A quelques jours de la visite de Mgr Tauran à Belgrade

Rome: Jean Paul II reçoit une délégation du Saint Synode orthodoxe serbe

Rome, 6 février 2003 (APIC) Les relations entre le Saint-Siège et le patriarcat orthodoxe de Serbie s’intensifient. Alors que Jean Paul II recevait ce jeudi, pour la deuxième fois en dix ans, une délégation de membres du Saint Synode orthodoxe de Serbie, Mgr Jean-Louis Tauran, ministre des Affaires étrangères du Vatican, s’apprête à se rendre à Belgrade, du 17 au 20 février.

Ces deux événements pourraient être un «premier pas» vers un éventuel voyage du souverain pontife dans ce pays à majorité orthodoxe. «Votre présence à Rome (.) est non seulement d’une grande signification, mais nous remplit aussi d’espérance», a affirmé Jean Paul II au cours de son discours aux huit évêques de Serbie. Il les recevait dans le palais apostolique, au sein du Vatican.

Guidés par le métropolite du Monténégro, Amfilohije, les prélats orthodoxes sont arrivés à Rome le 3 février. Au cours de leur séjour qui doit se terminer le 8 février, ils ont rencontré diverses autorités vaticanes, parmi lesquelles le secrétaire pour les rapports avec les Etats, Mgr Jean-Louis Tauran, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger, ou encore le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, le cardinal Walter Kasper.

Orthodoxes et catholiques doivent témoigner ensemble en Europe

«Les Eglises sont aujourd’hui confrontées à de nouvelles exigences et à de nouveaux défis», a lancé le souverain pontife lors de l’audience du 6 février. Ces défis, a-t-il ajouté, «dérivent d’une transformation continuelle du continent européen». Ainsi, pour le pape, «cela ne peut pas ne pas nous pousser à rechercher et à promouvoir toute forme de collaboration qui permette aux orthodoxes et aux catholiques de donner ensemble un témoignage lumineux et convaincant de leurs traditions communes». «Mon souhait est que l’Europe trouve des moyens appropriés pour préserver cet héritage commun», a-t-il confié.

Faisant enfin allusion à la visite des évêques orthodoxes à Rome, le chef de l’Eglise catholique a par ailleurs souligné qu’elle représente pour lui «un signe que l’Esprit de Dieu guide l’Eglise vers le rétablissement de l’unité de tous les disciples du Christ». Avant de prendre congé de ses hôtes, il a tenu à souligner l’importance de «parcourir ce chemin avec confiance, patience et courage».

Interrogé le 6 février par le correspondant d’APIC à Rome, l’ambassadeur de la nouvelle Union «Serbie et Monténégro» ­ ce nouveau nom a été donné à la République fédérale de Yougoslavie, suite à l’union des deux Républiques, le 4 février -, Darko Tanaskovic s’est dit satisfait «de la reprise et de l’approfondissement du dialogue théologique» entre les deux Eglises. Une délégation du Saint Synode orthodoxe serbe s’était déjà rendue au Vatican, en 1993, mais le contexte de la guerre des Balkans avait été le principal sujet de préoccupation.

Les relations avec la Serbie s’étaient détériorées dans les années 90

«C’est la première fois qu’une rencontre d’une telle ampleur a lieu», a précisé Darko Tanaskovic. «Elle était nécessaire pour apprendre à mieux se connaître et établir plus de confiance entre les deux parties». Les relations entre le Saint-Siège et la Serbie se sont détériorées au début des années 90 alors que la guerre faisait rage dans les Balkans. Le gouvernement de la République fédérale de Yougoslavie avait en effet accusé le Vatican d’avoir encouragé la guerre des Balkans en étant le premier Etat à reconnaître l’indépendance de la Croatie le 13 janvier 1992. En mars 1999, le patriarche orthodoxe Pavle a rendu visite au primat catholique de Croatie. Un an plus tard, les deux hommes scellaient leur volonté de réconciliation par une nouvelle rencontre en Serbie, le 7 août 2000.

Depuis, le dialogue entre le Saint-Siège et le patriarcat orthodoxe de Serbie s’est intensifié, même si certains membres du Saint Synode serbe restent encore réticents à un tel dialogue. Au Vatican, on souligne que la présence de la délégation orthodoxe à Rome est «une décision courageuse» de la part du patriarcat. «C’est le signe que les choses peuvent à présent aller vite», ajoute-t-on de source officielle.

Le pape à Belgrade ?

La visite de Mgr Jean-Louis Tauran, ’ministre des Affaires étrangères’ du Vatican, prévue du 17 au 20 février prochains à Belgrade en est une confirmation, selon Darko Tanaskovic. Outre la petite communauté catholique ­ près de 3% de la population -, il rencontrera les autorités politiques et religieuses. Les orthodoxes représentent plus de 70% de la population de Serbie.

Des rumeurs circulent par ailleurs déjà, quant à l’éventualité d’un voyage de Jean-Paul II en «Serbie et Monténégro». Même si on préfère rester prudent des deux côtés, il semble que l’évolution des rapports oecuméniques entre le Saint-Siège et la communauté orthodoxe serbe soit discrètement soulignée comme une opportunité en faveur d’un tel événement. Toutefois, «rien n’est encore envisagé pour l’instant», a affirmé à I’APIC Mgr Renato Boccardo, organisateur des voyages pontificaux. Selon lui, reprenant les termes du nonce apostolique en Serbie présent à Rome ces derniers jours, «la présence des évêques orthodoxes au Vatican est déjà en elle-même un fait extraordinaire».

Interrogé pour sa part sur Radio Vatican, le 5 février, le métropolite Amfilohije a «souhaité» que cette visite ait lieu. «Mais elle devra être profondément préparée pour porter du fruit». La visite de la délégation serbe devait s’achever le 8 février. Tout au long de leur séjour, outre les rencontres officielles, les prélats ont pu visiter certains lieux de culte importants pour le catholicisme, mais aussi pour les orthodoxes.

Ils se sont ainsi rendus dans les basiliques Saint-Pierre, Sainte- Marie-Majeure et Saint-Clément, au couvent trappiste des «Trois Fontaines», où elle a pu rencontrer, outre le prieur, le Père Jacques Briève, la communauté orthodoxe roumaine, qui célèbre la liturgie dans l’église de la «Scala Coeli», qui se trouve dans le complexe abbatial. Vendredi, la délégation participera à la célébration liturgique présidée par le cardinal Giovanni Battista Re, Préfet de la Congrégation pour les évêques, dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, à l’occasion du 35e anniversaire de la fondation de la Communauté de Saint Egidio.

Actuellement, un programme de collaboration est en cours avec l’Eglise orthodoxe dans le domaine de la formation. De nombreux prêtres orthodoxes de différents pays, qui se trouvent à Rome, sont présents à l’Institut pontifical Oriental, qu’a visité la délégation serbe. Leur objectif est de perfectionner leurs études et de donner suite au dialogue oecuménique. (apic/imedia/vid/be)

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