Les Eglises partout dans le monde contre une attaque unilatérale
Utrecht/Bonn/Sydney/Paris/Rome/Mexico, 24 janvier 2003 (APIC) De l’Australie aux Pays-Bas et du Mexique à l’Allemagne, partout dans le monde, les Eglises chrétiennes font entendre leur voix contre la guerre que George W. Bush et son fidèle allié britannique Anthony Blair veulent lancer contre l’Irak.
Les évêques catholiques des Pays-Bas qualifient la guerre américaine annoncée contre l’Irak de «pas évidente du point de vue moral et pas inévitable du point de vue politique». Dans l’état actuel des connaissances sur l’arsenal irakien, il serait à leurs yeux difficile de justifier une guerre comme ultime recours.
Dans une déclaration publiée jeudi à Utrecht, les évêques néerlandais appellent à prier pour la paix lors de toutes les messes dominicales. Les prélats admettent que le régime de Saddam Hussein représente une sérieuse menace pour la population de son pays ainsi que pour la paix dans la région et au-delà.
Face à ce danger potentiel, une intervention militaire unilatérale n’est pas encore la réponse adaptée ou même la seule pensable. Les inspecteurs en désarmement de l’ONU ont besoin de plus de temps et les moyens de pression non militaires des Nations-Unies n’ont pas encore été épuisés, note la Conférence épiscopale néerlandaise.
Personne n’a encore présenté de preuves convaincantes
C’est en termes très clairs que les évêques australiens ont critiqué l’envoi de troupes australiennes dans le Golfe. Cette décision du gouvernement australien sape les efforts de l’ONU pour résoudre la crise au Moyen-Orient sans faire la guerre, a déclaré vendredi à Sydney Mgr William Morris, évêque de Toowoomba, dans le Queensland. Personne n’a présenté encore de preuves convaincantes qui justifieraient une guerre, souligne le prélat. Pour sa part Marc Purcell, président de la Commission «Justice et Paix» de l’archidiocèse de Melbourne, a estimé que l’envoi de troupes est «moralement douteux».
Mgr Morris et Marc Purcell critiquent en outre le fait que le gouvernement a envoyé des soldats australiens sans avoir demandé l’aval du Parlement. L’évêque de Toowoomba a réclamé des autorités australiennes qu’elles incluent également dans leur décision politique la détresse de la population irakienne, qui souffre des conséquences d’un sévère embargo depuis plus d’une décennie. «Un nouveau conflit signifierait une catastrophe humanitaire», pour Mgr Morris.
Mercredi, le Premier ministre conservateur John Howard a décidé à Sydney l’envoi dans le Golfe du navire de guerre «HMAS Kanimbla». Malgré le matraquage médiatique anglo-saxon, plus de 60% des Australiens sont, selon les derniers sondages, contre une guerre sans mandat des Nations-Unies.
Les anglicans également sceptiques
Malgré les positions belliqueuses du Premier ministre Anthony Blair, les Anglicans ne sont pas convaincus non plus par la rhétorique guerrière du 10 Downing Street. Ainsi l’évêque Garrard, directeur du Centre anglican de Rome, «il n’y a pas actuellement de raisons suffisantes pour déclencher une guerre contre l’Irak». Dans un entretien avec l’agence missionnaire vaticane FIDES, il considère que tant qu’il y a la possibilité de trouver une solution pacifique, toute action militaire contre l’Irak serait pour les évêques anglicans «inopportune et précipitée».
Et de préciser que la doctrine anglicane connaît, comme celle de l’Eglise catholique, la notion de «guerre juste». Mais les conditions en seraient une attaque irakienne ou le soutien au terrorisme international, ce qui n’est pas donné dans l’état actuel des choses. Pour les responsables religieux anglicans, il est très difficile de trouver des preuves convaincantes pouvant légitimer une attaque contre l’Irak. Malgré l’absence d’éléments concrets et crédibles, Anthony Blair continue d’affirmer que le lien existe entre Bagdad et le terrorisme international.
A l’occasion de la clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, les Eglises chrétiennes de France lancent également un appel à la paix au Moyen-Orient. «Nous appelons à prier pour que l’Esprit Saint éclaire les responsables des nations, les détourne des solutions illusoires de la violence, suscite en eux la volonté de résoudre les conflits dans le respect du droit et de la justice», écrivent dans leur message le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, Mgr Jérémie, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, et Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des évêques de France.
Les chefs religieux français déplorent que le peuple d’Irak, «déjà durement éprouvé par plusieurs guerres et par les effets des sanctions économiques», soit menacé de subir de nouvelles violences.
Une guerre contre l’Irak serait un déshonneur pour l’humanité
Une guerre contre l’Irak serait un «déshonneur pour l’humanité», a déclaré pour sa part le cardinal mexicain Norberto Rivera Carrera. Dans un appel aux puissances occidentales pour qu’elles choisissent le chemin de la paix et du dialogue, l’archevêque de Mexico rappelle que tous les moyens pacifiques n’ont pas encore été épuisés.
Un groupe d’une trentaine de leaders religieux, réunis la semaine dernière au Vatican pour discuter des ressources spirituelles des religions pour la paix, ont mis en garde contre l’usage des Ecritures saintes pour justifier la violence, la guerre et l’exclusion des autres.
Des représentants du christianisme, du judaïsme, de l’islam, du bouddhisme, de l’hindouisme, du sikhisme, du jaïnisme et du zoroastrianisme, ont déclaré que quand les Ecritures saintes d’une religion servent à promouvoir la violence, les chefs religieux doivent réagir publiquement et avec force pour défendre l’appel à la paix et à la justice. Pendant ce temps, les officiels américains à Rome font du lobbying pour «vendre» aux milieux du Vatican la notion de «guerre préventive», qui n’a pas de fondement en droit international.
Théologiens suisses et allemands contre la guerre
Rejoignant l’appel de religieux non chrétiens, un groupe de plus de 200 théologiens catholiques et protestants germanophones, dont des théologiens venant de l’Université de Fribourg – Leo Karrer et Othmar Keel – , ont signé un appel contre une attaque visant l’Irak et l’ont envoyé à l’ambassade des Etats-Unis en Allemagne. Parmi les autres signataires, on note les noms d’Eugen Biser, Hans Küng, Norbert Mette, Dietmar Mieth et Marie-Theres Wacker.
Les théologiens critiquent la façon dont on essaye, en partie avec des moyens très élaborés, comme les médias, d’habituer les gens à ce que la guerre redevienne un moyen de mener une politique. (apic/cef/cns/kna/be)
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