Nigeria: Les évêques catholiques et anglicans montent aux barricades contre la corruption
Lagos, 6 octobre 2002 (APIC) Si le gouvernement ne déploie pas d’immenses efforts pour endiguer la corruption dans le pays, une révolution pourrait éclater et faire écarter les leaders politiques du pouvoir, mettent en garde plusieurs évêques catholiques romains et anglicans du Nigeria.
Les évêques des deux confessions s’expriment dans une interview accordée à l’Agence oecuménique ENI, et mettent l’accent sur l’ampleur de la corruption dans ce pays, le plus peuplé d’Afrique.
Pour Mgr Gabriel Abegunrin, évêque catholique du diocèse d’Osogbo au sud- ouest du Nigeria, la corruption est devenue le «cancer» du système politique dans le pays qui doit entreprendre de toute urgence une opération chirurgicale pour l’extirper. Il accuse les ministres du gouvernement fédéral et d’autres détenteurs de postes politiques de travailler contre les intérêts de ce pays de 126 millions d’habitants en contrecarrant un projet de loi contre la corruption.
«Le président Olusegun Obasanjo avait la volonté de mettre sur pied une commission contre la corruption, malheureusement, des membres de son cabinet, supposés collaborer avec lui, ne l’aident pas. Ceux qui sont censés le soutenir sont eux-mêmes impliqués dans des affaires de corruption», déplore-t-il.
«Transparency International», organisation non gouvernementale vouée à la lutte contre la corruption, a placé le Nigeria au second rang des pays les plus corrompus de la planète, derrière le Bangladesh, dans son rapport 2002, publié le 28 août. Dans celui-ci, l’organisation a examiné la situation de 102 pays.
Quant à l’archevêque catholique de Lagos, Mgr Anthony Olubunmi Okogie, il déplore que le président Obasanjo n’ait pas été capable de maîtriser la corruption comme il l’avait promis quand il a pris le pouvoir après les militaires. Pour lui, la corruption est «un ver qui s’attaque au tissu de la société».
De la même façon, les évêques anglicans disent que le gouvernement a délibérément évité de lutter contre la corruption en haut lieu parce que la direction politique est elle-même corrompue.
A grande échelle
Selon l’évêque anglican Emmanuel Kana Mani, de Maiduguru, au nord du pays, «Il a été fait état de détournement de fonds publics à grande échelle par des personnes haut placées, de pillage des finances de l’Etat, d’extorsion de contrats publics et de pots-de-vin».
Et pourtant, a-t-il ajouté, «aucun effort sérieux n’a été fait pour obliger les soi-disant leaders qui ont bénéficié de gains mal acquis – placés souvent dans d’autres pays – à rendre des comptes.»
En avril, le bureau du vérificateur général des comptes avait publié un rapport accusant le gouvernement actuel d’imprudence en matière de finances, de pillage des richesses nationales et de corruption dans tous les secteurs de l’économie. (apic/eni/pr)
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