Irak: Les Eglises des Etats-Unis rejettent une attaque américaine contre l’Irak
Washington, 20 janvier 2003 (APIC) Une délégation des Eglises des Etats- Unis, de retour d’Irak, rejette clairement une attaque américaine contre ce pays rendu exsangue par 20 ans de guerres et 12 ans d’embargo. Elle considère que « l’intégrité morale des Etats-Unis est en jeu ». Selon le secrétaire général du Conseil national des Eglises (NCCC), Robert Edgar, il faut tout entreprendre pour stopper les préparatifs de guerre.
Robert Edgar rejette l’idée largement répandue dans l’opinion publique américaine que la guerre sera « simple » et que les Irakiens accueilleront les Américains comme des « libérateurs ». Les représentants d’Eglise de retour de mission en Irak ont plutôt l’impression que les Irakiens, bien que conscients de n’avoir aucune chance contre la machine de guerre des Etats-Unis, sont décidés à vendre chèrement leur peau pour défendre l’honneur de leur pays.
Hystérie patriotique
Alors que certains secteurs de la société américaine sont frappés d’ »hystérie nationaliste » dans la plus pure tradition du « maccarthysme » des années 50, le secrétaire général du Conseil national des Eglises a reçu de nombreux e-mails l’accusant de ne pas être un « patriote ». Robert Edgar relève que l’opposition à la guerre voulue par George W. Bush et son entourage se développe toujours davantage dans les milieux d’Eglise.
Pressions pour « vendre » au Vatican la thèse américaine de la « guerre préventive »
Pendant ce temps à Rome, l’ambassadeur américain près le Saint- Siège, James Nicholson, fait du « lobbying » auprès de la curie romaine, au Vatican, dans le but qu’elle ait une « meilleure compréhension » de la guerre que son pays veut mener contre l’Irak. Selon l’agence de presse catholique américaine CNS, Nicholson a engagé pour ce faire le théologien catholique Michael Novak.
Ce penseur conservateur, bien en cour à Rome, est directeur des études sociales et politique de l’ »American Enterprise Institute » à Washington, un lobby conservateur soutenu par les milieux d’affaires américains. Il s’était déjà profilé comme un défenseur du libéralisme américain à l’époque du « reaganisme ». Il aura pour tâche de « vendre » au Vatican la thèse de la « guerre préventive ».
A l’initiative de l’ambassade des Etats-Unis près le Saint-Siège – qui estime que le Vatican a condamné trop rapidement l’idée de « guerre préventive » -, des responsables américains et des représentants du Vatican se retrouveront, en outre, début février pendant trois jours. Il s’agit de débattre de l’idée de « guerre juste », émise par les Etats-Unis dès le début des menaces de guerre contre l’Irak.
Le 17 décembre 2002, Mgr Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, avait qualifié la « guerre préventive » de « guerre d’agression ». En revanche, l’Eglise reconnaît la « légitime défense », dont les éléments sont énumérés dans la doctrine dite de la « guerre juste ».
Le courant d’information sur l’Irak entre le gouvernement américain et le Vatican se développe au plus haut niveau, avec notamment un échange d’informations et de lettres entre le pape Jean Paul II et le président Bush, et des rencontres entre le secrétaire d’Etat américain Colin Powell et le secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Angelo Sodano, a révélé l’ambassadeur Nicholson.
Selon le cardinal Ratzinger, aucune justification morale pour une guerre contre l’Irak
L’ambassadeur américain estime « très significatif » que le pape n’a pas, à ses yeux, rejeté totalement l’option d’une guerre contre l’Irak lors de son discours du 13 janvier devant le corps diplomatique accrédité au Vatican. A cette occasion, le pape Jean Paul II avait déclaré que la guerre « est toujours une défaite de l’humanité ». Pour Nicholson, le pape ne veut certes pas la guerre en Irak, « mais le Souverain pontife n’est clairement pas un pacifiste » et il accepterait l’idée d’une guerre « en dernier recours ».
De son côté, le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, ne voit pour l’heure aucune justification morale pour une telle guerre. Dans une interview accordée jeudi dernier à la section de langue allemande de Radio Vatican, le cardinal Ratzinger a jugé que la guerre annoncée n’était pas une « guerre juste » selon les critères de la doctrine chrétienne.
Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a rappelé que pour qu’une guerre soit moralement justifiable, il faut qu’un mal très grave soit commis et qu’il n’y ait absolument aucun autre moyen d’y mettre un terme d’une autre façon. De plus, il faut encore faire attention que les dommages causés par une guerre ne soient pas encore plus élevés que le mal que l’on prétend combattre. (apic/cns/kna/cic/be)
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