L’envoyé du pape fait appel à la conscience des responsables

Irak: Le cardinal Etchegaray demande à Saddam Hussein des garanties pour la paix

Rome, 16 février 2003 (APIC) Le cardinal français Roger Etchegaray, l’envoyé spécial du pape à Bagdad, a rencontré le président irakien Saddam Hussein durant une heure trente samedi 15 février. « Il s’agissait, a-t-il affirmé, de voir si tout à été fait pour garantir la paix en rétablissant un climat de confiance qui permette à l’Irak de retrouver sa place dans la communauté internationale ». AU sortir de son entretien, l’envoyé du pape a déclaré avoir l’impression que « Saddam a la volonté d’éviter la guerre ».

Pendant ce temps, à Assise, le vice-Premier ministre irakien Tarek, Aziz priait sur la tombe de Saint François, l’apôtre du dialogue avec l’islam. Le cardinal français, qui se trouvait depuis mardi soir à Bagdad – où il a rencontré mercredi Tarek Aziz et le vice-président Taha Yassine Ramadan – a insisté sur le « caractère spirituel » de sa mission. L’envoyé du pape a fait appel à la conscience des responsables impliqués dans le conflit irakien. Quant à Saddam Hussein, il a déclaré que les Irakiens avaient été pris pour cible parce qu’ils sont musulmans.

Le double standard moral de l’Occident

Déplorant le double standard moral de l’Occident, il a assuré à l’envoyé du pape que son pays ne disposait pas d’armes de destruction de masse, tandis « qu’Israël a toutes sortes d’armes de destruction de masse, tue les Palestiniens et détruit leurs biens, alors que ce sont des désarmés. N’est-ce pas là une discrimination raciale et religieuse évidente? », rapporte la télévision d’Etat irakienne.

Dans une déclaration publiée après sa rencontre, il a souligné que ce caractère spirituel donne à sa parole une tonalité particulière: « L’Eglise, en effet, a sa manière propre de parler de la paix, de faire la paix au milieu de ceux, qui, à des titres divers, s’y emploient aujourd’hui avec tant de ténacité ».

« Au coeur de notre entretien, était présent tout le peuple irakien dont j’ai pu, de Bagdad à Mossoul, mesurer à quel point il aspire à une paix juste et durable après tant d’années de souffrances pour lesquelles le pape et l’Eglise universelle se sont montrés depuis toujours solidaires », encore lancé celui qui passe pour le chargé des missions désespérées.

« Au nom du pape, a-t-il conclu, j’ose faire appel à la conscience de tous ceux qui, en ces journées décisives, pèsent sur l’avenir de la paix. Car, en définitive, c’est la conscience qui aura le dernier mot, plus forte que toutes les stratégies, toutes les idéologies, et même toutes les religions ».

L’un des hauts responsables du régime irakien sur la tombe de saint François d’Assise

Le cardinal Etchegaray devait être de retour à Rome, via Paris, dimanche en fin de soirée. Alors que l’envoyé du pape rencontrait Saddam Hussein, Tarek Aziz, qui avait rencontré Jean Paul II le 14 février au matin, s’était rendu à Assise, invité par les moines franciscains. Il y a prié pour la paix sur la tombe de François d’Assise, apôtre du dialogue avec les musulmans durant les croisades ». Reprenant les paroles du pape, Aziz a prié avec les franciscains: « Plus jamais la guerre! Plus jamais le terrorisme! Puisse toute religion au nom de Dieu apporter à l’humanité justice et paix, pardon, vie et amour ».

Dans un geste très symbolique, les franciscains ont allumé la lampe de la paix et présenté à Tarek Aziz agenouillé devant le tombeau de saint François la corne d’ivoire originale que le sultan d’Egypte, Melek-El- Kamel, donna à saint François en 1219 pour son engagement pour la paix au temps de la croisade.

Le responsable irakien a en outre, allumé une bougie pour la paix, identique à celle allumée par le pape lors de la journée interreligieuse de prière pour la paix organisée en janvier 2002. A cette occasion, le vice- Premier ministre irakien, un chrétien chaldéen, a exprimé le voeu de pouvoir rencontrer le président américain George W. Bush.

La veille au soir, Tarek Aziz avait retrouvé les journalistes pour une conférence de presse. Répondant à une question sur un éventuel voyage du pape sur place, il a répondu : « Pensez-vous que ce soit réellement le moment pour lui de venir ? ». Il a ensuite mis en garde les pays chrétiens contre une guerre visant un pays musulman qui pourrait tourner en choc de civilisations et s’est félicité de la bonne teneur de son entretien avec Jean Paul II qui, comme lui, cherche à protéger le peuple irakien. (apic/imedia/bbc/ansa/be)

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