Mexique: Meurtrière frontière entre le Mexique et les Etats-Unis: 163 morts en un an

Le « Mur de Berlin de la pauvreté »

New York, 13 février 2003 (APIC) Chaque année, des milliers de migrants mexicains risquent leur vie en tentant de traverser la frontière de 3’200 kilomètres entre le Mexique et les Etats-Unis, véritable « Mur de Berlin de la pauvreté ». Une tragédie à l’abri du regard des médias qui a déjà coûté la vie à des centaines de migrants à la recherche de l’Eldorado américain.

Du 30 septembre 2001 au 30 septembre 2002, ce ne sont pas moins de 163 migrants, selon les statistiques officielles, qui ont perdu la vie en voulant traverser la frontière. Venus chercher du travail, ils sont morts de soif, d’épuisement ou victimes de la chaleur. Quasiment en une année l’équivalent des personnes tuées pour avoir tenté de franchir le Mur de Berlin. en quatre décennies.

« Les gens meurent dans notre arrière-cour »

« Les gens meurent dans notre arrière-cour », déplore Robin Hoover, directeur de Humane Borders, dont le siège se situe dans l’Etat de l’Arizona. Cette ONG américaine apporte une assistance humanitaire – surtout de l’eau potable – à ceux qui tentent de traverser la frontière. Ceux qui meurent sont la proie d’un désert impitoyable et inhospitalier. Mais ils sont également victimes – dénoncent les groupes d’entraide – d’une politique fédérale inhumaine.

Les mesures de dissuasion gouvernementales obligent en effet les Mexicains qui veulent travailler aux Etats-Unis à risquer leur vie en traversant des zones dangereuses, comme le désert du sud-ouest de l’Arizona. « Utiliser le désert comme un instrument de dissuasion est absolument immoral », dénonce Robin Hoover, un pasteur de l’Eglise chrétienne (Disciples du Christ).

L’organisation Humane Borders a installé sa première station de distribution d’eau en mars 2001. Depuis lors, elle a distribué chaque année à ceux qui tentent de traverser la frontière plus de 35’000 litres d’eau à partir d’une dizaine de stations. L’organisation pense avoir sauvé, grâce à cette aide, la vie de centaines de migrants. Distribuer de l’eau, estime le groupe, ne va pas augmenter le taux de la migration – « personne ne vient ici juste pour boire de l’eau », déclare Robin Hoover au correspondant de l’agence de presse oecuménique ENI. « Cette assistance ne vise pas à encourager les gens à traverser la frontière ou à commettre des actes illégaux. »

Le désert utilisé comme instrument de dissuasion

Au contraire, cela fait partie d’un effort plus vaste pour humaniser ce que Robin Hoover considère comme une politique erronée. Les Services de l’immigration et de la naturalisation des Etats-Unis ont réclamé le durcissement des lois d’immigration, aux ports d’entrée traditionnels comme les villes, et dans les zones de frontière entre les ports, comme mesures rendues nécessaires pour la protection de l’économie de la nation et pour empêcher l’accès aux criminels, aux trafiquants de drogues et aux terroristes éventuels.

Mais ce que dénoncent principalement Robin Hoover et d’autres, comme Stan de Voogd, coordinateur du Ministère presbytérien à la frontière, c’est que le renforcement des mesures le long de la frontière entre les Etats- Unis et le Mexique oblige ceux qui tentent d’entrer aux Etats-Unis à s’exposer à des risques mortels, car il est très difficile de traverser l’Ouest de l’Arizona.

La bonne excuse du terrorisme

Robin Hoover, qui connaît bien cette région, rejette l’argument du terrorisme, ce problème aux proportions dramatiques existant bien avant les menaces nées des attentats du 11 septembre. « L’on ne peut déjà pas transporter de l’eau dans cette région, et encore moins un engin explosif », dit-il, alors que Stan de Voogd souligne que cette attitude contredit les principes de la politique actuelle commerciale des Etats-Unis. « Si l’on veut accepter le libre mouvement des capitaux, dit-il, l’on devrait accepter le libre déplacement de la main-d’oeuvre. »

La plupart des Mexicains qui franchissent la frontière ont entre 19 et 24 ans – « des hommes qui veulent travailler » – même si le nombre des femmes, parfois avec enfants, est en augmentation. Bien que le groupe Humane Borders soit officiellement en conflit avec les Services de l’immigration, Robin Hoover entretient des contacts avec leur patrouille aux frontières. « Officieusement, nous collaborons. Ils respectent ce que nous faisons. Si nous pouvons réduire le nombre de morts, leur mission est renforcée. »

Les bénévoles et partisans de Humane Borders sont principalement membres des Eglises protestantes historiques et de celles qui ont une longue tradition pacifiste, même si Robin Hoover affirme que le travail de son groupe et celui d’autres organisations humanitaires est aussi soutenu par des bouddhistes, des juifs et des catholiques romains. « C’est une question de justice », souligne Stan de Voogd. « La frontière est une invention – quelque chose qui ne s’inscrit pas dans la conception du monde par Dieu. » (apic/eni/be)

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