Appel à une grande manifestation nationale le 15 février à Berne

Suisse: Coalition de 90 organisations et mouvements contre la guerre américaine en Irak

Berne, 30 janvier 2003 (APIC) 90 organisations et mouvements suisses se mobilisent contre la guerre que l’administration Bush et son alliée britannique veulent mener en Irak. Signataires de la plate-forme «Non à la guerre contre l’Irak – Pas de sang pour du pétrole!», ils ont appelés jeudi à une grande manifestation nationale le 15 février prochain à Berne. Pour Caritas Suisse, il s’agit avant tout d’éviter une catastrophe humanitaire annoncée qui pourrait faire des milliers de morts, 500’000 blessés et 5 millions de réfugiés et déplacés.

Pour cette large alliance anti-guerre, qui regroupe non seulement des mouvements pacifistes, des partis de gauche, des syndicats, des organisations de défense des droits de l’homme, mais également des organisations irakiennes d’opposition à Saddam Hussein et des oeuvres d’entraide suisses, la guerre n’est pas une solution. Ils s’y opposent, même si elle devait finir par obtenir le feu vert des Nations Unies.

La Coalition contre la guerre en Irak – une myriade d’organisations qui bénéficie du soutien du Parti socialiste suisse, du Parti suisse du travail/POP, des Verts suisses, de l’Union syndicale suisse, etc. – dénonce «l’agenda caché» des Etats-Unis: cette guerre annoncée, qui utilise le prétexte de détruire les armes de destruction massives que détiendrait Saddam Hussein (aucune preuve n’a à ce jour été apportée qu’il en dispose encore) et de lutter contre le terrorisme international «sert en réalité à imposer leurs intérêts économiques et stratégiques».

Eviter une catastrophe humanitaire qui pourrait faire 5 millions de réfugiés, selon Caritas

Parlant au nom de la Communauté de travail Swissaid/Action de Carême/Pain pour le Prochain/Helvetas/Caritas/EPER, le directeur de Caritas Suisse Jürg Krummenacher a expliqué pourquoi les grandes oeuvres d’entraide suisses sont forcées de descendre dans l’arène politique: «C’est que la situation est dramatique. A l’instar des centaines de milliers de personnes qui protestent publiquement dans le monde contre la guerre, nous espérons inciter les gouvernements à tenter de raisonner George Bush et son équipe, pour empêcher une catastrophe humanitaire».

Caritas et les oeuvres d’entraide préfèrent jouer les pompiers pour prévenir l’incendie, plutôt que d’être confinées au rôle de secouristes après la catastrophe. Le directeur de Caritas Suisse s’est déjà rendu à plusieurs reprises sur le terrain en Irak où l’organisation humanitaire catholique a développé des programmes depuis une dizaine d’années pour un montant dépassant les 55 millions de francs.

L’»ami Saddam»

Sans mâcher ses mots, il a relevé que l’objectif annoncé de «libérer» le peuple irakien de la dictature de Saddam Hussein n’était qu’un faux prétexte, un argument opportuniste: «Tant qu’il s’agissait de faire obstacle à l’Iran de l’ayatollah Khomeini, Saddam était un ami de ’l’oncle Sam’.Tous ces hommes forts – Pol Pot au Cambodge, les Talibans en Afghanistan, ou Saddam précisément, sont devenus plus puissants en profitant de l’amitié des Etats-Unis ou de telle ou telle nation européenne.»

Et J. Krummenacher de déplorer que la politique extérieure de Washington, depuis les attentats du 11 septembre, s’oriente de plus en plus agressivement et unilatéralement vers la satisfaction de ses propres intérêts. «Le gouvernement Bush déclare aujourd’hui une guerre sans limites – ni dans le temps, ni géographiques – au terrorisme. Nous sommes opposés à la guerre contre l’Irak non seulement parce qu’aucun argument de droit international ne peut la justifier, mais encore parce qu’elle occasionnerait une catastrophe humanitaire».

Déjà saignée à blanc par plus d’une décennie de sanctions économiques et d’embargo, la population civile irakienne serait décimée par une nouvelle guerre. Mentionnant les experts de l’ONU, le directeur de Caritas estime qu’une attaque fera 500’000 blessés et 5 millions de réfugiés. L’anéantissement du système d’alimentation en eau potable et des stations d’épuration provoquera des épidémies de choléra et de typhus, sans parler de la destruction des infrastructures routières, électriques, sanitaires. «Nous ne sommes pas des entreprises humanitaires de sauvetage quand la politique a échoué, c’est la raison pour laquelle nous devons empêcher la guerre et contribuer à la paix».

