Genève: Visite en Suisse de l’archevêque catholique chaldéen de Bassorah
Michel Bavarel, agence APIC
Genève, 28 janvier 2003 (APIC) Le peuple irakien est exsangue, la guerre du Golfe n’a pas duré que 42 jours, ses séquelles se prolongent aujourd’hui encore. En visite mardi en Suisse, l’archevêque catholique de Bassorah, Mgr Gabriel Kassab, lance un cri d’alarme: une nouvelle guerre aggraverait de façon effroyable la situation de son peuple.
«Quand une femme accouche chez nous, elle ne regarde pas d’abord si son bébé est un garçon ou une fille, mais s’il est bien muni de deux mains, deux pieds et deux oreilles ou s’il a une malformation», relève Mgr Kassab, archevêque chaldéen de Bassorah, dans le sud de l’Irak.
Le prélat passe quelques jours en Europe pour lancer un appel contre une nouvelle guerre qui aggraverait encore la situation de son peuple. Il a participé mardi 28 janvier à une conférence de presse au Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève.
L’Irak a connu huit ans de conflit avec l’Iran, en deux périodes, puis les 6 semaines de la guerre du Golfe en 1991. «En fait, cette guerre n’a pas duré 42 jours, elle se prolonge. Chaque jour, surtout depuis deux mois, des avions américains et britanniques survolent notre territoire et parfois lâchent des bombes qui tuent. De plus, il y a les sanctions qui représentent une autre forme de guerre et tuent également, même si l’on prend plus de temps pour mourir», souligne Mgr Kassab.
La mort lente dans les hôpitaux
Il qualifie d’»épouvantables» les effets des hostilités. Il y a les séquelles dues au type de munitions utilisées. «On constate énormément de fausses couches au septième mois. Ces dernières années, on compte six fois plus de leucémies qu’autrefois et nombre d’enfants de Bassorah décèdent de cette maladie. On souffre de nouvelles affections que les médecins ne parviennent pas à identifier».
La population doit encore affronter le manque d’eau potable, les coupures d’électricité, la pénurie de médicaments et d’équipements dans les hôpitaux – on opère sans anesthésie – la crise du logement, le chômage, l’abandon scolaire. «De nombreux enfants et jeunes quittent l’école pour exercer un petit métier, afin de permettre la survie de la famille».
Une aide qui ne distingue pas l’appartenance religieuse
Quand il a été nommé, il y a sept ans, Mgr Kassab a décidé de ne pas être l’évêque des chrétiens, mais le frère de tous les habitants du sud de l’Irak. Son diocèse oriente surtout son aide vers les jeunes et les enfants, sans distinction de religion. Avec un orphelinat, un centre de formation à l’informatique, des jardins d’enfants où l’on observe des signes de malnutrition.
La perspective d’une nouvelle guerre effraie les gens. «On a peur, spécialement dans le sud du pays», déclare Mgr Kassab. «La population stocke de la nourriture et du pétrole. Dans l’Eglise, depuis un mois, nous prions chaque jour pour la paix.»
Les islamistes radicaux commencent à se manifester
Les chrétiens – dont 70 % sont catholiques chaldéens – constituent le 3,5 % de la population, soit environ 700’000 personnes, selon l’estimation de l’archevêque. Les craintes actuelles provoquent-elles des tensions avec la majorité musulmane ? «Nous avons d’excellentes relations avec les religieux musulmans. Ils ont participé il y a quarante jours à l’inauguration de la cathédrale catholique de Bassorah. Il y a cependant quelques petits accrochages avec des groupuscules islamistes radicaux.»
En cas de guerre, que se passera-t-il pour les chrétiens du sud de l’Irak ? «Plutôt que de prévoir ce qui se passera, nous préférons nous concentrer sur ce qui peut mettre fin à toute idée de guerre», répond Mgr Kassab. L’Eglise agit-elle pour que le gouvernement de Bagdad respecte les résolutions de l’ONU ? «Tout ce qui peut conduire à la paix est soutenu par l’Eglise. Le gouvernement se dit lui-même prêt à respecter ces résolutions».
Tout faire pour éviter la conflagration
L’archevêque de Bassorah pense-t-il que la population s’enfuira en cas de conflit ? «On s’attend évidemment à des déplacements massifs, les gens vont essayer de se mettre à l’abri». Craint-on une guerre civile après la guerre «américaine» ? «Il est bien difficile de savoir ce qui est prévu par ceux qui organisent la guerre et ce qui arrivera».
L’essentiel, pour Mgr Kassab, est d’éviter la conflagration. «Nous autres chrétiens avons peur, tout comme les musulmans, répète-t-il. La force destructrice de la guerre touchera les uns et les autres, sans distinction». (apic/mba/be)
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