Etats-Unis: Large consensus des Eglises américaines contre la guerre en Irak

A l’exception de la « droite chrétienne », catholique et évangélique

Washington/Rome, 11 février (APIC) Les plus grandes dénominations religieuses aux Etats-Unis – catholique, méthodiste, presbytérienne, épiscopalienne et luthérienne -, à la notable exception de la « droite chrétienne », catholique et évangélique confondue, dénoncent la guerre contre l’Irak que veut imposer l’administration Bush. Le président américaine est rudement interpellé par sa propre Eglise.

Les grandes Eglises américaines affirment qu’une telle attaque ne correspond pas en l’état aux critères de la « guerre juste » et rejettent le concept de « guerre préventive » qui n’existe ni dans les Ecritures ni dans le droit international. Un important évêque méthodiste – l’Eglise laquelle appartient George W. Bush et son vice-président Richard Cheney ! – est même apparu dans un spot télévisé contre la guerre en Irak. Les milieux d’Eglise sont très engagés dans les manifestations de rue, la récolte de fonds.

Mais cet engagement ne signifie pas que tous les fidèles suivent leur direction: nombreux sont ceux, notamment dans les milieux conservateurs du Sud, qui ont une confiance aveugle et quasiment religieuse dans le leadership et la politique du président républicain texan. Parlant au nom des 16 millions de membres de la Convention baptiste du Sud, Richard Land a écrit récemment à G. W. Bush pour l’assurer de son soutien et affirmer que la menace irakienne justifiait les conditions de la guerre juste.

Bush interpellé par sa propre Eglise

D’autres voix se font entendre, avec véhémence, dans les milieux religieux américains. Jim Winkler président de la « Commission Eglise et Société » de l’Eglise Evangélique Méthodiste Unie (EEM) des Etats-Unis, a déclaré qu’il est « impensable que Jésus Christ soutiendrait l’attaque proposée ». Des responsables méthodistes ont écrit à leur coreligionnaire Bush pour affirmer qu’une guerre préventive irait à l’encontre de « notre plus profonde compréhension de l’Evangile, de l’enseignement de notre Eglise et de notre conscience ».

Plus récemment, Frank Griswold, évêque de l’Eglise épiscopalienne (anglicane), à laquelle appartient George Bush Senior, a publiquement polémiqué avec l’ancien président. Il s’est fait tancer par le père de l’actuel président pour avoir déclaré: « Nous sommes détestés et je pense que le monde a tout a fait droit de nous détester. J’aimerais pouvoir aller quelque part dans le monde et ne pas avoir à m’excuser de venir des Etats- Unis ».

Au Canada, davantage d’opposition à la guerre

« Sur le thème de l’opposition à la guerre, on enregistre un large consensus de la part des Eglises chrétiennes en Amérique du Nord, qui exercent une forte pression sur le gouvernement américain », souligne le Père Ron Rolheiser. Théologien et journaliste connu, le religieux canadien publie ses articles dans divers journaux catholiques aussi bien américains que canadiens. Au Canada, où le rouleau compresseur médiatique en faveur de la guerre est moindre, l’opinion publique est bien moins convaincue de la nécessité d’attaquer l’Irak.

Quand des théologiens veulent vendre la théorie de la « guerre juste », ils devraient se rappeler que selon la tradition catholique, la « guerre juste » est une guerre d’autodéfense, en cas d’attaque. « Aujourd’hui, cette théorie a fait un pas en avant: elle est utilisée pour justifier la ’guerre préventive’ que l’on fait justement pour éviter d’être attaqués. Mais il s’agit tout de même d’un usage idéologique, d’une altération du concept de ’guerre juste’ ».

La guerre produirait de nouveaux terroristes

« La guerre – explique le religieux – serait un désastre, parce qu’elle provoquerait les effets qu’elle cherche précisément à éviter. Les Etats-Unis gagneraient la bataille, mais ils perdraient la guerre, comme le dit un proverbe, car il n’arriveraient point à éliminer le terrorisme, et la violence pourrait même engendrer une autre vague de violence. La victoire donnerait naissance à une autre génération de terroristes ».

Dans la « confrontation » entre civilisations, entre Orient et Occident, selon le Père Rolheiser estime que ce sont les « raisons » du dialogue qui doivent vaincre. Ainsi au Moyen-Orient, « Sharon est ingénu s’il pense pouvoir écraser le terrorisme par la politique de la force. Le dialogue est nécessaire, et il faut surtout résoudre les problèmes qui engendrent le terrorisme; il faut éliminer le terrain qui produit le terrorisme. Les Etats-Unis ne pourront en aucun cas apporter la sécurité et la paix en faisant usage d’un pouvoir écrasant ».

Les jésuites condamnent également la « guerre préventive »

Les jésuites, pour leur part, déclarent que les raisons invoquées par Londres et Washington pour une attaque préventive ne sont pas convaincantes. « Cette conviction est basée sur la considération que la doctrine de la guerre préventive n’est en harmonie ni avec la doctrine et le droit des Nations Unies ni moralement défendable. L’application de cette doctrine ouvrirait la voie à une guerre continue, une guerre sans fin. Au lieu d’apporter une paix stable au Moyen-Orient, une guerre contre l’Irak augmenterait les tensions entre musulmans et chrétiens », écrit pour sa part le Père Fernando Franco, secrétaire pour la Justice Sociale de la Compagnie de Jésus.

S’adressant aux Jésuites coordinateurs de l’apostolat social dans les différentes Provinces de la congrégation, le Père Franco développe les raisons qui justifient une opposition sans faille à la guerre: « La volonté d’engager pour la guerre des dépenses militaires massives, dont le résultat est la destruction de la vie, est tout à fait en contradiction avec la volonté de promouvoir le développement durable pour tout le monde ».

Dans un monde où les inégalités augmentent de plus en plus, « beaucoup continuent de se demander, en éprouvant un malaise croissant, si les vrais motifs de la guerre contre l’Irak ne seraient pas économiques plutôt qu’en rapport avec la sécurité », peut-on lire dans son message.

La « guerre juste » de la droite catholique

Membre du Conseil général de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée (OMI), le Père Rolheiser dénonce la croisade en faveur de la « guerre juste » lancée par Michael Novak, un théologien catholique américain apôtre du néolibéralisme. Pour la droite conservatrice catholique aussi bien que protestante, face à des attentats terroristes comme ceux du 11 septembre, la seule réponse possible est militaire.

Cette vision des choses, en contradiction avec les appels du pape contre la guerre, est également partagée par le commentateur catholique George Weigel, auteur d’une monumentale biographie sur Jean Paul II. Pour le théologien conservateur américain, la théorie de la « guerre juste » – qui ne s’applique qu’en cas de guerre défensive – doit être mise à jour pour faire face à de nouvelles réalités comme le terrorisme international et la dissémination d’armes de destruction massive. A l’instar de Michael Novak, invité lundi soir à l’ambassade américaine près le Saint-Siège à Rome pour justifier l’attaque contre l’Irak, George Weigel dénonce les responsables d’Eglise coupables à ses yeux de pacifisme aveugle. (apic/vid/reuters/imedia/be)

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