlr – et aux trop nombreux conflits qui tiennent encore en otage des frères en humanité », a-t-il ajouté.

Israël et la Palestine: pour deux Etats libres et souverains

Concernant le conflit israélo-palestinien, Jean Paul II a particulièrement exhorté les hommes politiques des parties impliquées à tout faire pour permettre aux deux peuples de « vivre côte à côte, libres et souverains, respectueux l’un de l’autre ». Devant « l’aggravation constante » de cette crise, Jean Paul II a en outre rappelé que « sa solution ne pourra jamais être imposée en recourant au terrorisme ou aux conflits armés ».

Ne pas oublier le joug de l’embargo sur le peuple irakien

Au sujet des menaces d’une guerre en Irak, le pape a rappelé au souvenir des ambassadeurs que la population irakienne « est déjà exténuée par plus de douze années d’embargo ». « La guerre n’est jamais un moyen comme un autre que l’on peut choisir d’utiliser pour régler des différends entre nations », a-t-il souligné. « On ne peut s’y résoudre, même s’il s’agit d’assurer le bien commun, qu’à la dernière extrémité et selon des conditions très strictes, sans négliger les conséquences pour les populations civiles durant et après les opérations ».

« Terrorisme sournois »

Au cours de son discours, Jean Paul II s’est ensuite dit « personnellement impressionné » par le sentiment de peur qui règne dans le monde, notamment à cause du « terrorisme sournois qui peut frapper à tout instant et partout », et des « fléaux qui menacent l’humanité ». Parmi ces derniers, le pape a particulièrement cité « les soubresauts qui perturbent l’Amérique du Sud, particulièrement l’Argentine, la Colombie et le Venezuela; les conflits qui empêchent de nombreux pays africains de se consacrer à leur développement; les maladies qui propagent la contagion et la mort, le grave problème de la faim, tout spécialement en Afrique; ainsi que les conduites irresponsables qui contribuent à l’appauvrissement des ressources de la planète ».

« Tout peut changer »

« Mais tout peut changer », a déclaré Jean Paul II aux ambassadeurs, d’une voix forte. « Cela dépend de chacun de nous. (Cela dépend aussi, bien évidemment, des responsables politiques, appelés à servir le bien commun », a-t-il ajouté, énonçant « quelques impératifs nécessaires à satisfaire si l’on veut éviter que des peuples entiers, peut-être même l’humanité, ne sombrent dans l’abîme ». Parmi eux, le pape a notamment insisté sur le « devoir de solidarité » qui incombe aux chefs d’Etat.

Eviter l’injustice pour évincer la violence

« Dans un monde surabondamment informé mais qui paradoxalement communique si difficilement et où les conditions d’existence sont scandaleusement inégales, il est important de ne rien négliger afin que tous se sentent responsables de la croissance et du bonheur de tous. Un jeune sans travail, une personne handicapée marginalisée, des personnes âgées abandonnées, des pays prisonniers de la faim et de la misère, font trop souvent que l’homme désespère et succombe à la tentation de la fermeture sur soi ou à la violence ».

Respect inconditionnel de la vie

Un deuxième impératif dicté par Jean Paul II concerne le « respect de la vie et des vies ». A cette occasion, il a fait une allusion claire aux récentes annonces de clonages d’humains. Citant cette pratique en même temps que l’avortement et l’euthanasie, le pape a souligné le risque de celles-ci « de réduire la personne humaine à un simple objet ». « La vie et la mort sur commande en quelque sorte ! », a-t-il déploré. « Lorsqu’elles sont dépourvues de tout critère moral, les recherches scientifiques touchant aux sources de la vie sont une négation de l’être et de la dignité de la personne ».

« Non à l’égoïsme »

« Voilà pourquoi des choix s’imposent pour que l’homme ait encore un avenir. Pour cela, les peuples de la terre et leurs dirigeants doivent avoir parfois le courage de dire ’non’ », a poursuivi Jean-Paul II. « Non à l’égoïsme », a-t-il notamment affirmé, « c’est-à-dire à tout ce qui pousse l’homme à se protéger dans le cocon d’une classe sociale privilégiée ou d’un confort culturel qui exclut autrui ». « La façon de vivre de ceux qui jouissent du bien-être, leur manière de consommer, doivent être revues à la lumière des répercussions sur les autres pays ».

