Ramallah: Le difficile parcours des jeunes étudiants: la faute au couvre- feu de l’occupant
Ramallah, 15 janvier (APIC) Pour des centaines de millions d’enfants, janvier n’apporte pas beaucoup de surprises: il est temps de retourner à l’école, dans toutes les régions du monde. Toutes? Presque. Sauf en Cisjordanie. La faute au couvre-feu imposé par l’occupant israélien.
Pour Ashraf Tannous, un chrétien, et Huda Al-Sawi, une musulmane, le retour à l’Ecole luthérienne de Ramallah (School of Hope) après les vacances de Noël et Nouvel-An s’est passé jusque-là sans accroc, mais dans certaines villes, comme à Bethléem, lieu de naissance de Jésus, les écoles ont été fermées à cause du couvre-feu imposé.
Les deux étudiants, et leurs amis, Mira Eweis, 17 ans, Omar Muhtadi et George Michael, tous deux âgés de 16 ans, sont assis sur les marches de l’église luthérienne (Church of Hope) et racontent combien il est difficile d’aller à l’école à côté. Ils ne savent jamais quand la violence va provoquer la fermeture des classes et l’arrivée des soldats.
N’importe quel jour, les troupes israéliennes peuvent leur ordonner de retourner à la maison et imposer le couvre-feu. Ceux qui enfreignent celui- ci, écoliers ou non, encourent la détention sans jugement. La vindicte de l’occupant.
« Nous n’avons aucune certitude concernant la tenue des classes », fait remarquer Huda Al-Sawi. « Hier, les cours ont été suspendus. On nous a été demandé de rentrer chez nous parce que les soldats sont venus pour emmener trois habitants de Ramallah ».
Ashraf Tannous explique « n’avoir pas pu dormir plus de trois heures la nuit précédente. Je n’avais pas préparé mon examen parce que je pensais que le couvre-feu allait se prolonger. Puis tard dans la soirée, j’ai appris que nous pourrions retourner en classe. Pour une fois, je souhaitais la prolongation du couvre-feu car je n’étais pas prêt pour mon examen ».
Durant le couvre-feu, les soldats israéliens ratissent la ville à la recherche de militants. Les Palestiniens et les groupes de défense des droits qui suivent de près ce qui se passe dans les zones palestiniennes pensent que les couvre-feux sont utilisés pour punir les habitants de l’intifada, la guerre des pierres reprise depuis septembre 2000 contre l’occupation israélienne.
Rien à perdre.. rien à gagner non plus
« Naturellement, les attentats-suicides ne sont pas une bonne chose », fait remarquer Mira Eweis. « Les garçons et les filles qui font cela n’ont aucun moyen de s’exprimer. Ils n’ont rien à gagner ni à perdre de la vie qu’ils mènent ici ». Ces étudiants veulent savoir ce que l’on pense d’eux hors des territoires palestiniens, et admettent qu’il ne savent rien des Israéliens et que les Israéliens ne savent rien sur eux. « Ils ont une mauvaise impression de nous, comme nous l’avons d’eux. Il n’existe aucun contact entre nous », reconnaît Mira Eweis.
Les jeunes de cette école payante veulent tous aller étudier à l’étranger, et rejoindront probablement la longue liste des Palestiniens qualifiés qui quittent leur pays.
Le directeur de cette école luthérienne, Michael Abu-Ghazaleh, parle de la dernière suspension des classes: « Les étudiants palestiniens ont beaucoup souffert de la situation politique. Ce n’est pas un moyen facile de recevoir une éducation. Depuis le début des classes, le 1er septembre, jusqu’à la fermeture de Noël, nous avons perdu dix jours à cause des couvre- feux ».
Chrétiens et musulmans en harmonie
Cette école de Ramallah est l’une des dix institutions scolaires de l’Eglise évangélique luthérienne en Jordanie et Palestine. Les jeunes y reçoivent un enseignement en anglais, en arabe et en allemand. Sur les 396 étudiants que compte l’école, 61% sont musulmans et les autres, chrétiens. Parmi les étudiants chrétiens, les grecs-orthodoxes représentent 28% et les luthériens 6%.
« Je suis musulman, et les études dans cette école se déroulent dans un climat harmonieux. Notre religion ne présente aucun obstacle pour nos amitiés. Tous les jours, nous sommes confrontés à la même situation », témoigne le jeune Omar Muhtadi. L’éventualité du départ des étudiants de Palestine, en quête de meilleures conditions, préoccupe ceux qui veulent développer ce pays.
« Les chrétiens ne représentent que 2% de la population », précise l’évêque Munib A. Younan, de l’Eglise évangélique luthérienne en Jordanie, dont le fils étude à l’Ecole luthérienne de Ramallah. Et nous nous posons avec inquiétude la question de savoir s’il y aura encore une présence chrétienne ici ». (apic/eni/pr)
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