Rome: Un théologien conservateur invité par l’ambassadeur américain près le Saint-Siège

La guerre contre l’Irak est «moralement obligatoire»

Rome, 11 février 2003 (APIC) Michael Novak, un théologien conservateur américain très controversé, était lundi soir à Rome l’hôte de l’ambassade des Etats-Unis près le Saint-Siège. Il avait pour mission de faire passer le message de l’administration Bush concernant l’existence d’un «axe du mal», une notion quasi religieuse. «La guerre en Irak visant à changer le régime actuel est moralement obligatoire», a-t-il lancé.

Intervenant à Rome dans la soirée du 10 février 2003, à l’invitation de l’ambassadeur Jim Nicholson, le célèbre théologien catholique, ancien ambassadeur et proche du gouvernement Bush, a déploré les critiques de certains officiels du Vatican concernant l’attitude du gouvernement américain dans la gestion de la crise irakienne.

Présent tout au long de la soirée, Jim Nicholson, a toutefois insisté à plusieurs reprises sur le fait que Michael Novak intervenait en son nom propre et non pas en celui du gouvernement américain ou de l’Eglise catholique, reproche qui lui avait été adressé par des dizaines de supérieurs religions de congrégations catholiques des Etats-Unis.

Une centaine de journalistes ont participé à une conférence de presse, avant que le théologien ne s’exprime – lors d’une conférence devant une dizaine d’ambassadeurs et d’invités – contre le régime de Saddam Hussein et les opposants à une éventuelle attaque en Irak. «Une guerre limitée et soigneusement conduite dans l’objectif de renverser le régime de Saddam Hussein, vue comme un moyen extrême, est moralement obligatoire», a affirmé dès le début Michael Novak.

«La guerre juste trouve ses racines dans le péché originel.»

Pour ce collaborateur de l’»American Enterprise Institute», un «think tank» conservateur partisan d’une attaque contre l’Irak, «Saddam Hussein est un leader mégalomaniaque et un chef cruel hors du commun, qui a déjà fréquemment utilisé des armes de destruction de masse contre ses propres citoyens».

«La doctrine de la guerre juste a ses racines dans la compréhension catholique du péché originel», expliquée dans ce contexte par saint Augustin, a-t-il déclaré. «Dans ce monde, les chrétiens devront toujours se confronter au mal (.) qui sème la division, la destruction et la dévastation». En outre, a-t-il précisé en citant saint Augustin, les chrétiens qui agissent publiquement sont tenus par les lois de la charité, de la justice, et parfois, de la guerre.

Le Vatican dans le collimateur US

L e théologien a alors déploré les critiques de certains officiels du Vatican, ces derniers jours, qui dénonçaient un «débat inutile» de la part des Etats-Unis au sujet de la notion de «guerre préventive». La revue des jésuites italiens, «La Civiltà Cattolica» – connue pour être lue et approuvée par la secrétairerie d’Etat du Vatican -, avait particulièrement accusé le gouvernement américain de vouloir déclencher une guerre en Irak pour des intérêts pétroliers.

«L’Amérique a de justes raisons de faire la guerre, qui sont beaucoup plus importantes que le pétrole irakien», a répondu Michael Novak en précisant que des pays comme l’Italie, la France, la Russie ou la Chine «ont beaucoup plus d’intérêts pétroliers que les Etats-Unis». «Ce qui est le plus important, c’est que, à une époque que nous n’avons pas choisie et dans une manière que nous n’aurions pas voulue, la guerre nous a été déclarée le 11 septembre 2001».

Par ailleurs, a-t-il ajouté dans une vision apocalyptique, «Saddam Hussein a les moyens de provoquer des destructions aussi dévastatrices sur Paris, Londres ou Chicago ou quelque ville de son choix». «Ceux qui jugent que le risque est minime, et permettent à Saddam Hussein de rester au pouvoir, porteront une horrible responsabilité s’ils ont tort et si les actes de destruction se poursuivent».

Enfin, le théologien américain a dit accepter les critiques du Vatican, car «l’Eglise est divine, mais aussi humaine». Michael Novak avait été reçu au Vatican par Mgr Jean-Louis Tauran, le 8 février. Après sa rencontre avec le «ministre des Affaires étrangères» du Saint-Siège, le théologien avait qualifié l’entretien d’»ouvert et amical», mais rien n’a filtré du contenu des discussions. Aucun représentant du Saint-Siège n’était par ailleurs présent à la conférence du 10 février. Au lendemain de la présentation au Conseil de sécurité de l’ONU des «preuves» américaines contre l’Irak par le Secrétaire d’Etat américain Colin Powell, des responsables du Vatican ayant requis l’anonymat avaient parlé de «propagande». (apic/imedia/be)

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