« Tous les peuples ont le droit de recevoir une part équitable des biens de ce monde et du savoir-faire des pays les plus capables », a-t-il ajouté, déplorant en particulier le manque d’accès à tous les médicaments génériques « en raison de considérations économiques à court terme ».

Des dirigeants « honnêtes et désintéressés »

En conclusion, le pape a invité les Etats « à savoir distinguer le bien du mal et de les appeler par leur nom ». « A leur sujet, a-t-il précisé, quand le doute ou la confusion s’installent, les plus grands maux sont à redouter, comme l’histoire nous l’a maintes fois enseigné ». Pour éviter « de tomber dans le chaos », Jean Paul II a alors appelé les chefs de gouvernement à agir de manière « honnête et désintéressée ». « Il sera toujours possible à un dirigeant logique avec ses convictions de se refuser à des situations d’injustice ou à des déviances institutionnelles, ou d’y mettre fin ». SH

Encadré :

Appel de Jean Paul II pour une Europe chrétienne et pour la liberté religieuse en Russie.

Au cours de son discours aux 175 ambassadeurs accrédités auprès du Saint- Siège, le 13 décembre 2003, Jean Paul II a consacré un passage à l’Europe, l’offrant comme exemple de « coopération possible entre partenaires responsables ». Pour cela, le Vieux continent doit se souvenir de son patrimoine, a toutefois insisté le pape Depuis plusieurs mois, le Saint- Siège insiste auprès des rédacteurs du futur Traité constitutionnel de l’Union européenne afin qu’y figure une référence aux Eglises et institutions religieuses.

« Il nous paraît en effet souhaitable que, dans le plein respect de la laïcité, trois éléments complémentaires soient reconnus : la liberté religieuse, l’opportunité d’un dialogue et d’une consultation structurés entre les gouvernants et les communautés de croyants, ainsi que le respect du statut juridique dont les Eglises et les institutions religieuses jouissent déjà dans les Etats membres de l’Union », a expliqué Jean Paul II. « Une Europe qui désavouerait son passé, qui nierait le fait religieux et qui n’aurait aucune dimension spirituelle serait bien démunie face à l’ambitieux projet qui mobilise ses énergies: construire l’Europe de tous ! ».

A cette occasion, le pape a particulièrement fait part de sa « grande souffrance » face à la situation des catholiques en Fédération de Russie, qui, depuis plusieurs mois « voient certains de leurs pasteurs empêchés de les rejoindre pour des raisons administratives ». « Le Saint-Siège attend des autorités gouvernementales des décisions concrètes qui mettent un terme à cette crise et qui soient conformes aux engagements internationaux souscrits par la Russie moderne et démocratique. SH

Encadré:

Appel de Jean Paul II pour la République Centrafricaine et la Côte d’Ivoire.

Alors que l’Afrique « nous donne aujourd’hui l’occasion de nous réjouir », notamment en Angola, au Burundi, en République démocratique du Congo ou encore au Soudan, Jean Paul II a toutefois invité les gouvernants à s’occuper du processus de paix encore « long et ardu » sur ce continent. Le pape a particulièrement déploré « les graves événements qui secouent la Côte d’Ivoire et la République Centrafricaine, tout en invitant leurs habitants à déposer les armes, à respecter leur Constitution respective et à jeter les bases d’un dialogue national. Il sera alors aisé d’impliquer toutes les composantes de la communauté nationale dans l’élaboration d’un projet de société où tous se retrouvent ». Enfin, Jean Paul II a encouragé les Africains dans leurs efforts « pour tenter de trouver les solutions les plus adaptées à leurs problèmes, grâce à l’action de l’Union africaine et à des médiations régionales efficaces ». (apic/imedia/sh)

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