Appuyer le peuple irakien, pas le bombarder

Canada: Les chefs religieux canadiens contre la guerre en Irak

Ottawa, 24 janvier 2003 (APIC) Il faut appuyer le peuple irakien, pas le bombarder, déclarent en choeur les chefs religieux canadiens dans une déclaration contre la guerre, intitulée « Se préparer pour la paix en Irak ». Très sévères à l’égard du régime de Saddam Hussein, ils critiquent cependant l’appui militaire et politique accordé par l’Ouest au maître de Bagdad jusqu’en 1990 et l’embargo qui a déjà tué des centaines de milliers de civils innocents.

Signée notamment par Mgr Jacques Berthelet, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) et évêque de Saint-Jean- Longueuil, et par des dirigeants d’organismes ecclésiaux, la déclaration interpelle la communauté internationale: la population irakienne a besoin non pas de bombes et de missiles « mais un appui moral, politique et matériel. »

Cette déclaration est une initiative conjointe de KAIROS, initiative oecuménique canadienne pour la justice, de la Commission Justice et Paix du Conseil canadien des Eglises et de « Project Ploughshares » (Ils forgeront leurs épées en socs de charrue, et leurs lances

en faucilles », dit Isaïe). Dans leur prise de position, les dirigeants nationaux des Eglises invitent tous les Canadiens à appuyer cette déclaration en faveur d’une résolution pacifique et durable de la crise irakienne en la diffusant auprès des groupes communautaires, des communautés de foi et des individus. « Project Ploughshares » aura la tâche de recueillir les réponses et de les transmettre à intervalles réguliers au Premier ministre du Canada.

Les sanctions économiques ont causé la mort de centaines de milliers de personnes

Les responsables religieux croient que la guerre n’est pas la réponse, écrivent les Eglises. Il y a douze ans, une coalition mandatée par les Nations Unies et menée par les Etats-Unis lançait la guerre contre l’Irak: « Des dizaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes devaient y trouver la mort. La destruction des infrastructures, suivie de sanctions économiques, a contribué à la mort de centaines de milliers d’autres victimes. Et maintenant, alors même que les inspecteurs de l’ONU sont à faire efficacement leur travail, nous voici à deux doigts d’une autre guerre. »

« Nous croyons qu’une nouvelle guerre contre l’Irak n’aboutira pas à un désarmement durable. Elle risque, au contraire, d’apporter (.) pertes de vies, destruction de l’environnement, dommages physiques et psychologiques causés à la fois aux victimes et aux agresseurs, gaspillage de ressources, menace d’accentuation de l’instabilité politique, intensification du terrorisme et de la haine et réactivation de l’extrémisme », écrivent les signataires de la déclaration.

Pour les Eglises canadiennes, la paix n’est pas simplement l’absence de la guerre, car il ne suffira pas d’éviter la guerre pour résoudre les problèmes fondamentaux de l’Irak, qualifié de pays « non représentatif qui viole les droits de la personne et ne respecte peut-être pas ses obligations en matière d’armes de destruction massive ».

Dans leur appel, elles soulignent que l’on ne saurait tolérer le maintien de régimes hors-la-loi qui conservent des armes de destruction massive ou qui aspirent à s’en procurer « que ce soit en Irak ou ailleurs ». Si le peuple irakien avait le choix, relèvent les Eglises canadiennes, il est peu probable qu’il appuierait un programme d’armement nucléaire susceptible de gaspiller ses ressources, de lui attirer des sanctions extrêmement sévères et de le reléguer au rang des parias.

Un gouvernement responsable et respectueux de la volonté et des droits du peuple ne saurait être mis en place par une guerre: c’est au peuple irakien qu’il revient de faire ses propres changements. « Pourtant, depuis des décennies, la politique de l’Ouest sape la quête de démocratie et dépouille la population même de l’Irak, dont dépend tout changement constructif. L’appui militaire et politique accordé par l’Ouest au régime de Saddam Hussein jusqu’en 1990, auquel sont venues se joindre des sanctions économiques globales, a eu pour effet, d’une part, de renforcer et d’enrichir un régime tyrannique et, d’autre part, de rabaisser et d’appauvrir le peuple. Nous rejetons le recours sans cesse croissant aux moyens militaires pour résoudre des conflits enracinés. »

Il n’y a pas que l’Irak qui a des armes de destruction massive au Moyen-Orient

Sans mentionner explicitement l’arsenal nucléaire israélien, les Eglises canadiennes demande l’arrêt de la course aux armes au Moyen-Orient. Les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies exigent que l’Irak détruise et cesse de produire, de façon vérifiable, toute arme de destruction massive et tout missile balistique à moyenne et à longue portée. Ces exigences ont certes l’objectif de faire du Moyen-Orient une zone libre de toute arme de destruction massive, mais « tant que d’autres Etats de cette région posséderont de telles armes ou s’efforceront d’en acquérir, d’autres voudront les imiter. » (apic/cecc/be)

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