Parlant au nom de l’Union syndicale suisse (USS), Rita Schiavi, vice- présidente du Syndicat Industrie et Bâtiment (SIB), a elle aussi relevé que plus personne aujourd’hui ne croit que la démocratie et les droits de l’homme soient les enjeux véritables de la guerre contre l’Irak. «En réalité, les Etats-Unis cherchent à asseoir leur hégémonie sur les plans militaire, politique et économique. Ils veulent contrôler le pétrole et installer partout des régimes pro-américains, quitte à ce qu’ils soient dictatoriaux.» La syndicaliste a fustigé les gouvernements américains et britanniques qui n’ont plus d’argent pour les programmes sociaux, mais qui dépensent des milliards de dollars pour la guerre.

Le parti socialiste dans le ligne de mire des Collectifs anti-guerre

Fortement prise à partie lors de la conférence de presse par des membres des Collectifs anti-guerre qui mobilisent la base depuis des mois dans de nombreuses villes de Suisse, la présidente du PSS Christiane Brunner a été accusée de vouloir récupérer la manifestation du 15 février pour des motifs électoralistes. Les militants lui ont vivement reproché d’avoir pris le parti des autorités lors de la manifestation du 25 janvier contre le Forum économique mondial de Davos. Ils ont encore dénoncé la politique de la social-démocratie européenne qui accepterait tout de même une guerre si elle avait l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU.

Christiane Brunner a rétorqué que le PSS demande au Conseil fédéral d’intervenir à l’ONU, en cherchant une alliance aussi large que possible, pour que le Conseil de sécurité n’autorise en aucun cas la guerre dans la recherche d’une solution à la crise. La conseillère aux Etats genevoise a souligné que la coalition contre la guerre était «la coalition de la raison», en appelant en particulier à une très large participation des femmes à la manifestation nationale du 15 février, «car ce sont les femmes, en Irak, qui sont déjà les premières victimes de l’embargo, des inégalités et des privations de droits, et la guerre ne ferait que redoubler leurs souffrances». JB

Caritas Suisse engagée en Irak depuis une dizaine d’années

Depuis l’application des sanctions contre l’Irak il y a 12 ans, la situation de la population n’a fait qu’empirer. Sur 22 millions d’habitants, 16 millions – principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées – doivent recevoir de l’aide étrangère pour pouvoir survivre, rappelle Caritas Suisse. Mais les personnes qui n’occupent pas plusieurs places de travail à la fois – comme les employés municipaux ou le corps enseignant, qui gagnent l’équivalent de deux à trois dollars par mois – n’arrivent plus à nourrir leur famille.

Deux tiers de la population reçoivent une aide alimentaire dans le cadre du programme de l’ONU «Pétrole contre nourriture», mais cela ne couvre pas tous les besoins en vitamines et en protéines. Les conséquences en sont des dégâts irréparables, notamment pour les enfants: malformation des bébés, croissance ralentie, développement du cerveau affecté, etc. . Même si l’embargo était levé aujourd’hui, nombre de séquelles seraient permanentes.

Engagée en Irak depuis une dizaine d’années, Caritas Suisse a reconstruit notamment près de 300 villages dans la zone autonome kurde, dans le cadre d’un programme d’une quarantaine de millions de francs, avec le soutien du réseau européen des Caritas, d’oeuvres d’entraide suisses et de la Confédération.

L’oeuvre d’entraide catholique est également engagée depuis 1995 aux côtés de Caritas Irak, notamment dans des programmes de nutrition destinés avant tout aux femmes et aux enfants. Caritas Suisse soutient près de 40 centres de santé dans tout le pays, ainsi que la construction de réservoirs d’eau potable, précise Jürg Krummenacher. En prévision de la guerre éventuelle, Caritas a également formé récemment 80 médecins et 200 bénévoles afin qu’ils soient prêts à accueillir blessés, brûlés ou victimes d’empoisonnement. «Une nouvelle guerre ne ferait qu’aggraver une situation humanitaire déjà dramatique en raison de l’embargo. Ce serait une véritable catastrophe humanitaire, avec un fort risque de déstabilisation de toute la région», insiste le directeur de Caritas Suisse. (apic/be)

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