Chine: Croissance des religieuses catholiques compromise par le manque de formation
Pékin, le 15 janvier 2003 (APIC) La croissance des communautés religieuses de Chine a été spectaculaire depuis la renaissance de l’Eglise catholique au début des années 1980. Mais le développement de ces communautés risque d’être compromis par le manque de formation adéquate et par l’incompréhension des évêques et des prêtres concernant le rôle spécifique des religieuses dans l’Eglise, indique une récente étude universitaire, que cite « Eglise d’Asie ».
Selon Soeur Béatrice Leung Kit-fun, professeur à l’Université Lingnan de Hongkong, la croissance numérique est importante: alors qu’elle ne comptait que 250 soeurs en 1986, l’Eglise catholique chinoise compte aujourd’hui 4’000 religieuses, également réparties au sein de communautés ’officielles’ et ’clandestines’. Cette bonne santé apparente ne doit cependant pas cacher, a-t-elle affirmé, un déficit certain de qualité dans la formation dispensée à ces religieuses.
Une des principales caractéristiques des communautés religieuses féminines chinoises est l’étroitesse du lien qui relie ces communautés aux évêques. Il n’est pas rare qu’un évêque suscite la formation d’un groupe de religieuses pour venir en aide au travail pastoral de ses prêtres, sans lui donner de cadre ecclésial précis.
Confrontation avec le matérialisme
A cela s’ajoutent les difficultés nées de l’évolution rapide de la société chinoise actuelle. Face au matérialisme économique ambiant, le respect des voeux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance ne va pas de soi. Déjà, selon Soeur Leung, les vocations religieuses issues des milieux urbains où les jeunes filles rêvent de faire carrière sont devenues rares et certaines des jeunes filles des campagnes qui choisissent la vie religieuse s’en servent comme d’un marchepied pour accéder à l’éducation et à la vie en milieu urbain.
Dans la province de Jilin, Soeur Leung a cité le cas d’un couvent où plus d’une centaine de religieuses étaient âgées de 35 ans et moins en 1990. Faute de formation adéquate ou tout simplement d’un niveau d’instruction suffisant, nombreuses étaient celles à qui aucune tâche pastorale ne pouvait être confiée et qui devaient être cantonnées à des travaux domestiques au service des prêtres.
De plus, la faiblesse du discernement opéré sur les motivations de ces vocations était tel que certaines jeunes Soeurs ne pouvaient exprimer les motifs religieux de leur présence au couvent.
Priorité aux hommes
Enfin, dans le cadre de la priorité accordée aux hommes au sein de la société chinoise, l’Eglise de Chine ne se montre pas toujours soucieuse d’allouer des ressources suffisantes à la formation des religieuses. Par ailleurs, face à la faiblesse globale des ressources, les besoins des couvents passent trop souvent au second plan. La qualité de la formation en pâtit forcément, souligne encore Soeur Leung.
Succès auprès des marginaux et des minorités
Pourtant, insiste-t-elle, le tableau ne doit pas être noirci à l’excès. Des religieuses bien formées sont aux avant-postes de l’Eglise en Chine. Elles ont souvent une présence plus forte que les prêtres, particulièrement auprès des femmes, des enfants et des marginalisés, au sein des minorités nationales entre autres.
Dans les zones reculées des campagnes, des religieuses sont l’unique source de soins médicaux. Dans les villes, les cliniques catholiques ont meilleure réputation que les établissements publics et privés qui fournissent des soins de moins bonne qualité et plus onéreux. (apic/eda/sh)
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